Scripturarum tam liberalium quam ecclesiasticarum
surtout le grec, y étaient cultivées, parlées, écrites avec une sorte de passion pédantesque qui témoigne au moins de l'empire des préoccupations intellectuelles sur ces âmes ardentes. On y' poussait même la manie du grec jusqu'à écrire en caractères helléniques le latin des livres d'église \ D'ailleurs, en friande, plus que partout ailleurs, chaque monastère était une école et chaque école un atelier de transcripcaiiigraphie tiou d'où sortaicut tous les jours de nouveaux exemrinstar plaircs du texte des saintes Ecritures et des Pères
de Columba. • . . . ^ ,.
de la primitive Eglise, textes répandus dans toute l'Europe, et qui se retrouvent encore aujourd'hui dans les bibliothèques du continent. On les reconnaît facilement au caractère si original et si élégant de la calligraphie irlandaise, comme aussi par l'usage de l'alphabet commun à toutes les races celtiques, employé plus tard par les Anglo-Saxons, mais auquel les Irlandais seuls sont restés fidèles jusqu'aujourd'hui. Columba, comme on Ta vu, avait donné l'exemple de ce labeur infatigable des scribes monastiques; son exemple fut constamment suivi dans les cloîtres irlandais, où l'on ne se bornait pas seulement à la transcription de l'Ecriture sainte, mais 011 l'on reproduisait les auteurs grecs et latins, quelquefois en caractères celtiques, avec gloses et
1. Reeve's Adamnan, p. 158 et 554. Dans une vie manuscrite de saint Brendan, on lit ce curieux passage : Habebat... missalem librum scriptum grsecislitteris... Et positus est ille liber super altare... Illico jam litteras griecas scivit sanctus Brendanus, sicuti latinas quas didicit ab infantia. Et cœpit missani cantare.
commentaires en irlandais, comme cet Horace que l'érudition contemporaine a découvert dans la bibliothèque de Bernée Ces merveilleux manuscrits, enluminés avec une adresse et une patience incomparables par la famille monastique de Columba, excitaient cinq siècles plus tard l'enthousiasme déclamatoire d'un grand ennemi de l'Irlande, de l'hisiorien anglo-normand Giraud de Barry ; ils attirent encore aujourd'hui l'attention des archéologues et des philologues les plus renommés^
On retrouve sur les plus anciens monuments lapi- Reproduction daires de l'Ecosse, sur les croix, les pierres sépul- ^"^"Ser^*^ craies et autres débris de l'art tout à fait primitif caiî[gTapMques, de cette région, une reproduction si exacte des motifs employés dans la décoration de ces manuscrits, de leurs formes tantôt gracieuses et tantôt grotesques, de leurs spirales, de leurs entrelacs et de
1. Orelli, dans son édition d'Horace, dit que ce codex de Berne, avec une glose irlandaise, est du huitième ou neuvième siècle : Scotice scriptus, antiquissimus omnium quotquot adhuc innotuerunt... Il njoute : Hic illic in foliorum marginibus reperiuutur vocabula celtica, quorum liœc notavi : Brigit, etc.
2. Hsec cquidem quanto frequenlius et diligentius intueor, semper quasi novus obstupeo, semperque magis et magis admiranda conspicio. GiRALBus Cambrensis, Topogr. Hiber., dist. n, c. 38. — La plupart des manuscrits cités et admirés de nos bibliothèques continentales ou anglo-saxonnes sont d'origine irlandaise, ainsi que l'ont démontré Zeuss, Relier et Reeves. Les manuscrits qui ont servi au célèbre philologue Zeuss pour la composition de sa Grammatica Celtica (Lipsise, 1853) contenaient des gloses irlandaises sur les textes latins de Priscien à Saint-Gall, des Épîtres de saint Paul, à Wiïrtzburg, du Commentaire de saint Colomban sur les Psaumes, à Milan, venant de Bob bio, et de Bede, à CarlsrahC; venant de Reichenau,
Les Sanctiloees.
leurs méandres inextricables, qu'il est impossible de ne pas attribuer la composition et même l'exécution de ces sculptures aux moines celtiques, disciples ou compatriotes de Golumba\ Annales Eu outrc, dans tous ces monastères, on rédis^eait
historiques. '-'
les annales exactes des événements du temps. Ces annales remplaçaient les chroniques des bardes : conservées en partie et déjà publiées ou en train de l'être, elles forment maintenant encore la principale source de l'histoire d'Irlande^ Elles s'occupaient naturellement de l'histoire ecclésiastique encore plus que de l'histoire profane. Elles célébraient surtout la mémoire des saints, si nombreux dans l'Eglise d'Irlande, où chacune des grandes communautés avait tout un cycle de saints sortis de son sein ou rattachés à sa confraternité. Sous le nom de sanctiloge ou festiloge (car il y avait trop peu de martyrs connus
1. Telle est l'opinion soutenue et savamment démontrée par M. John Stuart, dans deux splendides volumes in-4° publiés par lui pour le Spalding Club et intitulés : Sculptured stones of Scotland ; Edinburgh, 1856 et 18G7. Ils contiennent la reproduction lithographique et coloriée des colonnes, des croix sculptées, des monuments sépulcraux et autres qui subsistent encore dans les contrées au nord de la Forth, autrefois habitées par les Pietés, ainsi qu'à lona et ailleurs. Il remarque avec raison que les sculptures de plusieurs de ces grandes croix en pierre semblent èire la reproduction fidèle d'une page des manuscrits enluminés de l'École irlandaise vue au microscope.
