Prœfatio ad Vit. S. Cuthberti
2, En dernier lieu par Ozanam, qui a tracé de la vie de Bede et de toute l'Église anglo-saxonne du huitième siècle un tableau auquel il ne manque rien. — L'auteur du récit s'appelait Culhbert: il était disciple de Bede, et il écrivait de Yarrow à un de ses condisciples, nommé Cuthwine, qui se trouvait dans un monastère éloigné, probablement du rit celtique, d'après un passage signalé parLingard, Anglo-Saxon Church, t. II, p. 197.
gieux de Yarrow à son condisciple absent, (c et vous attendez de moi que je vous dise comment Bede, notre père et notre maître, lebien-aimé de Dieu, est sorti de ce monde... Deux semaines environ avant Pâques (17 avril 735), il fut pris d'une extrême faiblesse par suite de la difficulté de respirer, mais sans grande douleur. Il vécut ainsi jusqu'à l'Ascension (26 mai), toujours joyeux et gai, rendant grâces à Dieu jour et nuit, et même à toute heure de la nuit et du jour. Tous les jours il nous donnait ses leçons et employait le reste de sa journée à chanter des psaumes ; et toutes les nuits, après un sommeil très court, il les passait sans fermer les yeux, mais dans la joie et les actions de grâces. Dès son réveil, il se remettait à prier et à remercier Dieu, les bras en croix. 0 homme vraiment heureux! Il chantait tantôt des textes de saint Paul et autres de l'Écriture sainte, et tantôt des vers dans notre propre langue, car il était fort savant en fait de poésie anglaise. » Ici le narrateur s'interrompt pour citer dix vers anglo-saxons, recueillis sur les lèvres du moribond, dans ce rythme bref, sec et saccadé qui caractérise les vers du pâtre Geadmon, que Bede nous a fait connaître. « Avant (( son départ forcé, » y est-il dit, « personne n'est plus (( sage qu'il ne faut; personne ne sait assez combien (( il faut chercher, avant de sortir d'ici, quel sera le
LE VENERABLE BEDE. 9o
« jugement de l'âme pom^ le bien et le mal, après le (( jour de samort* . » — ce II chantait aussi » , continue le témoinde ses jours, « il chantait les antiennes selon sa liturgie et la nôtre, entre autres celle-ci : ce 0 roi (( de gloire, qui aujourd'hui êtes monté en triomphe (( jusqu'au-dessus des cieux, ne nous abandonnez pas (( comme des orphelins, mais envoyez l'esprit de vé- (( rite promis à nos pères. » A ces mots : comme des orphelins, il fondit en larmes. Une heure après il répéta la même antienne et nous mêlions nos larmes aux siennes. Tantôt nous pleurions et tantôt nous lisions, mais nous ne lisions jamais sans pleurer. Les quarante jours de Pâques à l'Ascension s'écoulèrent ainsi : il était toujours au comble de la joie, et remerciant Dieu de samaladie ". Il disait avec saint Paul : Le Seigneur flagelle le fils qiCil va recevoir ^ ; et avec saint Ambroise : Je nai pas vécu de manière à rougir de vivre avec vous, mais je ne crains pas non plus de mourir, parce que jious avons un bon maître^
1. Ces vers, que Mabillon a omis dans sa reproduction du texte de Cuthbert, d'après Siméon de Durham, se trouvent dans un manuscrit de Saint-Gall, presque contemporain de Bede, et nul ne doute de leur authenticité. Cf. Lingard, p. 409.
2. Prorupit in lacrymas... luximus cum illo... altéra vice legimus, altéra ploravimus. Immo semper cum flelu legimus ut tali leetilia dies usque ad diem deduximus, et ille multum gaudebat.