‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 71 sur 134 · Celle dite Macleari's Cross · texte numérisé non relu

Celle dite Macleari's Cross

2. Media via ubi postea crux molari lapide infixa, hodieque stans... in margine cerniturviœ... Seniofessus, paululum sedens... Ecce albus occurrit caballus,obediensservitor...caputinsinu ejus ponens...dominum a se suum mox emigraturum... cœpit plangere uberumque quasi

Cela fait, il retrouva un reste de forces pour grimper sur un monticule d'où l'on pouvait voir toute l'île et tout le monastère, et de là il étendit les deux mains pour prononcer sur le sanctuaire qu'il avait créé une bénédiction prophétique : a Ce petit « endroit, si bas et si étroit, sera grandement hoa noré, non-seulement par les rois et les peuples « des Scots, mais encore par les chefs étrangers et a les nations barbares, il sera même vénéré par les <( saints des autres Eglises. »

Il redescendit ensuite au monastère, entra dans sa cellule et s'y mit au travail pour la dernière fois. Il était alors occupé à transcrire le Psautier. Arrivé au Psaume XXXIII et au verset : Inquir entes autem Dominum non déficient omni hono^ il s'arrêta et dit : c( C'est ici qu'il me faut finir : Baïthen écrira « le reste, » Ce Baïthen, comme on l'a déjà vu, était l'économe d'Iona et allait en devenir abbé. Il alla ensuite assister aux vigiles du dimanche dans l'église; puis, rentrant dans sa cellule, il s'y assit sur les pierres nues qui servaient à ce septuagénaire de lit et d'oreiller, et que l'on montra pendant près d'un siècle auprès de son tombeau ^ Là il

homo fundere et valde spumeas flerc lacrymas.. . Sine hune, sine noslrJ amatorem,ut in hune meum sinum fletus effundat amarissimi plangoris... Mœstum a se equum benedixit ministratorem. Adamx., III, 25. 1. Monticellum monastcrio supercminentem ascendens, in vertice ejus paululum slans, elcvatis manibus, benedixit cœnobium : Huic loco, quamlibetangustû et vili, non tantuni Scotorum reges cum populis, sed etiam barbararuni et exterarum gentium regnatores cum plebibus

confia à son unique compagnon un dernier message pour la communauté : a Yoici, chers enfants, c( ce que je vous recommande par mes dernières c< paroles. Que la paix et la charité, une charité mu- « tuelle et sincère, régnent toujours entre vous ! Si a vous en agissez ainsi, en suivant les exemples des « saints. Dieu, qui fortifie les justes, vous aidera, et a moi, qui serai auprès de lui, je l'interpellerai pour a vous; et vous obtiendrez de lui non-seulement toutes c( les nécessités de la vie présente en quantité suffi- « santé, mais encore les récompenses de la vie éterc( nelle, réservée aux observateurs de sa loi\ »

Cela dit, il se tut pour toujours. Mais à peine la cloche de minuit eut-elle donné le signal des matines de la fête, qu'il se leva et courut plus vite que tous les autres religieux à l'église, où il s'agenouilla devant l'autel. Diarmid le suivit, mais comme l'église n'était point encore éclairée, il ne put le rejoindre qu'en marchant à tâtons et en s'écriant d'une voix plaintive : a Mon père, où êtes-vous? » Il le trouva couché devant l'autel, s'arrêta à ses côtés, et, soulevant sa vénérable tête, la posa sur ses genoux.

suis... Sedebatintugurio Psalteriuniscribens... Posttalemperscriptum versum paginée, ad vespertinalem dominicfe noctis missam (on remarquera cette singulière expression pour vigiles) ingreditur ecclesiam. Qiia consummata, ad liospitiolum revertens, in lectulo résidons pernox, ubi pro strainine nudani habebat petram et pro pulvillolapideni, qui bodie quasi quidam juxta sepulcrum ejus titulus stat monumenli. Adamn., III, 23.

