‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 7 sur 134 · Nobilis decurio. S. Marc · texte numérisé non relu

Nobilis decurio. S. Marc

vini pour rembauiner. Les Bretons et après eux les Anglo-Saxons et les Anglo-Normands se racontaieni de père en fils que Joseph, fuyant les persécutions des Juifs et n'emportant avec lui pour tout trésor qu(^ quelques gouttes du sang de Jésus-Christ, avait débarqué à l'ouest de l'Angleterre, avec douze compagnons ; qu'il y avait trouvé un asile dans un site désert, entouré d'eau \ et qu'il y avait construit et consacré à la bienheureuse Vierge Marie une chapelle dont les murs étaient formés de branches de saule entrelacées et dont Jésus-Chrisi lui-même n'avait pas dédaigné de célébrer la dédicace. C'est ce qu'on a raconté depuis et ailleurs de deux grandes et célèbres églises monastiques, celles de Saint-Denis en ' France et de Notre-Dame des Ermites en Suisse-.

1. GuiLLELMus Malmeseuriensis, Atitiq. Glastonb.,Si[). Gai,e, Script, rer. Britann.. t. III, p. 295 Cf. Raromits, Ann., :ul aiiu. 48. Dlgdale, Monasticon, t. I, p. 2. Les Bollandistcs et divers autres historiens modernes se sont donné beaucoup de peine pour léfutor cette tradition. Elle est encore rapportée dans la lettre que quelques moines adressèrent à la reine Marie, en 1553, pour demander le rétablissement de leur abbaye (ap. Dpgdale, t I,p. 9 de la nouvelle édition}. A cause de cette tradition de Joseph d'Arimaihie, les amb^^ssadeurs d'Angleterre réclamèrent la préséance sur ceux de France, d'Espagne et d'Ecosse, aux conciles de Pise en 1409, de Constance on 1414, et surtout de Bfde en 1434, parce que, selon eux, la foi navait été préchée en France que par saint Denis, et postérieurement à la mission de Joseph d'Arimathie. L'ssher, de Prini. Eccl. Brit., p. 22.

2. Le trait suivant, rapporté par Guillaume de Malmesbury, montre à quel point cette tradition était acceptée en France jusque dans le douzième siècle :

Monacus quidam Glastonise, Godefridus nomine (de cujus epistola hoc capitulum assumpsimus), teinpore Henrici Blesensis abbatis Glastoniensis, cum in pago Parisiacensi apud Sanctum Dionysium

du roi \rlhiir

DES ILES RRITANMOTJES. 27

Co lien, prédostiné à devenir le premier sancinaire elirétien des îles Britanniqnes, élait silné snr nn alflnenl du golfe où se jelle la Saverne; il prit plus tard le nom de Glastonbnry, et telle avait été, selon l'opinion populaire et invétérée, l'origine de la grande abbaye de ce nom, que vinrent peupler plus tard des moines originaires d'Irlande \ Ce sanctuaire des légendes primitives et des traditions nationales de la race celtique passait en outre pour renfermer la tombe du roi Arthur, qui fut, comme l'on sait, la :^tiiuiiu.v personnification delà longue et sanglante résistance des Bretons à l'invasion saxonne, le champion héroïque de leur liberté, de leur langue, de leur foi, (^t le premier type de cet idéal chevaleresque du moyen âge, où les vertus militaires se confondaient avec le service de Dieu et de Notre-Dame ^

nioi'aretur ; senior quidam ex moiiacliis iiiterrogavit euin : « Quo gémis ?Undedonio?» Respondit : a ^Normannum, e Britannife monasterin quod Glastingeia dicitur, monachum. — Papse ! inquit, an adhuc stal illa perpetuîe Virginis et miserlcordise Matris vctusta ecclcsia? — Stat, » inquit. Tumille lepido aUactu caput G. Glastoniensis demulcens, diu silentio suspensum tenuit, ac sic demum ora resolvit : « Hœc gloriosissinii niartyris Dionysii ecclesia et illa, de qua te asseris, eamdem privilcgii dignitatem habent ; ista in Gallia, illa in Britannia, uiio eodem tempore exorlre, a sumnio et magno pontifice consecratse. Uno lamen gradu illa supereminet : Roma etenim secunda vocatur. »

1 . Il faut consulter sur cette célèbre abbaye, comme sur toutes celles que nous nommerons par la suite, le recueil si curieux intitule : Monasticon Anglicanum, par Dugdale, avec les admirables planches de VV. Hollar, qui se trouvent dans les éditions du dix-septième siècle. On crut avoir découvert les ossements du roi Arthur à Glastonbury, sous le règne de Henri II, à la fin du douzième siècle.

