S. Paulunus, in Vit. S. Amhrosii
« Pendant tous ces jours, et en sus des leçons qu'il nous donnait et des psaumes qu'il chantait avec nous, il entreprit deux ouvrages : une traduction de l'Evangile selon saint Jean dans notre langue anglaise, pour l'utilité de TEglise de Dieu, et quelques extraits d'Isidore, évêque de Se ville : « Car, » disait-il, « je ne veux pas que mes enfants lisent <( des mensonges, ni qu'après ma mort ils se livrent (( à des travaux stériles. » Le mardi avant l'Ascension, il se trouva beaucoup plus mal, sa respiration devint difficile et ses pieds enflèrent. Il continua néanmoins de dicter gaiement, et quelquefois il ajoutait : « Hâtez-vous d'apprendre, car je ne sais (( combien de temps je resterai avec vous, ni si mon (( Créateur ne m'appellera pas bientôt. » La veille de la fête, aux premières lueurs du matin, il ordonna qu'on se hâtât d'achever ce qu'on avait commencé, et nous travaillâmesjusqu'à l'heure de tierce. Alors nous allâmes à la procession avec les reliques des saints, comme la solennité l'exigeait. Mais un d'entre nous resta auprès de lui et lui dit : « Il « manque encore un chapitre, maître bien- aimé ; (( serait-ce une fatigue que de vous faire parler (( davantage? » Bede répondit : « Je le puis encore ; « prends ta plume, taille-la et écris promptement. » Et l'autre obéit. A l'heure de noue, il envoya chercher les prêtres du monastère et leur distribua de
Tencens, des épices, des linges fins, qu'il gardait comme des objets de prix dans sa cassette ; puis leur fit ses adieux, suppliant chacun d'eux de dire des messes pour lui. Il passa ainsi son dernier jour jusqu'au soir. Et le disciple dont j'ai parlé lui dit encore? « Cher maître aimé, il reste un verset qui (( n'est point écrit. — Écris-le donc promptement, » répondit-il. Et lejeune homme, ayant fini en quelques minutes, s'écria : « Maintenant c'est fini. » Et lui : « Tu (c dis vrai, c'est fini. Prends ma tête dans tes mains et (( tourne-moi ; car j'ai beaucoup de consolation à (( me tourner vers le lieu saint où j'ai tant prié ! » Et, ainsi couché sur le pavé de sa cellule, il se mit à chanter une dernière fois : « Gloire au (( Père, au Fils et au Saint-Esprit, » et rendit l'âme après avoir prononcé le dernier des noms divins \ ))
Le sanctuaire monastique vers lequel se tournait le regard mourant de Bede subsiste encore en partie, s'il faut en croire des archéologues fort autorisés. Son souvenir v a survécu aux vicissitudes
1. Nolo ut discipuli mei mendacium legant... Totum illum diem liilariter dictabat... Diserte cuin festinatione... Adhuc magister dilectissime, capitulum unum deest ; videtur ne libi difficile plus te interrogari? Facile est, accipe tuum calamum et tempera, et festinanter scribe... Curre velociter et presbytères adduc ad me... Accipe caput meum in manus tuas, quia multum me delectat sedere ex adverso loco sancto meo, in quo orare solebam,.. In pavimento casulsesuee decantans.
MOINES d'occ, V. 6
du temps. On y montre encore mi vieux siège en bois de chêne qu'on prétend lui avoir servi. C'est la seule relique qui subsiste de ce grand saint. Car il fut saint au même titre et au même rang que les plus illustres du calendrier anglo-saxon. Le titre de Vénérable, qui ne lui fut attribué qu'au neuvième siècle, par une sorte de consentement universel, n'impliquait nullement alors, comme aujourd'hui, un degré inférieur à celui de saint ou de bienheureux, dans la hiérarchie céleste. Comme tous les autres saints de cette époque, sans exception, il fut canonisé par la vénération populaire, tacitement approuvée par l'Éghse. Divers miracles établirent ou confirmèrent la renommée de sa sainteté ; des autels furent consacrés à sa mémoire ; de nombreux pèlerins vim^ent à Yarrow visiter sa tombe; ses rehques, dérobées au onzième siècle, comme il arriva tant de fois, par un prêtre qu'enflammait une dévotion trop ardente, furent transportées à Durham , pour être réunies à celles de saint Cuthbert. Elles furent l'objet du culte des fidèles jusqu'à la profanation générale, sous Henri YIII, lequel fit démolir sa châsse et jeter ses ossements sur le fumier, avec ceux de tous les autres saints apôtres et martps de la Northumbrie\
1 . S'il faut en croire un juge compétent, M. Jewitt {Gentleman' s Ma-
Il faut toutefois convenir que sa place dans le culte des fidèles n'est pas demeurée à la hauteur de la gloire qui s'est attachée à son nom et de la grande renommée qui, de son pays natal, se répandit promptement sur toute la chrétienté' . Cette renommée rejaillit sur tout l'institut monastique. Bede apparut au monde catholique comme le modèle de la vertu et de la science, dont les cloîtres devaient faire le patrimoine de la société chrétienne. En lui se personnifiait ce grand monachisme romain dont il avait vu et raconté le triomphe sur les influences celtiques. L'épée de sa parole, disait son
gazine, décembre 1864), le chœur de la petite église actuelle de Yarrow remonte à l'église même construite par Benoît Biscop et habitée, on peut le dire, par le Vénérable Bede. C'est la portion qui fut retrouvée, mais sans toit, par les trois moines qui vinrent en visiter les débris en 1075, selon le récit de Siméon de Durham. Le savant archéologue croit reconnaître, dans l'appareil et dans les baies primitives de ce chœur, les caractères de l'architecture saxonne. Nous avouons qu'il nous est difficile d'admettre que cette construction, fort basse et fort chétive, représente une portion quelconque de l'édifice construit et orné avec tant de magnificence par le fondateur de Yarrow, et décrit avec tant d'enthousiasme par le plus illustre de ses hôtes. Quant à la tour, qui est d'une assez belle architecture normande ou romaine, elle peut fort bien dater de la restauration partielle de 1075. Une inscription, évidemment plus moderne que sa date, remémore la dédicace de l'église, le 24 avril 681, en la quinzième année du roi Egfrid et Ceolfridi abbatis ejusdem ecclesioc Deo auctore conditoris, anno IV.