‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 97 sur 134 · S.Gregor., i;p/6'/., Vni, 59. — Stanley, op. cit., p · texte numérisé non relu

S.Gregor., i;p/6'/., Vni, 59. — Stanley, op. cit., p

palais dans la ville de Ganlorbéry et en établissant désormais sa résidence royale à Reculver, ancienne forteresse romaine sur la rive voisine de l'île où avait débarqué Augustin. A côté de la demeure du roi, transformée en monastère pour l'archevêque et ses religieux, et sur le site d'une vieille église du temps des Romains, on commença à construire une basilique destinée à devenir, sous le nom d'église du Sauveur ou du Christ [Christ Church)^ la métropole de l'Angleterre ^ Augustin en fut à la fois le premier archevêque et le premier abbé.

Le Pape avait d'abord désigné pour siège de la nouvelle métropole la cité de Londres, colonie romaine déjà célèbre du temps des empereurs, tandis qu'il n'avait peut-être jamais entendu parler de la résidence des rois saxons à Cantorbéry. Mais Londres n'était pas dans le royaume d'Ethelbert, et l'indication du Pape ne put prévaloir contre les motifs qui déterminèrent Augustin à prendre pour foyer de la vie religieuse en Angleterre la capitale du roi qui était devenu son prosélyte et son ami, ainsi que la région où il avait pris terre en abordantle sol britannique, et dont les habitants l'avaient accueilli avec une sympathie si féconde ^

D'ailleurs les splendeurs et l'influencedela métro-

1. L'immense métropole actuelle de Cantorbéry, dont la reconstruction fut commencée au onzième siècle par Lanfranc, occupe l'emplacement de cette église primitive et du palais d'Ethelbert.

2. Gregor. Epist,, XI, 65. — Willelm. Malmesburiensis, de Gest, Heg., I, c. i,et de Dorobernensibus Episcopis, p. 111.

Cantorbéry.

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Abbaye polc officiollc dovaicnl cire pendant de longs siècles Saint éclipséesdans l'opinion du peuple anglais et du monde lez- chrétien par une autre fondation, également due à Augustin et Ethelbert, au premier archevêque et au premier roi chrétien d'Angleterre, à l'est de la cité royale et à moitié chemin de cette église de Saint- Martin où la reine allait prier et où le roi avait été baptisé. Augustin, toujours à la recherche des vestiges que l'ancienne foi avait laissés dans la Grande- Bretagne, sut découvrir l'emplacement d'une église chrétienne, transformée en temple païen et entourée d'un bois sacré. Ethelbert lui abandonna ce temple avec tout le terrain environnant. L'archevêque en refit aussitôt une église qu'il dédia à saint Pancrace, jeune martyr de Rome, dont le souvenir était cher aux moines romains, parce que le monastère du mont Cœlius, d'où ils étaient tous sortis et où leur père Grégoire était né, avait été construit sur des terrains appartenant autrefois à la famille de Pancrace. Autour de ce nouveau sanctuaire, Augustin éleva un autre monastère, dontun de ses compagnons, Pierre, fut le premier abbé, et qu'il destinait à lui servir de sépulture, selon l'usage romain qui plaçait les cimetières hors des villes et au bord des grands chemins. Il consacra cette nouvelle fondation sous l'invocation des apôtres de Rome, Pierre et Paul ; mais c'est sous son propre nom que cette fameuse abbaye est devenue l'un des sanctuaires les plus opulents et les plus vénérés de la chrétienté, et qu'elle a été pendant plu-

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sieurs siècles la nécropole des rois et des primats de l'Angleterre^ en même temps que le premier foyer de la vie religieuse et intellectuelle dans le midi de la Grande-Bretagne.

Il foUut sept années pour achever et consolider la création du monastère dont l'église ne put même être dédiée du vivant de celui dont elle devait prendre et garder le nom. Mais quelques mois avant sa mort^ Augustin eut la satisfaction de faire sanctionner la

1 . Les historiens ecclésiastiques ne tarissent pas en témoignag-es d'admiration pour cette immense maison, dont le patrimoine compta jusqu'à 11,800 arpents de terre et dont la façade avait 250 pieds de long. Peut-être lisait-on sur cette façade ces vers rapportés par un chroniqueur et qui rappellent l'inscription de Saint-Jean deLatran, à Rome :

Hoc caput Anglorum dalur esse monasleriorum Ilegum cunctorum fons pontificumque sacrorum.

L'abbé de Saint-Augustin de Cantorbéry reçut du pape Léon IX, en 1055, le privilège de siéger à la première place après l'abbé du Mont- Cassin, dans les conciles généraux. — Le Monasticou Anglicanum de Dudgale, t. I, p. '23, donne une vue très-curieuse de l'état des ruines de cette abbaye vers le milieu du dix-septième siècle; on y distingue encore une grande tour dite d'Ethelbert, mais construite beaucoup plus tard. Dans un ouvrage spécial, intitulé : Vestiges of antiquities at Canterbunj,T^ar T. Hastings, 1813, in-folio, il y a des planches qui représentent avec beaucoup de détail les débris encore considérables, mais cruellement profanés ou abandonnés, qui subsistaient en 181 '2 ; la portion la mieux conservée servait alors de brasserie, accompagnée d'un cabaret et d'une enceinte destinée aux combats de coqs. Elle a été restaurée depuis peu, jusqu'à un certain point, grâce à la munificence de M Beresford Hope, et sert aujourd'hui de séminaire pour les missions anglicanes. — Cette maison a eu plusieurs historiens, entre autres William Thorne [de Spina), qui en fut abbé vers 1358, et surtout Thomas de Elmham, trésorier du monastère en 1407, dont la chronique a été éditée par M. Hardwick en 1858, pour la collection des lienim Britannicanm medii ,xvi Scriptores.

fondation du premier monastère bénédictin d'Angleterre par la ratification solennelle du roi et des chefs de la nation qu'il avait convertie.

