Chrystallus patriye, gregis astrum, lumea avorum
Laus juris, bajulus legis, honorque jacet.
Beda datus sacris, gravitate senex, puer annis, Devotœ mentis œtliera thur^ replet...
Ense pio verbi confratrum castra tuetur Ne Cliristi miles, hoste ruente, ruât.
Epitaphe citée par Mabillon, d'après un manuscrit appartenant à de Thou.
Beda, Dei famulas, monachorum nobile sidus, Finibus e terrœ profuit Ecclesia;.
Autre épitaphe citée par Arnold Wion.
2.Etrectumquidemmihividetur ut tolagensAngioruni in omnibus provinciis, ubicumque reperti sunt, gratias Deo référant, quia lam mirabilem virum illis in sua natione donavit. S. Boniiâcii et Lulli Epist., éd. Jaflfé, n" 134. Voirlalettreécriteparunabbéde Wearmouth à Lui, archevêque de Mayence, pour le remercier d'avoir envoyé d 'Al lemagne une étoffe de soie destinée à envelopper les reliques de Bede.
place parmi les docteurs de l'Eglise. Ses illustres successeurs, Boniface et Alcuin, vantèrent à Penvi ses mérites et ses services, dans l'intérêt des âmes et afin de l'ériger en modèle ineffaçable des générations futures^ . Alcuin insiste surtout dans ce sens, avec une précision de détails qui nous montre une fois de plus à quel point les penchants, les mœurs des conquérants saxons de l'Angleterre se reflètent dans les goûts modernes des Anglais, ce Souvenezvous, )) écrivait-il aux moines de cette communauté de Yarrow que Bede avait auparavant illustrée, (( souvenez- vous de la noblesse de vos pères et ne soyez pas les indignes fils de si grands ancêtres; contemplez la quantité de vos livres, la beauté de vos églises et de vos édifices réguliers. Que vos jeunes gens apprennent à persévérer dans les louanges de Dieu et non à débusquer les renards de leurs terriers, ou à s'éreinter en courant après les lièvres. Quelle folie de quitter la trace du Christ pour suivre la piste d'un renard ! Voyez le plus noble docteur de notre siècle, Bede ; voyez quel zèle il a montré pour la science, dès sa jeunesse, et voyez la gloire dont il jouit aujourd'hui parmi les hommes, bien moins grande encore et moins éclatante que sa récompense
1. Rogamus utaliqua de opusculis sagacissimi investigatoris Scripturarum Bedam (sic) monachi, quem nuperin Domo Dei apud vos, vice candelse ecclesiasticae, scientiascripturarum fulsisse audivimus, conscriplanobis transmittere dignemini. Bonifacii epist. 62, éd. Jaff.\
devant Dieu. Stimulez donc par son exemple les esprits de vos dormeurs; étudiez ses ouvrages, et vous y puiserez pour vous-même et pour autrui les secrets de la beauté éternelle^ . »
Cette gloire de Bede dut pendant longtemps un lustre spécial et croissant, non seulement à ce qu'il fut le premier et le plus célèbre des Anglo-Saxons, mais à ce que, lui disparu, tout, chez eux, sembla retomber dans l'obscurité " ; et ce n'est pas sans raison que, sous ce rapport, on a pu le comparer à Homère, surgissant comme un météore étincelant au milieu de la nuit qui précède et qui suit son apparition sur l'horizon de l'histoire hellénique.
La nuit noire de l'idolâtrie qui couvrait la Northumbrie avant les saints prédécesseurs et contenir porains de Bede a été remplacée par la nuit noire de l'industrie. L'exploitation de la houille a transformé la face de cette contrée. Le jour y est litté-
1. Assuescant pueri laudibus astare superni Régis, non vulpium fodere cavernas, non leporum fugaces sequi cursus. Quam iinpium est Christiamittereobseciuia et vulpium sequi vestigia! Discantpuer i Scripturas sacras... Recogitate nobilissimurn hujus temporis magistrum Beclam presbyterum,.. qualem nunc habet inter homines lau. dem... Alcuini epist. 13, éd. Froben, t. I, p. 22.
