Kemlle, Saxons in Etifjland, t. II, p. 5j
(les
missionnaires
monastiques
à liavers
la Gaule.
DE CA.XTORBÉRV. 557
la vie d'Augustin le jour solennel où , pour obéir aux voyage ordres du Pontife, qui avait été son abbé, il dut s'arracher avec ses quarante compagnons aux entrailles maternelles de la communauté qui leur servait de patrie. Pour fixer le choix de Grégoire, il faut qu'il ait montré des qualités éminentes comme prieur du monastère. Mais rien n'annonce que ses compagnons aient été dès lors animés du zèle qui enflammait le Pape. Ils arrivèrent sans encombre en Provence et s'arrêtèrent quelque temps à Lérins, dans cette île des Saints de la Méditerranée, où, un siècle et demi plus tôt, Patrice, l'apôtre monastique de l'île des Saints de l'Océan, avait séjourné pendant neuf ans avant d'être envoyé par le pape Célestin pour évangéliser l'Irlande. Mais, là ou ailleurs, les moines romains recueillirent d'effrayants récits sur les pays qu'ils avaient à convertir. On leur dit que le peuple anglo-saxon, dont ils ignoraient la langue, était un peuple de bêtes féroces, altéré du sang innocent, impossible à toucher ou à gagner, et qu'on ne pouvait aborder qu'en courant à une perte certaine. Ils prirent peur, et au lieu de poursuivre leur route, ils obtinrent d'Augustin qu'il retournerait à Rome pour supplier le Pape de les dispenser d'un voyage si pénible, si périlleux et si inutile\ Loin de lesexaucer, Grégoire leur renvoya Augustin avec une lettre où
1. Aiigustini sanctorumquc fratrumamaternis visceribus monasterialis ecclesife avulscTnnt..,, Nuntiatur quod gens quain peterent iminanior belluis existcrct... Gotsemnus, Uisloria maîor, c. 3, 6 — Pcr-
Lettres il leur prcscrivait de reconnaître désormais pour leur
^'ape. abbé le prieur de Saint-André, de lui obéir en tout,
et surtout de ne pas se laisser terrifier par les labeurs
25 juillet de la route ni par la lang-ue des médisants. « Mieux
valait, leur écrivait-il, ne pas commencer celle bonne œuvre que d'y renoncer après l'avoir entamée... En avant donc, au nom de Dieu... Plus vous aurez de peine et plus votre gloire sera belle dans l'éternité. Que la grâce du Tout-Puissant vous protège et m'accorde de voir le fruit de votre travail dans l'éternelle patrie; si je ne puis parlager votre labeur, je n'en serai pas moins à la récolte, car Dieu sait que ce n'est pas la bonne volonté qui me manque ^ »
Augustin était porteur de lettres nombreuses, écrites à la même date par le Pape, d'abord à l'abbé de Lérins, à l'évêque d'Aix et au gouverneur gallofranc de Provence, pour les remercier du bon accueil qu'ils avaient déjà fait aux missionnaires, puis aux évêques de Tours, de Marseille, de Vienne, d'Autun, et surtout à Virgile, métropolitain d'Arles, pour leur recommander très-chaleureusement Augustin et sa mission, mais sans leur en expliquer la nature ou la portée.
Il en agit autrement dans ses lettres aux tieux jeunes rois d'Austrasie et de Bourgogne et à leur
ciilsi timoré inerti... ne tam periculosam, (am laboriosam, tam inutîlem prrcdicationem adiré deberent.BEOE, I, '25.
1. Quatenus etsi vobiscum laborare nequeo, simul in gaudio relribiitionis inveniar, quia laborare scilicet volo, Ibid.
DE CANTORBKRY. 5.-9
mère, Bninchaut,qiii régnait en leur nom sur loule la France orientale. En invoquant l'orthodoxie qui distinguait entre toutes la nation franque, il leur annonce qu'il a appris que la nation anglaise était disposée à recevoir la foi chrétienne, mais que les prêtres des régions voisines (c'est-à-dire delà Camhrie) n'avaient nul soin de la leur prêcher; en conséquence, il demande que les missionnaires destinés par lui à sonder, puis à sauver les âmes des Anglais, puissentobtenirdes interprètes pour les accompagner au delà du détroit et un sauf-conduit royal pour garantir leur sécurité pendant leur voyage à travers la France ^
Ainsi stimulés et recommandés, Augustin et ses religieux reprirent courage et se remirent en roule. TiCur obéissance remporta la victoire qui avait été refusée à la magnanime ardeur du grand Grégoire. Ils traversèrent donc toute la France en remontant le îihône et en descendant la Loire, protégés par les princes et les évêques à qui le Pape les avait recommandés, mais non sans subir plus d'une avanie delà part des populations grossières, surtout en Anjou, où ces quarante hommes vêtus en pèlerins, cheminant ensemble, prenant quelquefois leur gîte nocturne sous un grand arbre pour tout abri, furent accueillis comme des loups-garous, et où les femmes surtout se signalaient par leurs hurlements et leurs dérisions ^