(•janvier La charte de donation a été remise en lumière de

nos jours comme le plus ancien monument authentique de l'histoire religieuse et politique de l'Angleterre \ On nous saura gré d'en citer le texte et les témoins. Le roi anglo-saxon y paraît à la fois comme prince chrétien et comme chef de l'assemblée aristocratique dont le consentement était nécessaire à la validité de tous ses actes^ Il y parle ainsi :

«... Moi, Ethelbert, roi de Kent, avec le consentement du vénérable archevêque Augustin et de mes nobles, je donne et concède àDieu, en l'honneur de saint Pierre, quelque portion de la terre qui est de mon droit et qui gît à l'est de la ville de Cantorbéry, alin qu'un monastère y soit construit, et que les propriétés ci-après dénommées soient en la possession de celui qui en sera ordonné abbé. C'est pourquoi j'adjure et j'ordonne, au nom du Dieu Tout-Puissant,

1. L'authenticité de cet acte a été admise par l'un des crudits les plus compétents de notre temps, sir Francis Palgrave : Rise and pro- (jressofthe Britisli commonweaUh, t. Il, p. 215,218. Cependant Kemble, dans son Codex diplomaticus xvi Saxonici, t. I, p. 2, ne l'a publié qu'avec l'astérisquequi indique les documents qu'il tient pour suspects ou faux ; il ne donne d'ailleurs aucun motif pour justifier cet arrêt.

2. Convocato ibidem concilio communi, tam cleri quam populi, omnium et singulorum approbatione et consensu, monasterium... monachis hic perpetuo Deo servituris... cum dotatione, confirma tioneac perpétua liltertate donavit. Elmham, p. 111.

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qui est le juste et souverain juge, que cette terre ainsi donnée le soit à jamais, qu'il ne soit loisible ni à moi, ni à mes successeurs, d'en ôter une part quelconque à ses possesseurs ; et si quelqu'un tente d'amoindrir ou d'annuler notre donation, qu'il soit, dans cette vie, privé de la sainte communion du corps et du sang de Jésus-Christ, et, au jour du jugement, séparé de la compagnie des saints...

f Moi, Éthelbert, roi des Anglais, j'ai confirmé cette donation de ma propre main avec le signe de la sainte Croix.

f Moi, Augustin, parla grâce deDieu, archevêque, j'ai librement souscrit.

f Moi, Eadbald, fils du roi, j'ai adhéré,

f Moi, Hamigisile, duc, j'ai approuvé.

•\ Moi, Hocca, comte, j'ai consenti.

f Moi, Angemundus, référendaire, j'ai approuvé.

f Moi, Graphie, comte, j'ai dit bien.

f Moi, Tangisile, régis ojofimas, j'ai confirmé.

f Moi, Pinça, j'ai consenti.

f Moi, Geddi, j'ai corroborée

1. Ego Ethelbertus, rex Gantiœ, cum consensu venerabilis Archiepiscopi Auguslini et principum meorum, donc et concedo Deo .. Kemble, loc. cit. — Les actes de donation rendus par les rois anglosaxons énoncent toujours le consentementdes diwiim , comitum , optimaf unique, et sont toujours revêtus de la signature des comtes et seigneurs principaux, enlremrlés aux évêques et aux abbés , la formule Favi, ou consensi, ou approhavi, accompagne souvent le nom propre qui est toujours précédé d'une croix : f Ego Hocca contes consensi. Cette croix ne tenait donc nullement lieu de la signature, comme on l'a prétendu, et n'indiquait en aucune façon que le signataire ne

sût pas écrire. Kemble dans :une note de sa préface (p. 91) semble indiquer que les deux signatures d'Angemundus et de Graphio, avec les qualifications dont elles sont accompagnées, lui ont donné lieu doranger le diplôme tout entier parmi les documents apocryphes. Palgrave donne, d'après Somner's Canterhinj, p. 47, un autre texte du môme titre où les signatures, rangées dans le même ordre, ne sont accompagnées d'aucune qualification. Il établit d'ailleurs (p. 214) que les documents anglo-saxons les plus contestés ont presque toujours eu pour base des actes authentiques, dont la sincérité originelle ne doit pas être révoquée en doute, par suite des anachronismes réels ou apparents qui résultent des amphfications ou des altérations postérieures. Presque tous les diplômes anglo-saxons que nous lisons encore sont énergiquement confirmés, selon lui, par ce qu'il appelle leur évidence intérieure. Ces chartes s'appuient sur l'histoire qui à son tour s'appuie sur elles : elles se confirment ainsi mutuellement.

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