‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 106 sur 148 · Voir les tableaux généalogiques B et C · texte numérisé non relu

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tre'. Le roi Egbert ayant consenti à cet arrangement, on se rendit sur le terrain : la biche fut lâchée, et le roi avec les siens la suivait des yeux, lorsque le scélérat Thumior survint en s' écriant que Domneva n'était qu'une magicienne qui avait ensorcelé le roi au point de lui faire abandonner de si bonnes terres à l'instinct d'une bête. Puis, étant à cheval, il se mit à poursuivre la biche pour l'arrêter; mais dans sa course effrénée, il rencontra un puits, où il demeura englouti et qui s'appela, depuis lors, Thunnor's /m7J,le saut de Thunnor*. La biche courut si bien qu'elle sut enclore quarantehuit charmées de terre, en traversant toute l'île dans deux directions différentes avant de revenir auprès de sa maîtresse. Le territoire ainsi délimité fut abandonné à Domneva et à sa postérité spirituelle. L'archevêque Théodore consacra aussitôt la nouvelle fondation, qui prit le nom de Minster, comme qui dirait le Monastère par excellence'^ .

1. Emissa cerva curiit velociter, aspicienle rege cum suis hilari vultu cursum cervaî... Clamavit Dornpnenam incanlatricem, et insipientem regem qui lerram fertilem et nobilem bruti animalis indicio tradidit.

2. L'emplacement du puits et tout le tracé de la course de la biche se trouvent sur une vieille et curieuse carte de l'île de Thanet, qui a été reproduite en petit dans dans le Monaslkon de Duglale (I, 84) et par les Bollandistes (t. IV de juillet, p. 513) mais dont le fac-similé exact se trouve dans la nouvelle édition d'Elmham.

3. Ce monastère, comme tous ceux de l'Angleterre, fut détruit par les Danois, puis reconstruit sous les Normands. 11 en reste encore

Domneva, devenue veuve, et qui prit ensuite le nom d'Ermenberga^ fut la première abbesse de la nouvelle communauté, qui compta bientôt soixantedix religieuses. Mais elle en abandonna prompte ment le gouvernement à sa fille Mildreda, qu'elle avait envoyée en France, à G belles, pour y recevoir une éducation littéraire et religieuse. L'abbesse de Ghelles, loin d'encourager la jeune princesse à embrasser la vie monastique, employa toutes sortes de menaces et de mauvais traitements pour la contraindre d'épouser un de ses proches : ainsi du moins le veut la légende, trop singulière, trop différente en ce point de tous les récits analogues pour ne pas tenir par quelque point à la réalité des faits. Mais Mildreda résista victorieusement à cette tentation ; elle revint en Angleterre pour gouverner l'abbaye fondée par sa mère et pour donner l'exemple de toutes les vertus monastiques à ses soixante-dix compagnes. On a très peu de détails sur sa vie : on n'en est que plus étonné de la popularité extraordinaire et prolongée qui s'attacha à son nom, à ses reliques, à tout

une vaste et belle église, qui vient d'être restaurée. — On croij, reconnaître les vestiges de la construction primitive de Domneva, dans une portion de la tour de cette église, bâtie en gros cailloux et en tuiles romaines. Gentleman's Magazine, July 1862.

1. Selon une autre version, elle s'appelait au contraire Ermenberga, avant d'être abbesse, et ne prit qu'alors ]e nom de Domna Ebba, ou Domneva. Bolland.^ t. Vin Octobr., p. 91.

vestige d'elle. Cette popularité éclipsa celle de saint Augustin dans la contrée même qu'il avait le premier conquise à la foi , au point que le rocher qui avait reçu l'empreinte des premiers pas d'Augustin* , et qui est un peu à Forient de Minster , a pris et gardé jusqu'au dix-huitième siècle le nom de rocher de Sainte Mildreda.

Il faudrait tout un chapitre pour raconter les luttes violentes, les visions et autres incidents qui se rattachent à l'histoire de ses reliques, à ce que les hagiographes nomment sa gloire posthume. Son nom, comme celui de diverses autres religieuses anglo-saxonnes, est devenu à la mode de nos jours, mais ne rappelle plus à nos ingrats contemporains que la vague poésie du passé. Or, il se retrouve mêlé à l'histoire des Danois et des Normands, de Canut le Grand, d'Edouard le Confesseur, de Lanfranc , d'Edouard F' , le terrible vainqueur des Ecossais et des Gallois^ ? Le culte de Mildreda s'interpose au milieu de tous ces personnages avec toutes sortes d'anecdotes édifiantes ou amusantes, qui touchent aux fd^res les plus délicates et les plus diverses du cœur humain. Dans ces anecdotes, il y en a pour tous les rangs et pour tous

1. Voir plus haut, t. III, p. 360. — Cf. Stanley, Historical memorials of Canterhury.

2. BoLLVND., ?oc. cit. — CL Oaklev, Lifeof s. Augustine, p. 134.

les goûts. A côté de la scène touchante où Ton voit la femme persécutée d'Edouard le Confesseur, abandonnée de tous, mais consolée par l'apparition de Mildreda; à côté de la translation solennelle de ses reliques par l'archevêque Lan franc, on rencontre des historiettes grotesques, comme celle d'un sonneur de cloches qui, s' étant endormi devant sa châsse , est réveillé par un grand soufflet que lui administre la sainte princesse, en lui disant : ce On est ici à l'oratoire et non au dortoir' . » Dans cette prodigieuse efflorescence de l'imagination vivifiée par la foi, qui a enlacé pendant plusieurs siècles toute la société chrétienne, la légende faisait ainsi la part de chacun, des têtes couronnées comme du petit peuple ; elle savait, en même temps, faire rire et pleurer. Rentrons dans l'histoire en constatant que Guillaume le Conquérant, devenu maître de l'Angleterre, respecta formellement le droit d'asile revendiqué par les criminels auprès des reliques de Mildreda ; car, tout en détruisant la royauté anglo-saxonne, il eut grand soin de ne porter aucune atteinte à la dévotion persévérante de ses nouveaux sujets pour les saints et les saintes issus de leurs dynasties nationales. Mildreda eut deux sœurs dont le nom se rap-

1. Inasstimabali decoie fulgida... elatapalma, alapain ei dédit, docens oralorium, non dormitoriiim, ibi esse. Bollakd., tom. IV Julii, p. 518.

proche du sien en vertu de ce goût bizarre pour Fallitération, qui caractérise les dénominations anglosaxonnes. Elles s'appelaient Milburga et Milgytha; elles furent toutes deux religieuses comme leur sœur, comme leur mère, comme leurs trois tantes, comme leur grand' tante Eanswida, comme leurs arrièregrand'tantes Ethelburga el Eadburga^ . Nous voici à la quatrième génération de la descendance du premier roi chrétien, et c'est bien le cas de dire avec Mabillon : Puellarum regkirum, quitus idein animus fuit, numerus iniri vix potest'. Ces trois filles de la fondatrice de Minster étaient également belles : on les comparait à la Foi, à l'Espérance et à la Charité^ On ne sait rien de Mylgytha, si ce n'est qu'elle fut religieuse à Gantorbéry\ Quant à Milburga, elle fut consacrée par l'archevêque Théodore, abbesse d'un monastère fondé à Wenlock, au delà de la Saverne, sur les confins de la domination anglo-saxonne et du territoire encore maintenu par les Celtes de Cambrie. Comme Mildreda, elle a fourni à la légende monastique plus d'un trait expressif. La jeune abbesse fut exposée, comme tant de ses pareilles, aux poursuites d'un

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