2. Certaines chroniques contemporaines ne trouvent rien à signaler dans l'histoire d'Angleterre, au septième et au huitième siècle, si ce n'est l'exi.stence de Bede. « Beda presbyter et monachus claret in Anglia. » Chron. Holland. vetustiss., ad an. 696, cité par Mackintosh , t, I. p. 8.3.
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ralement obscurci par les épais tourbillons et les lourds nuages de fumée que vomissent sans intervalle les usines et les ateliers alimentés par l'inépuisable richesse minérale du pays. Newcastle, North et South-Shields,Sunderland, Stockton, Darlington, Hull, tous ces foyers de la manipulation et de l'exportation houillère, ont remplacé, dans Fattention et l'estime des hommes, les vieux berceaux monastiques de la foi et de la civilisation chrétienne, Lindisfarne et Yarrow, Tynningham et Coldingham, Tynemouth et Wearmouth, Hartlepool et Whitby. Mais quel contraste, en ne s 'arrêtant même qu'à la surface, entre l'aspect d'autrefois et celui d'aujourd'hui ! Cette houille si recherchée a recouvert ce beau pays d'un voile de deuil. La verdure des bois et des champs en est décolorée, la limpidité des eaux souillée, la pureté de l'air qu'on respire infectée, la clarté du soleil interceptée. Tout porte à croire que ce n'est encore là que le symbole matériel des ténèbres intérieures et morales où se débat l'immense et formidable population qui grouille dans ces cratères du commerce britannique. La densité effrayante de ces masses incoimues et impénétrables recèle des abîmes d'ignorance, de vice, de misère et de colère. Le paganisme est revenu. Malgré de généreux efforts, des remèdes partiels et d'honorables exceptions;
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malgré l'observation encore prescrite et respectée du repos dominical, l'amour du lucre a créé des armées d'esclaves du travail , outils sans âmes, mais déjà avides à bon droit d'un sort meilleur, d'une condition plus douce que celle dont la durée et l'aggravation doivent faire trembler tout cœur chrétien et patriote.
La lumière de la foi et de la loi morale leur manque encore plus que celle du jour. Enterrés tout vivants dans les mines et les usines, sans pontifes, sans guides spirituels, en proie à tous les désordres, à tous les excès, à tous les oublis qui peuvent accompagner le travail en commun, presque tous étrangers à la pensée de Dieu, à l'espérance de la vie future, aux habitudes de la pudeur', victimes et instruments du culte de Mammon, ils sont là comme une menace perpétuelle à l'adresse de l'égoïsme aveugle et routinier des matérialistes de notre âge.
Nul n'admire plus que moi les prodiges de l'intelligence et de l'activité humaine, réalisés par le libre génie de la race anglaise; nul ne rend un plus sincère hommage à ses instincts naturellement et invinciblement religieux. Mais comment ne pas s'effrayer de voir, dans cette région naguère si féconde en sanctuaires de la prière, de la vertu,
1. Voir au tome IV, page 472, notel, ce que nousavonsdit des faits révélés par l'enquéle parlementaire sur l'industrie houillère.
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de la vie morale et intellectuelle, l'indifférence religieuse et la soif inassouvie des richesses remplacer presque partout la tendre et vigilante sollicitude de l'Eglise pour les âmes? Comment ne pas s'alarmer de Tabandon, du néant spirituel où vivent tant de milliers de nos semblables? Gomment ne pas regretter ces jours où la docile ferveur du peuple répondait si bien au zèle, à la science, au désintéressement du clergé ; où, comme les phares que l'on voit aujourd'hui sur le haut des promontoires, à Fembouchure des rivières, au bord des écueils et tout le long de cette côte si dangereuse et si fréquentée, offrir au navigateur leur lumière tutélaire, on voyait sur cette plage alors déserte, ignorée, à peine peuplée de quelques sauvages, s'embraser d'année en année des foyers étincelants de vie intellectuelle et morale, laborieuse et pure, féconde et sobre, àLindisfarne comme à Yarrow, à Whitby comme à Goldingham, à Wearmouth comme à Tynemouth !
Un jour viendra peut-être, et puisse-t-il n'être pas trop lointain! où, comme autrefois, on verra, au milieu des merveilles et des périls de l'activité moderne, s^allumer l'un après l'autre de nouveaux foyers de charité, de lumière et de paix, comme autant de phares célestes pour guider et attirer les âmes dans leur pèlerinage vers la vie éternelle.