‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 21 sur 148 · GuiLL. Malmesb., p. 14. Cf. BoLLA^^D., l. c, p · texte numérisé non relu

GuiLL. Malmesb., p. 14. Cf. BoLLA^^D., l. c, p

tième siècle, comme un mm% entre les deux races, entre les vainqueurs et les vaincus. « Par delà l'embouchure de la Saverne, » dit-il, « les prêtres de la Gambrie, enorgueillis de la pureté de leurs mœurs, ont une telle liorreur de communiquer avec nous qu'ils refusent de prier avec nous dans les églises et de s'asseoir à la même table que nous ; bien plus, ce que nous laissons de nos repas est jeté aux chiens et aux pourceaux ; il fautquelavaisselleetles bouteilles dont nous nous sommes servis soient aussitôt frottées avec du sable, ou purifiées parla flamme avant qu'ils daignent y toucher. Les Bretons ne nous rendent ni le salut ni le baiser de paix; et si quelqu'un d'entre nous autres catholiques va s'établir dans leur pays, les indigènes ne communiquent avec lui qu'après lui avoir fait endurer une pénitence de quarante jours. »

Aldhelm s'étend sur le scandale cruel de ces luttes et de ces haines dans l'Eghse du Christ. Il discute successivement la question de la tonsure et celle de l'observance pascale, ce Nous vous en supplions à genoux, » dit-il, « en vue de notre future et commune patrie dans le ciel, et des anges nos futurs concitoyens; nous vous adjurons de ne pas persévérer dans votre arrogant mépris des décrets de saint Pierre et des traditions de l'Église romaine, par un orgueilleux et tyrannique attachement aux

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Statuts de vos ancêtres... Quelle que soit la perfection des bonnes œuvres, elles ne profitent point en dehors de l'Eglise catholique, pas plus aux cénobites qui suivent le plus fidèlement leur règle qu'aux anachorètes cachés dans les solitudes les plus sauvages.. . Pour tout conclure, en un mot, c'est en vain que se glorifie delà foicathohque quiconque ne suit pas le dogme et la règle de saint Pierre. Car le fondement de l'Église et la consolidation de la foi, placés premièrement dans le Christ et secondement dans Pierre, ne vacilleront aux assauts d'aucune tempête, C'est à Pierre que la vérité elle-même à conféré le privilège de l'Église, en disant : « Tu es Pierre et (( sur cette pierre je bâtirai mon Église ^ . »

Il est généralement admis que le zèle et l'éloquence d'Aldhelm ramenèrent à l'observance orthodoxe une foule de Bretons, surtout de ceux qui vivaient sous la domination chaque jour plus étendue des rois de Wessex -. Mais les récits qui

1. Demetariim sacerdotes de privata proprise conversationismiindilia gloriantes nostram commiinionem magnopere abominantur... reliquias epularum lurconum canum rictibus etimnmndisdevorandos porcis projiciunt. Page 83-89, éd. Giles. — On remarque dans ceUe curieuse leUre l'emploi de deux mots encore peu usités au septième siècle, ceux de bnrones el de katharos , -appliqués, le premier aux chefs militaires, elle second aux hérétiques, qui se croient plus purs que les autres.

2, Scripsit, jubente synoJo suœ gentis, librum egregium adversus errorem Britonum... Bede, V, 18. — On a quelque peine à croire

lui sont le plus favorables font assez comprendre que tous ne se soumirent pas. La plupart de ceux qui avaient gardé leur indépendance, au delà de la Saverne, demeurèrent, selon toute apparence, inaccessibles à ses efforts.

Et cependant ils finirent par céder, mais ce ne fut ni à la prédication ni à Finfluence d'un étranger. La victoire que n'avait pu remporter ni le savant abbé saxon, ni le grand missionnaire romain, fut Fœuvre d'un prélat indigène; Elbod, évèquede Baiigor et Breton de naissance, réussit, nonsans rencontrer une vive résistance, à introduire le comput romain, d'abord dans le nord de la Cambrie, puis dans le midi, vers la fin du huitième siècle* . A partir de cette date (770) il n'est plus question de dissentiment entre les deux Eglises. Pour tout ce qui touche au culte et à la foi, les Bretons cambriens, tout en défendant avec une jalouse et intrépide fierté leur indépendance, ne se distinguent en rien des Anglo-

avcc Mabillon que ce librum egregium ne soit pas autre chose que la lettre au roi de Cornouaille dont on vient de citer quelques fragments. — Les historiens monastiques de Malmsbury donnent plus d'extension que Bedeaux résultats obtenus par Aldhelm : Ad doniiniccefidei regulam, et ipsos praesules et innurneram populi revocavit niultitudinem.BoLLAND,,/.c,,p,85. — Debent usque hodiecorrectionem suara Aldhelmo ; quamvis pro insita nequitia et viruni non agnoscantetvolumenpessuindeclerint.GuiLL.MALMii:sr..,ap.Wharlon,p.l5. 1. AnnoDCCLXXPaschamutaturapud Britones, emendan te Elbod, honiine Dei. Anii. Eccl. Menevensis in Anglia sacra, t. II, p. 648. Cï. ALGvsimTnïEï\x{\, Histoire de la conquête cl Angleter7'c,i. I,p.87.