'2, Voir tout le cycle despoëmesde la TaLle-Ronde en Angleterre, en

Blessé à mort dans un de ces combats contre les Saxons, qui duraient trois jours et trois nuits de suite, il fut transporté à Glastonbury, y mourut et y fut enseveli en secret en laissant à sa nation la vaine u<î à r.47. espérance de le voir reparaître un jour', et fi toute l'Europe chrétienne une gloire légendaire, un souvenir destiné à rivaliser avec celui de Charlemagne. Ainsi la poésie, l'histoire et la foi trouvaient un foyer commun dans ce vieux monastère qui lut pendant plus de mille ans une des merveilles de l'Angleterre et qui resta debout, florissant et grand comme une ville entière, jusqu'au jour où Henri YIII fit pendre et écarteler le dernier abbé, devant le grand portail du sanctuaire confisqué et profané ^ Situation Mais il nous faut rentrer dans la réalité de l'his-

Bretagne toirc ct daus l'époquc qui doit nous occuper, celle

(le

450à5o0. qui s'étend de la moitié du cinquième siècle au mi- France et en Allemagne, et surtout les trois grands poëmes intitulés: Parceval, Titurel et Lohengrin, qui roulent sur le culte du Saint Graal ou Sang Real, c'est-à-dire du sang de Notre-Seigneur recueilli par Joseph d'Ariniathie et conservé dans le vase qui avait servi à Jésus-Christ pour l'institution de l'Eucharistie.

1. Cf. TiiiEKRY. Hist. de la conquête cV Angleterre, liv. 1, p. 59. Lappenberg, t. 1, p. 104-107. M. de la Borderie, daus sou heau récit de la lutte des Bretons insulaires coutre les Anglo-Saxons, a fort bien distingué le personnage hyperbolique des traditions légetulai 'es. du véritable Arthur, chef de la ligue des Bretons du Sud et de l'Ouest,

( t vainqueur des Saxons ou plutôt des Angles dans douze batailles.

2. Le 15 novembre 1559. Ce martyr octogénaire fut accusé d'avoir dérobé à la main du spoliateur queb^ues portions du trésor de Tab baye; il fut poursuivi et mis à mort par les soins de John Russell, fondateur de la maison des ducs de Bcdford, et l'un des firincipaux instruments de la tyrannie de Henri VIII. Voir le récit de cette infâme

lieu (lu sixième, pendant cette période qui vit les Mérovingiens fonder en Gaule la royauté franque si aimée des moines, et saint Benoît planter sur le mont Cassin le berceau du plus grand des ordres monastiques. La Grande-Bretagne, destinée à devenir la plus précieuse conquête des Bénédictins, offrait alors le spectacle de quatre races diverses luttant avec acharnement les unes contre les autres.

Au nord, les Pietés et les Scots, encore étrangers et hostiles à la foi du Christ, retranchés derrière les monts et les golfes qui les faisaient regarder comme des gens d'outre-mer \ menaçant toujours les contrées méridionales qu'ils avaient écrasées et stupéfiées pendant un siècle par la recrudescence intermittente de leurs infestattons^ et d'où ils n'étaient repoussés que par d'autres barbares aussi païens et aussi sauvages qu'eux-mêmes.

Plus bas, et dans la contrée dont les golfes de la Clyde, du Forth et du Solway, font la plus centrale des trois presqu'îles dont se compose la Grande- Bretagne, d'autres Pietés sont établis définitivement, à partir de 448, dans la contrée qu'ils avaient arrachée aux Bretons, et où l'apôtre Ninian avait jeté la semence du christianisme ^

exécution clans la continuation du Monasticon de Dugdale, par Stevens, tOHi. I, p. 451. Au moment de la suppression il y avait encore à Glastoubury cent religieux qui vivaient dans une parfaite régularité.

i. Gildas et Bede les appellent gentes transmarinas: non quod extra Britainiiam essent posita\ sed quia a parte Brittoiuun erant remotai.

