Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard
Le roi des Pietés demande à l'abbé Ceolfrid des architectes et des arguments en faveur de l'unité romaine : Réponse de Ceolfrid , qui cite Platon. — Les Pietés renoncent au rit celtique : Note sur le prétendu pape-missionnaire Boniface. — Les moines d'Iona abandonnent leurs colonies plutôt que d'adopter le rit romain, — Ils ont pour abbé Adamnan, biographe de Columba et le dernier grand personnage de l'Église celtique. — Ses relations avec le roi Aldfrid et avec l'abbé Ceolfrid. — Il essaye en vain de ramener les moines d'Iona aux usages romains; il réussit mieux en Irlande, où il meurt. — lona n'est réduite à l'unité que par l'Anglo-Saxon Egbekt, chef d'une colonie de religieux saxons en Irlande. — Sa vie austère et sainte; il perd son meilleur ami, qui lui reproche de vouloir vivre sans lui. — Il use de son iniluence sur les Anglo- Saxons pour en faire des missionnaires en Germanie. — Après treize ans d'efforts, il vient à bout des résistances d'Iona. — Il meurt le jour même de la fête de la Pâque célébrée en commun par les deux rits. — L'Irlande et la Calédonie ainsi ramenées à l'unité, il ne reste en dehors que les Bretons de Cambrie et de Cornouailles, par antipathie pour les conquérants saxons. — Note sur l'injustice de Bede à leur égard. — Tentative de saint Aldhelm pour les réunir. — Sa naissance royale et son éducation moitié celtique, moitié romaine, à Malmsbury et à Cantorbery. — Il devient abbé de Malmsbury. — Sa grande renommée littéraire, plus grande que méritée; ses chants en langue vulgaire; développement intellectuel des cloîtres anglo-saxons. — Etendue et diversité de ses études. — Sa sollicitude constante pour les âmes. — Sa grande existence monastique. — Son zèle
pour la prédication. — Il intervient en faveur de Wilfrid. — Il va à Rome obtenir le privilège dp l'exemption pour Malmshury, dont les moines s'obstinent à le garder pour abbé, même après sa promotion à l'épiscopat. — Anecdote sur l'importation des bibles. — Mort d'Aldhelm. — Ce qu'il a fait pour ramener les dissidents celtiques. — Sa lettre au roi de Cornouailles. — Les Bretons de Cambrie, qui avaient résisté à tous les efforts des missionnaires saxons et romains, adoptent le rit romain à la voix d'un de leurs évêques. — Leurs pèlerinages à Rome. — Fin de la lutte. — Jugement de Mabillon. — La résistance proportionnée aux dangers que court la nationalité. — La réunion est l'œuvre des bénédictins. — Dans les îles Britanniques, comme en Gaule, le monachisme celtique demeure vaincu et éclipsé par l'institut bénédictin.
Le sou venir de Ceolfrid s'est éteint, dans la contrée qui le vit mourir, avec celui de ses fidèles Anglais. Il appartient néanmoins à l'histoire générale deTÉglise par l'influence directe qu'il exerça sur la conclusion de cette grande lutte entre le christianisme celtique et l'unité romaine, qui agitait depuis plus d'un siècle les Iles Britanniques , et qui avait coûté tant d'efforts et de soucis à tant de saints moines depuis Augustin jusqu'à Wilfrid. Ceolfrid, formé à l'école de Wilfrid, eut la gloire de porter le dernier coup à cette sorte de schisme que Wilfrid avait vaincu à ses dépens , et cette victoire suprême fut remportée au moment même où Wilfrid achevait obscurément sa longue et laborieuse carrière.
Un an après la mort de Wilfrid , Nechtan, le roi de ces Pietés qui occupaient le nord de la Calédonie et le
successeur de ce Bruidli qui avait accueilli le grand apôtre celtique Golumba ^ , écrivit à l'abbé Ceolfrid une lettre mémorable. Ce petit roi était non seulement chrétien, mais fort occupé de questions religieuses. Il méditait assidûment les saintes Ecritures, et se trouva ainsi conduit à comprendre et à regretter le bienfait de l'unité catholique, dont son peuple était séparé , jusqu'à un certain point , par la dissidence pascale. Il résolut de ramener tout son peuple à l'observance romaine, malgré la résistance opiniâtre des moines d'Iona, des fils de saint Golumba, qui continuaient l'œuvre apostolique de leur patriarche. Pour venir à bout de leur opposition, il résolut, par un singulier retour des choses d'ici-bas, de s 'adresser à cette Northumbrie que des missionnaires celtiques venus d'Iona et imbus de l'erreur traditionnelle de leur race avaient évangéhsée, mais qu'il savait s'être déjà conformée auxrèglesde l'Église romaine. Toutefois, en sollicitant le concours de l'Église anglo-saxonne, il ne s'adressa ni aux évêques qui s'étaient partagé la dépouille de Wilfrid, ni même au grand monastère de Lindisfarne, qui avait été si longtemps le point de jonction entre les deux races. Il alla frapper à la porte des nouveaux sanctuaires des bords de la Wear et de la Tyne , que Benoît Biscop avait placés au premier rang de la vénération publique ; il invoqua donc le