2. Ces précieuses collections furent continuées par les Ordres plus récents, après la conquête anglaise et même après la Réforme, jusqu'au dix-septième siècle. Voir surtout la collection si précieuse intitulée : Annales des quatre maîtres, c'est-à-dire des quatre franciscains de Donegall, qui descend jusqu'en 1G54.
Angus le CuUlee.
en Irlande pour justifier le terme usuel de martyrologe), ce cycle servait de lecture spirituelle aux moines et d'instruction familière aux populations d'alentour. Plusieursde ces festiloges étaient en vers, notamment le plus fameux de tous, dû à Angus, dit le Culdee^ simple frère meunier au monastère de Tallach^ • il Y ^^ donné place aux principaux saints des autres pays, en même temps qu'à trois cent soixante-cinq saints irlandais, un pour chaque jour de l'année, et tous célébrés avec cet enthousiasme pieux et patriotique, poétique et moral, qui enflamme si naturellement tout cœur irlandais.
Ce nom de Ciildee nous oblige à signaler en pas- ce
^ qu'étaient
sant l'erreur aussi absurde que répandue qui a fait les
^ ^ ^ Guidées.
regarder les Culdees comme une sorte d'ordre de religieux mariés et indigènes, antérieur à l'introduction du christianisme en Irlande et en Ecosse par les missionnaires romains, et ayant eu pour fondateur ou pour chef le grand abbé d'Iona. Cette opinion, propagée par des savants anglicans, et aveuglément copiée par divers écrivains français, est aujourd'hui universellement reconnue comme fausse par les juges sincères et compétents^ Les Guidées^
1. Voir l'analyse qu'en fait O'Gcrry, Lectures, etc., p. 5G4 et 571, et. d'après lui, M. de la Villemarqué dans S3i Poésie des cloîtres celtiques.
2. Selon le D^Reeves, la désignation deCuldeon Celle Dei, répondant au terme latin Servus Dei, apparaît pour la première fois dans l'histoire authentique avec le nom de cet Angus qui vivait en 780. Elle fut ensuite appliquée à tous les religieux en général, c'est-à-dire à tous les clercs vivant sous une règle en Irlande et en Ecosse. Selon le regrettable
514 SAINT GOLUMBA,
espèce de tiers ordre agrégé aux monastères réguliers, ne parurent en Irlande et ailleurs qu'au neuvième siècle, et n'eurent jamais que des relations insignifiantes avec les communautés columbiennes^
Ce qui frappe encore plus que le développement
intellectuel dont les monastères irlandais furent à
Propagande ccttc époquc Ic foycr inextinguible, c'est la prodi-
moines irlandais gicusc activité quc déployèrent les moines irlandais
au dehors w i
de en s étendant et en se propageant dans tous les pays
l'Irlande.
O'Curry, les Guidées n'étaient que des ecclésiastiques ou des laïques agrég-és aux monastères, et qui eurent pour premier fondateur un saint Malruain, mort en 187 ou 792. Ces renseignements, transmis à l'auteur par les deux princes de l'érudition irlandaise, sont parfaitement d'accord avec les conclusions du D'' Lanigan, dans sa très-savante et impartiale histoire ecclésiastique d'Irlande, t. IV, p. 295-300, comme aussi avec celles des nouveaux BoUandistes, t. VIII d'octobre, p. 86, Disquisitio in Culdeos, ap. ActaS.Reguli. Selon les doctes continuateurs des Acta sanctorum, les Guidées n'étaient pas moines, mais séculiers ou plutôt chanoines, et parurent au plus tôt en l'an 800. Par la même occasion, nos savants contemporains renvoient au neuvième siècle, au lieu des quatrième et sixième donnés par les légendes, l'époque de la translation des reliques de l'apôtre saint André, devenu le patron de l'Ecosse au moyen âge. Cette translation, effectuée par un évêque nommé Regulus (Rule), donna lieu à la fondation du siège épiscopal et de la ville de Saint- Andrewa, située sur la côte orientale de l'Ecosse, au comté de Fife, érigé en métropole du royaume en 1472, avec une université qui date de 1411. On y voit de très-belles ruines des églises détruites par les réformateurs en 1559. — Depuis que la note précédente a été écrite, une nouvelle publication du docteur Reeves, the Culdees ofthe British Islands as theij appear in History, ivith an appendix of Evidences, Dubhn, 1804, in-4°, a résumé et terminé toute controverse sur cette question si longtemps débattue, en portant le dernier coup aux chimères d'une érudition dominée par le parti pris de l'esprit de secte.