'2. Picti in extrema parte insiiïx 'cest-à-dire de l'ilc romaine, dans

50 ORIGINES CHRÉTlEiMNES

Au sud-ouest et sur (out le littoral de la grande île qui regarde l'Irlande , ime population indigène et restée indépendante offre un asile aux malheureux Bretons, abandonnés par les Romains, décimés, saccagés, abîmés pendant un siècle par les Pietés, puis pendant un autre siècle dépouillés, asservis ou expulsés de leurs villes et de leurs champs par les Saxons, et refoulés, les uns dans les montagnes du pays de Galles, les autres dans cette langue ou corne de terre qui s'appelle la Cornouailles, Cornu Wallix^ d'autres enfin dans la région maritime qui s'étend des bords de la Cl y de à ceux de la Mersey ^

la Valoiitia), tuiic priiiium et doiiiceps requicveruiit, pricdas et coiitiitiones iionnunquaiu lacientcs, etc. Gildas, apud Gale, p. 15.

1 . Il s'agit ici du royaume de Strath-Clycfe, (jui prit plus tard le nom de Cumbria, et dont il est resté un \estig-e, en même temps qu'une population plus bretonne que saxonne, dans le comté actuel de Cumberland. Du reste, les limites de ce royaume sont fort discutées.— Peur se reconnaitie au milieu de la confusion des textes lA. des traditions relatives aux origines religieuses et chronologicpies de la Grande-Bretagne, il faut avoir recours à deux admirables mémoires rédigés par un savant moderne, trop tôt enlevé à rérudition française. M. Vai'in, doycji de la Facullé des sciences de Rennes, el insérés dans le Recueil des mémoires présentés par divers savants à V Académie des inscriptions et belles-lettres (tome V, 1'^ et 2*^ partie. 1857 et 1858). Le premier est intitulé : Etudes relatives à l'état politique et religieux des îles Britanniques au moment de l'invasion saxonne; le second : Mémoire sur les causes de la dissidence entre V Église bretonne et l Eglise romaine relativement à la célébration de la fête de Pâques. Avant de résoudre cette dernière question avec une précision et une perspicacité qui nous permettra de le suivre sans hésitation. M. Varin nous guide à travers les méandres des ti'ois pi'iiicipales écoles : Irlandaise. Anj^laise el Écossaise. (|ui se sonl disputées

DES ILE8 BKlTAlNNlOI ES M

Enfin, au sud-est, toul le pays qui s'appelle aujourd'hui l'Angleterre est tonnbé en proie aux Anglo- Saxons, occupés à y poser, sous la forme iedérative de sept ou huit royaumes de l'Iïeptarchie, les inébranlables fondations de la plus puissante nation du monde moderne.

Mais, comme les Pietés du Nord, les Anglo-Saxons sont encore tous païens. D'où leur viendront la lumière de l'Evangile et le ciment de la civilisation chrétienne, indispensables à leur grandeur et à leur vertu future? Ne sera-ce pas peut-être de ces montagnes de la Cambrie, de ce pays de Galles où les vaincus entretenaient le feu sacré des croyances et des traditions de l'Eglise bretonne, avec son clergé indigène et ses institutions monastiques? C'est une question qu'on ne saurait résoudre avant d'avoir jeté un coup d'oeil sur l'état religieux de cette pittoresque et attrayante contrée au sixième siècle.

sur les origines calédoiiieiiiieis, et qui, perron niliées dans Uslier, Camdeii et Iiiiics, sont demeurées pi-esi^ue inconnues à rérudition continentale.

Il regarde comme démontrées : 1" l'itlentité des Pietés avec les anciens Calédoniens; 2" la théorie irlandaise, qui lait des Scots une colonie d'IIibernois, originaire d'Irlande (vers '258 probablement; el établie en Calédonie avant la période des infestatiom.

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