1 . llœc vobis, o filioli, novissima commendo verba. ut inter vos mutuam et non fictam habeatis charitatem, cum pace. Id, ibid-

Toute la communauté arriva bientôt avec des lumières. A la vue de leur père mourant, tous pleuraient. L'abbé ouvrit encore les yeux et promena à droite et à gauche un regard empreint d'une joie sereine et rayonnante. Puis, aidé par Diarmid, il n meurt leva de son mieux la main droite pour bénir en si- l'éguse. lence tout le chœur des moines. Sa main retombée, ^ J"^^ ^^^• il rendit le dernier soupir. Sa figure resta calme et douce comme celle d'un homme endormi apercevant une vision du cieW

Telle fut la vie et la mort du premier grand apôtre de la Grande-Bretagne. Peut-être nous sommes-nous

1. Post quse conticuit... Vix média nocte pulsata personante clocca, festinus surg-ens ad ecclesiam pergit, citiorque ceteris currens, solus introgressus juxta altare. Diormitius ecclesiam ingrediens flebili ingeminat voce : Ubi es, Pater ? Et necdum allatis fratrum lucernis, per tenebras palpans, sanctumantealtarium recumbentem invenit : quem paululmii erigens et juxta sedens sanctum in suo gremioposuit caput. Et inter liaîc cœtus monachorum cum luminaribus accurrens, pâtre viso moriente, cœpitplangere. Et, ut ab aliqulbus qui présentes inerant didicimiis, sanctus, necdum egrediente animo, apertis sursum oculis, ad utrumque latus cum mira vultus liilaritate et Isetitia circumspiciebat ; sanctos scilicet obvies intuens angelos. Diormitius tum sanctam sublevat ad benedicendum sancti monachorum chorum dexteram manum. Sed et ipse venerabilis pater in quantum poterat, simul suam movebat manum. Et posl sanctam benedictionem talitcr significatam, continuo spirilum exhalavit. Faciès rubens, et mirum in modum angelica visione exhilarata, in tantum remansit, ut non quasi mortui, sed dormientis videretur viventis. Adajin., III, 23. — Le récit d'Adamnan est la reproduction à peu près textuelle de celui de Cummian, le premier biographe connu du saint.

Ensemble

et

résumé

de

son caractère.

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laissé trop longtemps enchaîner par cette grande figure de moine, qui s'est dressée devant nous du sein de la mer des Hébrides et qui, pendant un tiers de siècle, a répandu sur ces îlots stériles, sur ces grèves sombres et lointaines, une lumière pure et féconde. Dans une époque confuse et dans une région inconnue, il a déployé ce que le génie de l'homme a de plus grand et de plus pur, et, il faut l'ajouter, de plus facilement oublié, le don de commander aux âmes^ en se commandant à soi-même. Ce n'a pas été un petit travail que de choisir quelques traits propres à se détacher sur le tissu de sa vie, que de démêler ce qui attire le lecteur moderne, c'est-à-dire le caractère du personnage et son influence sur les événements contemporains, à travers un monde entier de récits très-minutieux ayant presque exclusivement pour objet des faits surnaturels ou ascétiques. Mais cela fait, on arrive tant bien que mal à se représenter facilement ce grand vieillard aux traits réguliers et doux, à l'accent suave et puissant, tonsuré à l'irlandaise avec le haut de la tête rasé et les cheveux pendants par derrière, revêtu de la coule monastique, assis à la proue de sa barque d'osier recouverte de peaux, naviguant à travers l'archipel brumeux et les lacs étroits du nord de l'Ecosse, portant d'île en île, de plage en plage, la

1. Anîmarum dux, disait déjà l'ange qui annonçait sa naissance à sa mère. — Cette expression se retrouve dans Adaninan (I, 2), mais placi'e dans la bouche de Coluinba et appliquée par lui à un autre saint.

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lumière, la justice, la vérité, la vie de l'âme et de la conscience.

On aime surtout à étudier le fond de cette âme et les transformations qu'elle a subies depuis sa jeunesse. Pas plus que son homonyme de Luxeuil, que l'apôtre monastique des deux Bourgognes, celui des Pietés et des Scots n'était une Colombe. La douceur était de toutes les qualités précisément celle qui leur fit le plus longtemps défaut. Au début de sa vie, le futur abbé d'Iona, bien plus encore que l'abbé de Luxeuil, se montre à nous dominé par les vivacités de son âge, associé à toutes les luttes, à toules les discordes de sa race et de son pays : vindicatif, emporté, intrépide, batailleur, né pour être soldat plutôt que moine, connu, loué ou blâmé comme soldat, si bien que de son vivant même on l'invoquait dans les combats ^ ; resté soldat, insulanus miles^^, jusque sur le roc insulaire d'où il s'élançait pour prêcher^ convertir, éclairer, réconcilier, réprimander les princes, les peuples, les hommes et les femmes, les laïques et le clergé.

D'ailleurs, plein de contradictions ou de contrastes, à la fois tendre et emporté, brusque et aifable, ironique et compatissant, caressant et impérieux, reconnaissant et implacable, facilement entraîné par la pitié comme par la colère, m.ais

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