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Saxons^ . Comme ceux-ci, ils affluent à Rome, leurs rois en tête", et grossissent ces armées de pèlerins qui allaient confondre au pied de la chaire de Pierre leurs aspirations, leurs inimitiés, leurs diversités de race, mais qui en revenaient avec la certitude légitime que le bienfait suprême de l'unité catholique n'exigeait le sacrifice d'aucune indépendance, d'aucun droit, d'aucune trachtion vraiment nationale.

Ainsi s'éteignirent successivement les différents foyers de cette dissidence celtique, qu'on a fort injustement qualifiée de schisme. Ainsi finit, sur le terrain de la religion, mais pour recommencer et se perpétuer ailleurs, la longue lutte entre les Celtes et les Saxons. Selon la destinée ordinaire des luttes et des passions humaines, tout ce grand bruit alla s'éteindre dans le silence et l'oubh, comme le Rhin va disparaître obscurément dans les sables

1. C'est ce qu'a parfaitement démontré F. Waller(Da5 alteWales, p. 232), à rencontre des affirmations puérilement absurdes de Roberls, de Gieseler et même de Lappenberg. — Tout ce qu'on peut admettre, c'est que les évêquescambriens, qui avaient leur métropole indigène soit à Menevia (S. Davids), soit à LIandaff, ne reconnurent pas les droits métropolitains conférés par saint Grégoire à Augustin. La question ne fut définitivement tranchée que par Innocent JII,qui soumit les évêques de la Cambrie àCantorbéry.

2. Parmi les rois gallois qui se rencontraient à Rome avec les rois anglo-saxons, on signale dès 680 Cadwallader, mais sur la foi d'une tradition assez douteuse ; tandis que les pèlerinages de Howel et de Cyngus au neuvième siècle, comme celui de Howel le Bon au dixième, reposent sur de meilleures autorités.

et les marécages de la Hollande, après avoir roulé ses eaux si majestueuses et parfois si bruyantes à travers tant d'illustres régions enorgueillies et charmées de sa présence.

En jetant un dernier regard sur ces contestations si prolongées, si insignifiantes au fond, si graves par tes influences et les intérêts de race qui s'y rattachaient, si animées par les passions, les talents, les vertus de leurs principaux champions, on admire profondément la sagesse, je dirai même la grave beauté des paroles de celui qui fut le plus grand moine du grand siècle.

« Cette dispute sur la date d'un jour, » dit notre Mabillon, (( occupa l'Éghse pendant six siècles, et il fallut trois de ces siècles pour ramener l'union dans les esprits. C'est que la nature humaine reprend sa pente immodérée dans ce genre de controverse : la chaleur de la dispute et la passion du succès s'emparent de Fâme sous les dehors de la religion ; elles ne connaissent plus de bornes, et il arrive trop souvent que les lois de la charité chrétienne sont sacrifiées à des questions d'invention purement humaine. Dans des cas pareils, il n'est permis à personne de désobéir au jugement de l'Eglise; mais il importe que les pasteurs de cette Éghse usent de leur autorité avec assez de modération pour ne pas provoquer imprudemment à la révolte des esprits faibles, trop atta-

elles à leur propre sens, et pour ne pas faire naître d'une cause insignifiante les plus grands maux^ . »

En même temps ce généreux fils de saint Benoit se félicite avec raison de ce que les bénédictins ont eu l'honneur de ramener à l'unité les Scots et les Bretons, séparés depuis si longtemps de l'Église romaine pour si peu de chose.

Il convient d'ailleurs de se rappeler que, pendant tout le septième siècle, l'Église celtique ou bretonne était bien plus étendue que la nation bretonne : celleci était concentrée en Gambrie et dans les péninsules voisines ; celle-là embrassait, outre le littoral occidental de l'Angleterre, toute l'blande et toute l'Ecosse actuelle, sans parler des colonies irlandaises en Gaule et en Belgique. Disons-le une dernière fois : l'opposition que rencontra, au sein de cette Église, la conformité aux rits et aux usages romains, fut exactement proportionnée audegréde résistance patriotique qu'excitait l'invasion des Saxons, derrière lesquels apparaissaient les missionnaires romains. Gette résistance fut acharnée chez les chrétiens bretons, qui conservaient la mémoire ou subissaient encore chaque jour le poids des excès sanguinaires de la conquête. Elle fut moins vive et moins prolongée dans la Galédonie et y prit fin dès que la lutte entre les Saxons et les Geltes se termina. Enfin, elle fut à

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