Epist., VI, 55 à
'2. Tôt liomines peregrinos pedcslri incessii et liahitu Immiles quasi
et
les premiers
Saxons.
Augustin Après avoir ainsi parcouru loute la Gaule franque,
débarque ^ ^
là Augustin et ses compas nons vinrent débarquer sur
où avaient , . .
débarqué la plajîe méridionale de la Grande-Bretagne, à l'en-
Jules César . , .
droit où elle se rapproche le plus du continent et là même où avaient déjà pris torre les conquérants antérieurs de l'Angleterre : Jules César, qui l'avait révélée au monde romain , puis Hengist avec ses Saxons qui lui apportaient avec son nom nouveau l'ineffaçable empreinte des races germaniques. A ces deux conquêtes venait maintenant succéder une troisième, destinée à être la dernière. Car on ne saurait mettre au même rang les invasions victorieuses des Danois et des Normands qui, issus du même sang et imbus des mêmes mœurs que les Saxons, ont cruellement troublé la vie du peuple anglais, mais n'ont rien changé aux racines de sa vie sociale et morale et n'ont pu entamer ni sa langue, ni sa religion, ni son caractère national.
Ces nouveaux conquérants arrivent eux aussi, comme Jules César, sous les enseignes de Rome, mais de la Rome éternelle, non de la Rome impériale. Ils viennent rétablir la loi de l'Evangile que les Saxons avaient noyée dans le sang. Mais en imprimant pour toujours le sceau de la foi chrétienne à la terre et à la race des Anglais, ils ne porteront
tôt lupos et ignota monstra repulerc. Mulierculœ simul conglomeratse tanta... insania, tribulatu, despectu, siibsannatione, derisione in sanctos Dei sunt debacchattc... Stabat juxta ulmiis ampla... sub hac sancti volentes ipsa nocte requiescerc... Gotseltnus, c. 10.
aucune atteinloau caractère indépendant, à la puissante originalité de la nation qu'ils achèveront de constituer en Ja convertissant.
Au midi de l'embouchure de la Tamise et à la pointe nord-est du comté de Kent, on voit une région qui s'appelle encore l'île deThanet, bien que le nom d'île ne lui convienne plus, parce que le bras de mer qui la séparait autrefois du continent n'est plus qu'une sorte de ruisseau marécageux et saumâtre. C'est là, à un endroit où les blanches et abruptes falaises de cette plage d'Albion s'interrompent subitement pour ouvrir une anse sablonneuse, auprès de l'ancien port des Romains à Richborough , entre les villes modernes de Sandwich et de Ramsgate \ que les moines romains posèrent pour la première fois le pied sur le sol britannique^ On a longtemps conservé et vénéré le rocher qui avait reçu l'empreinte des premiers pas d'Augustin ; on y venait en pèlerinage pour re-
1. Ou aimo à constater que dans cette ville même de Ramsgate, sur la plage où aborda l'abbé Augustin, les fils de Saint-Benoît ont pu, après treize siècles écoulés, élever de nos jours un nouveau sanctuaire, auprès d'une église dédiée à saint Augustin et construite par le grand architecte catholique Pugin. Cette colonie monastique dépend de la nouvelle province bénédictine de Subiaco, à laquelle se rattachent également nos fondations récentes de la Pierre-qui-Vire, en Morvan, et de Saint-Benoît-sur-Loire, au diocèse d'Orléans.
2. Dans un livre intitulé : Historical memorials of Canterhury, 1855, le docteur anglican Arthur Stanley, aujourd'hui doyen de l'église abbatiale de Westminster, a étudié et déterminé avec autant d'enthousiasme que de scrupuleuse exactitude tous les faits relatifs à l'arrivée de saint Augustin. Il a confirmé l'opinion déjà ancienne qui fixe le lieu même du débarquement à ce qui n'est plus aujourd'hui
502 SâI?^T AUGUSTIN
mercier le Dieu vivant d'y avoir conduit rnpôtre des
Anglaise
A peine débarqué, le lieutenant du pape Grégoire envoya les interprètes dont il s'était pourvu en France auprès du roi de la contrée où les missionnaires venaient d'aborder, pour lui annoncer qu'ils arrivaient de Rome, et qu'ils lui apportaient la meilleure des nouvelles, la vraie bonne Nouvelle, avec les promesses de la joie céleste et d'un règne éternel en la rompagiedu Dieu vivant et véritable\
Ce roi s'appelait Ethelbert^, ce qui voulait dire en anglo saxon Noble et Vaillant. Arrière-petitfds de Hengist, le premier des conquérants saxons, qui lui-même passait pour descendre d'un des trois fds d'Odin, il régnait depuis trente-six ans sur le plus ancien royaume de l'Heptarchie, celui de Kent, et il venait d'acquérir sur tous les autres rois et princes saxons, jusqu'aux confins delaNorthumbrie, cette sorte de suprématie militaire qui s'atta-
qu'une ferme nommé Ebb'sfleet, et située sur un promontoire dont la mer, en se retirant, a abandonné les alentours.
1, Stan'ley, p. 14. — Oakley, fAfe of S. Augustin, 184i, p. 91. — Cette Vie Mi partie de l'intéressante série des Lives ofîJie English saints publiée par les principaux écrivains de l'école puseyite avant leur conversion.
2. Mandavit se venisse de Roma et nuntium ferre optimum... fTterna in cœlis gaudia et regnum sine fine cum Deo vivo et vero futurum. Dfde,I, 25.
5. Le radical Ethel, qui se retrouvera dans presque tous les noms d'hommes ou de fenmnes que nous allons citer, répond à l'adjectif allemand Edel, noble, le nom à'Ethelbert est devenu plus tard Adalbert, Albert.
chai! «iu litre do Bretwalda ou do chef lomporairo do la Confodoralion saxonne*.
Il devait être naturellement prédisposé en faveur de la religion chrétienne. C'était celle dosa femme, Berthe, qui avait pour pèreCaribert, roi des Francs de Paris, petit-fils de Clovis; et pour mère, cette Ingoberge dont Grégoire de Tours nous a raconté les douces vertus et les malheurs domestiques^. Elle n'avait été accordée à ce roi païen des Saxons de Kent, qu'à la condition de pouvoir observer librement les préceptes et les pratiques de sa foi, sous la garde d'un évêque gallo-franc , Liudhard de Senlis, qui était toujours resté avec elle, et venait seulement de mourir, lorsque Augustin arriva. La tradition constate les douces et aimables vertus de la reine Berthe, en même temps que son zèle discret pour la conversion de son mari et de ses sujets. On croit que Grégoire tenait d'elle ces données sur l'envie qu'auraient les Anglais de se convertir, dont il avait entretenu la reine Brunehaut et ses petits-fds\ Cette
1. Bede, l, '25 ; II, 5, 5. Je dois ajouter que cette opinion, fondée sur les textes de Bede, est contestée par plusieurs érudits modernes, qui regardent le caractère essentiellement indépendant des diverses royautés anglo-saxonnes comme incompatible avec la suprématie même temporaire de l'une d'entre elles.