‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 75 sur 134 · Rosse, Where is Duncan's body · texte numérisé non relu

Rosse, Where is Duncan's body

Macduff, Carried lo Colmes-Kill,

The sacred store house of his predecessors, And guardian of their bones.

SiiAKSPEAi'.E, Macbeth.

Dans le premier acte de la même pièce, on annonce que le roi de Norwége n'obtiendra la paix après sa défaite par Macbeth, qu'en déboursant dix mille écus dans l'île de saint Columba.

2. Plurima exinde monasteria per discipulos ejus in Britannia et in llibernia propagata sunt : in quibus omnibus idem monasterium insulanum, in quoipse requiescit corpore, principatum tenet. Bede, III, 4 — Cujus monasterium in cunctis pêne septentrionalium Scotorum et omnium Pictorum monasteriis non parvo tcmporc arcem tenebat regendisque eorum populis prceerat. Id., IJI, 5.

chantes héroïnes de l'histoire d'Ecosse et de la chrétienté : par la sainte reine Marguerite, cette douce et noble exilée, si belle, si sage, si magnanime, si aimée, qui n'usa de son ascendant sur le roi Malcolm, son mari, que pour régénérer l'Eglise dans son royaume, et dont la chère mémoire méritait d'être associée dans le cœur du peuple écossais à celle de Columba, puisqu'elle obtint par son intercession cette grâce de la maternité qui a fait d'elle la la tige de la dynastie encore régnante sur les îles Britanniques ^

Rappelons ici le privilège qui conférait aux abbés d'Iona une sorte de juridiction sur les évêques des régions voisines^ ; privilège unique, et qui paraîtrait fabuleux, s'il n'était attesté par deux des historiens les plus véridiques des ces temps : le Vénérable Bede etNotker de Saint-Gall.

i. Orderic Vital, 1. VIII, c. 22, t. III, éd. Le Prévost; Fordun, Scotichronicon., Y,ô1. — On voit encore, au sommet du pittoresque rocher que surmonte le château d'Edimbourg-, la chapelle récemment restaurée par ordre de la reine Victoria, dédiée à sainte Marguerite. C'est la Minerve chrétienne de cette acropole du Nord.

2. Habet insula rectorem semper abbatem presbyteruin, cujus juri omnis provincia, et ipsi etiam episcopi, ordine inusitato, debeant esse subjecti. Bede, 1. III, 4. — Cf. Anglo-Saxon chronicle, ad an. 565, éd. Giles. — In Scotia insula Hibernia depositio sancti Columbse, cognomento apud suos Columb-Killi, eo quod multarum cellarum, id est monasteriorum vel ecclesiarum institutor, fundator et rector exstiterit, adeo utabbas monasterii, cui novissime prœfuit et ubirequiescit, contra niorem ecclesiasticum primus omnium hiberncnsium habeatur episcoporum. Notker Ralbulus, Martyrologium. — Mabillon cite un diplôme de l'abbaye irlandaise de Honau en Allemagne, où la signature de l'abbé précède celle de sept évêques, tous à noms celtiques. Annales Benedictini, t. Il, Append., p. 700. — Quels étaient les évêques soumis à la principauté d'Iona? S'il iallait en croire Colgan, — in

Or, pour s'expliquer cette étrange anomalie, il faut se (lire que dans les pays celtiques, en Irlande et en Ecosse, l'organisation ecclésiastique reposa d'abord exclusivement sur la vie conventuelle. Les diocèses et les paroisses n'y furent régulièrement constitués qu'au douzième siècle. Il y eut dès l'origine des évêques, mais dépourvus de toute juridiction territoriale nettement déterminée, ou bien, en Irlande surtout, incorporés, comme un rouage nécessaire mais subordonné, aux grands corps monastiques. C'est pourquoi, comme on l'a déjà remarqué, les évêques de l'Eglise celtique paraissent fort effacés, non-seulement auprès des grands fondateurs et supérieurs de monastères, tels que Columba, mais même auprès des simples abbés \ Néanmoins, on voit quedu vivant de Columba, celui-ci, bien loin d'affecter une suprématie quelconque sur les évêques contemporains, leur témoignait le plus profond respect, au point de ne pas vouloir célébrer la messe en même temps qu'un évêque, qui était venu, humblement déguisé

prasf., Triad. T/iaum., prserog-ativo forte jurisdictioni legimus concessiim, quod ejus abbas primatum et praecedentiam habeat ante omnes Scotorum episcopos, — il faudrait supposer que tous les évêques d'Irlande et de la Calédonie lui étaient soumis. — Du reste on trouve dans les épîtres des papes Etienne 11 et Adrien h" la mention d'un moine-évêque soumis à l'abbé de Saint-Denis.

