‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 70 sur 134 · Au bout des quatre années, ainsi prédéterminées · texte numérisé non relu

Au bout des quatre années, ainsi prédéterminées

il disposa tout pour son départ. On était aux derniers

jours de mai; il voulut aller prendre congé des

Il va moines qui travaillaient aux champs dans la seule

congédes moines partie fcrtilc dc l'îlc d'Ioua, à l'occident. Son grand

au travail. i -i p • •

âge ne lui permettant plus de marcher, il se faisait traîner sur un char à bœufs. En arrivant auprès des laboureurs, il leur dit : « J'ai beaucoup désiré mou- (( rir le jour de Pâques, il y a un mois, et cela m'ac( vaitété accordé , mais pour ne pas changer ce jour c( de fête en jour de tristesse pour vous, j'ai préféré « attendre quelque peu. » Et comme ils fondaient tous en larmes, il les consolait de son mieux ; puis du haut de son rustique attelage, et se tournant vers l'Orient, il se mita bénir l'île et tous ses habitants, d'une

1. Faciès ejus subita, mirifica et Ipetifîca hilaritateeffloruit... Incomparabili repletus gaudio, valde leetifîcabatur. Tum illa sapida et suavis lîotilicatio in mœstam convertitur tristilicationem .. Duo... qui... ejus tu^auioli ad januam stabant... illacrymati, ingcmisculantes... Quia vos, ait, amo, tristificari nolo... Usque in hune prsesenteni diem, meje in Britannia peregrinationis terdeni completi sunt anni... Sed ecce nunc, subito retardati, ultra nostrœ Iretum insulse stant in rupe... cum sanctis milii obviaturis illotempore, ad Doniinum laetus emigrabo. AiuMN., 11[. 22,

Diarmid.

bénédiction qui, selon la tradition locale, conforme à celle de saint Patrice, en Irlande, eut pour résultat de faire disparaître à jamais toutes les vipères de

nie^

Le samedi de la semaine suivante, appuyé sur s juin 597. son fidèle ministre Diarmid, il alla visiter et bénir le ^renier delà communauté. En v voyant deux grands u visite et bénit

, '' • r ' 1 •! ^^ grenier

monceaux de blé provenant delà dernière récolte, il du monastère.

dit : c( Je vois avec bonheur que ma chère famille mo-

(( nastique, s'il me faut la quitter cette année, n'aura

(( pas au moins à souffrir de la disette. — Père n y annonce

. . . . . . . ^^ mort

a bien-aimé, » lui dit alors Diarmid, a pourquoi à son ministre

(i donc nous contrister ainsi en nous parlant de

« votre mort prochaine? — Eh bien, » répondit

l'abbé, (( voici un petit secret intime que je te réyé-

a lerai si tu veux me jurer à genoux de n'en rien

a dire à personne avant mon départ... C'est au-

« jourd'hui samedi, le jour que l'Ecriture sainte

c( appelle le jour du Sabbat^ ou du repos. Et ce sera

« bien véritablement le jour de mon reposa car il

1. Ad visitandos fratres operarios senex seniofessus, plaustro vectus, pergit... In occidua insula; lonse laborantes parte... ut erat in vehiculo sedens, ad Orientem suam converfens faciem, insulam cum insulanis benedixit liabitatoribus... Ex qua die, viperarum venena trisulcarum linguarum usqiie in hodiernam diem nuUo modo aut homini autpecori nocerepotuere. Adamn., II, 28; III, 55.

2. Quod cum bencdixisset et duos in eo friigum scquestratos acervos... Valde congralulor meis familiaribus monachis, quia bocetiam anno si a vobis emigrare me oportuei it, annum sufficientem babebitis... Aliquem arcanum habeo sermusculum [sic]... Et mihi verc est sabbatum hsec hodierna dies... in qua post meas laborationum moles-

a sera le dernier de ma laborieuse vie. Cette nuit « même du samedi au dimanche j'entrerai dans le c( chemin de mes pères. . . Tu pleures, cher Diarmid : « mais console-toi. C'est mon Seigneur Jésus-Christ « qui daigne m'inviter à le rejoindre ; c'est lui qui c( m'a révélé que ce serait pour cette nuit. »

Puis sortant du grenier pour retourner au monastère, et arrivé à moitié chemin, il dut s'asseoir pour se reposer à l'endroit que marque encore une des Adieux croix anciennes d'Iona\ A ce moment il voit acc/)urir

au

vieux cheval uu aucicu ct fidèlc scrvitcur, le vieux cheval blanc

blanc,

qui était employé à porter de la bergerie au monastère le lait qui servait chaque jour à la nourriture des frères. Il venait poser sa tête sur l'épaule de son maître comme pour prendre congé de lui. Les yeux du vieux cheval avaient une expression si plaintive, qu'ils semblaient baignés de larmes. Diarmid voulut l'éloigner, mais le bon vieillard l'en empêcha : a Ce « cheval m'aime, lui aussi, laisse-le près de moi ; (c laisse-le pleurer mon départ. Le Créateur a révélé « à cette pauvre bête ce qu'il t'avait caché à toi, ce homme raisonnable. » Sur quoi, tout en caressant l'animal, il lui donna une dernière bénédiction \

tiassabbatizo... Jam enim Dominus meus Jésus Christus me invitare dignatur. Adamn., III, 23.

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