1. Voirie trait curieux rapporté dans Adamnan (I, 36), où l'on voit un évêque hésiter à conférer la prêtrise à Aïdus le Noir avant d'y être autorisé par l'abbé de Tirée, cella insulaire dépendante d'iona. — Episcopus non ausus est super caput ejus manum imponere, nisi prius presbyter Findchanus... suam capiti ejuspro confirmatione imponeret

tram.

en simple prosélyte, visiter la commiiiiaiité d'Iona*. Du reste, les abbés s'abstenaient scrupuleusement de toute usurpation du rang, des privilèges ou des fonctions réservés aux évêques ; ils avaient recours à ceux-ci pour toutes les ordinations célébrées dans les monastères \ Mais comme la plupart des évêques avaient été élevés dans les écoles monastiques, ils conservaient pour leur berceau une vénération affectueuse qui, à l'égard d'Iona spécialement, d'où nous verrons sortir tant d'évêques, a pu se traduire en une sorte de soumission prolongée à la juridiction conventuelle de leur ancien supérieur claustral. Cinq siècles plus tard, les évêques sortis des grandes abbayes françaises de Cluny et de Cîteaux se plaisaient à professer la même subordination filiale à l'égard de leur berceau monastique.

D'ailleurs en ce qui louche la primauté incontestée d'Iona sur les évêques qui y avaient pratiqué la vie religieuse ou qui venaient s'y faire sacrer après, leur élection, elle s'explique par l'ascendant de Columba sur le clergé et les populations du pays qu'il avait évangélisé, ascendant qui ne fit que s'accroître après sa mort.

Le grand abbé d'Iona laissa-t-il à ses disciples, comme son homonyme deLuxeuil, une règle monas-

1. Quidam proselytus ad sanctum venit qui se in quantum potuit occnltabat humiliter, ut nuUus sciret quod esset episcopus. Adamn., I, 44.

'2. Accitoepiscopo...apu(l supradictum Findclianum presbytcr ordinatus est. Id., I. 56.

(I une régie paiticiiliéic'

tique nkligce par lui et distincte de celle qui était coiumba

••11 \ 1 • r\ lut-il l'a ulcii

suivie dans les autres monastères celtiques? On l'a souvent affirmé, mais sans preuves positives ; et, dans tous les cas, il n'en reste aucun texte authentique^ Le document qu'on lui a quelquefois attribué sous le nom de Règle de Columb-KiUe ne se rapporte en aucune façon aux cénobites d'Iona et ne peut s'appliquer qu'aux anachorètes ou reclus qui vivaient peut-être sous son autorité, mais isolés, et qui ont toujours été fort nombreux en Irlande^

Un examen aussi consciencieux qu'attentif de toutes les particularités monastiques que l'on peut

1. Colgan {Trias Thaum., p. 471) et Hrcften [Disquisitiones nionastic3R, 1. I, tr. 8, p. 84) ont eu entre les mains le texte d'une règle attribuée à Coiumba et réimprimée par Reeves, en 1850, mais tous deux ont reconnu qu'elle ne pouvait s'appliquer qu'à des anachorètes. Cf. O'CuRRY, Lectures, p. 574 et 612. — L'existence de sa règle cénobitique n'a pour preuve que la mention qui en est faite par Bcde dans le discours de Wilfrid à la célèbre conférence de Whitby entre les moines bénédictins et les moines celtiques, dont il sera question plus loin : « De Pâtre vestro Coiumba et sequacihus ejus. quorum sanctitatem vos imitari et Regulam ac preecepta cœlestibus signis conlirmata, » etc. — Mais, d'ailleurs, le mot Régula, si fréquent dans les vies des saints irlandais, ne peut guère s'entendre que par observance, discipline ; chaque saint un peu considérable avait la sienne. Reeves a démontré que VOrclo monasticus attribué à Coiumba par le dernier éditeur d'Holsteinus ne remonte pas au delà du douzième siècle.

2. Les reclus ou anachorètes qui passaient leur vie dans une cellule contenant un autel pour y dire la messe, tantôt isolée, tantôt adhérente à une église (comme celle de Marianus Scotus, à Fulde), ont subsisté en Irlande pendant très-longtemps. Sir Henry Piers a constaté l'existence d'un de ces reclus et décrit sa cellule, dans le comté de Westmeath, en 1682. Heeves, Memorials of the church of S, Duilecfi, 1859.

502 SAINT COLlllBA,

relever dans sa biographie^ ne révèle absolument rien, en fait d'observances ou d'obligations, qui soit distinct des prescriptions empruntées par toutes les communautés religieuses du sixième siècle aux traditions des Pères du désert. Mais ce qui en ressort, c'est d'abord la nécessité du vœu ou de la profession solennelle pour constater l'admission définitive du religieux dans la communauté après une épreuve diversement prolongée^ ; c'est ensuite la conformité absolue de la vie religieuse suivie par Columba et ses moines avec les préceptes et les rites de l'Eglise catholique de tous les siècles. Des textes incontestables et incontestés démontrent l'existence de la confession auriculaire, l'invocation des saints, la confiance universlle en leur protection, en leur intervention dans les affaires temporelles, la célébration de la messe, la présence réelle dans l'Eucharistie, le célibat ecclésiastique, les jeûnes et les abstinences, la prière pour les morts, le signe de la croix et surtout l'étude assidue et approfondie de l'Écriture sainte^ Ainsi s'écroule la prétention avan-

1. Voir Tappendice N de réditioii de Reeves, intitulé : InstitiUio Hyensis. C'est un excellent résumé de tous les usages monastiques de l'époque.

2. Votiim inonachiale voverunt... votum monachiculn dévolus vovit. Adamn., I, 51 ; II, 59.

5. Voici l'indication de quelques-uns des passages d'Adamnan qui démontrent notre assertion :

La Confession auriculaire^ expressément indiquée dans l'histoire de Libranius, II, 59.

V Invocation des saints, à chaque page. Golumba est même invoqué

xVPOTRE DE LA CALÉDONIE. 305

céc par certains écrivains de trouver dans l'Eglise celtique on ne sait quel christianisme primitif en dehors du catholicisme; ainsi se trouve une fois de plus confondu ce préjugé ridicule, mais invétéré, qui accuse nos pères d'avoir ignoré ou interdit l'étude de la Bible.

Quant aux usages particuliers à l'Église irlandaise et qui donnèrent plus tard naissance à de si fatigantes contestations avec les missionnaire romains et anglo-saxons, on n'en découvre aucune trace dans les actes ou les paroles de Columba. Il n'est pas question des fastidieuses luttes sur la tonsure, ni même de la célébration irrégulière de la Paque, si ce n'est dans une prédiction faite vaguement par lui lors d'une visite à Clonmacnoise, sur les discordes que le dissentiment pascal ferait naître un jour dans l'Eglise scotique^

Si Columba n'écrivit point de règle, faite comme celle de saint Benoît pour traverser les âges, il n'en laissa pas moins à ses disciples un esprit de vie, d'union et de discipline qui suffit pour main-

■*■ ^ j^ ^ Ses successeurs.

tenir en un grand corps, pendant plusieurs siècles

pciKlant sa vie. — Leur protectiG7i et leur intervention dans les affaires temporelles, II, 5, 15, 59; 40.

La célébration de fêles et offices en leur honneur, II, 45; III, 11.

\^2i^présence réelle... Tous les éléments de l'Eucharistie. A sancto jussus Christi corpus conficere... Eucharistie mysteria celebrare pro aniii;a sancta. Colgan, Vita prima, c. 8. Cf. Adamn., III, 12. » La messe solennelle le dimanche, III, 12 ; et aux autres jours, 1, 40.

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