‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 42 sur 148 · Voir au tome précédent, liv. XIV, ch. v, p · texte numérisé non relu

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jusqu'au point de s'y enrôler eux-mêmes pour y terminer leur vaillante existence, eurent pour successeur sur le trône de Mercie un prince d'une tout autre trempe. Geolred (709-71 6), comme le jeune roi nortlmmbrien dont on parlait tout à l'heure, ne se contenta point de méconnaître les droits et les libertés garantis aux monastères par les chartes de ses prédécesseurs ; il en arrachait les jeunes et belles vierges consacrées au Seigneur pour les prostituer à ses passions. Il mourut dans une orgie, au milieu de ses comtes, non seulement sans se repentir, mais en invoquant le démon et en maudissant les prêtres chrétiens avec leur Evangile \ Ce fut peutêtre la dernière explosion du vieux paganisme vaincu; non pas certes que les convoitises et les mœurs païennes fussent à jamais extirpées du sein de ces races farouches, mais depuis lors on ne voit plus qu'elles aient dominé un prince anglo-saxon au point de lui faire renier pubhquement TEvangile. Après ce digne petit-fils du sauvage Penda, la royauté mercienne échut à un rejeton collatéral de

1. In stuprationeet adulterio nonnarum commorans... nam Ceolreduin prœdecessorem tuum stupratorem sanctimonialium et ecclesiasticorum privilegioriim fractorem splendide ciim suis comitibus epulantemspiritiismalignusinvasit... sinepœnitentiaet confessione, furibundus et cum diabolo sermocinans, et sacerdotesDeiabominans... ad lormenta inferni migravit. S. Bonifacii Epist. ad Ethelbaldum regem Mercionum, n. 62, éd. Giles; 17, éd. Serrar.

la même race, à Etbelbald, connu sous le titre de Clito ou de Childe, qui servait alors chez les Anglo-Saxons, comme plus tard celui d'Infant en Espagne, à désigner les princes de la dynastie régnante. Ethelbald, poursuivi avec acharnement par Ceolred, eut une jeunesse aussi orageuse que pénible. Il ne fut pas moine, mais son histoire se rattache à celle d'un des moines les plus saints et les plus populaires du huitième siècle'. Pendant qu'il se dérobait, avec quelques compagnons dévoués, à la persécution de son implacable ennemi, en errant de province en province et de réduit en réduit, il apprit qu'un chef jeune et belliqueux nommé Guthlac , issu comme lui du sang des rois merciens , s'était retiré du monde pour se consacrer à l'étude et à la prière, dans un îlot entouré des marécages qui couvraient alors toute une vaste région sur les confins de la Mercie et de l'Est- Anglie. Il s'y fit conduire par un abbé du voisinage , qui connaissait les détours qu'il fallait suivre pour se reconnaître

1. Le dernier éditeur desÉpitresde saint Boniface, le très savant et exact Philippe JalTé, croit que le roiElIielbald avait été dans sa jeunesse l'élève de saint Aldhelm ;il lui attribue la lettre adressée à ce saint abbé et publiée avec celles de Boniface (éd. Jaffé, n» 5) et celles d' Aldhelm (é d.Giles, p.l 00),Mais le texte de cette lettre semble prouver qu'elle est l'œuvre d'un jeune ecclésiastique et nullement d'un prince étranger, comme l'avait été Ethelbald, à la vie claustrale. C'est très probablement le même étudiant auquel Aldhelm adressait la réponse dont nous avons cité un fragment plus haut, page 36 de ce volume.

à travers les eaux noires et stagnantes, et les terres fangeuses de ces marais inaccessibles; tous deux, dans une nacelle de pêcheur, vinrent aborder à Groyland. C'était ainsi qu'on appelait la retraite aquatique où séjournait le bon et pieux Guthlac et où le fugitif trou V a un accueil hospitalier avec un asile assuré . Il n'y resta pas toujours; quand le repos lui avait rendu quelque confiance, il sortait du refuge où Ceolred ne pouvait ou n'osait point l'atteindre, pour reprendre sa vie aventureuse. Mais de nouveaux périls le ramenaient sans cesse à Groyland, où Guthlac le recevait toujours avec la même affection et lui prodiguait dans de longs et fréquents entretiens, les consolations spirituelles et les enseignements divers dont il devait avoir tant besoin. 11 avait une cellule voisine de celle de Guthlac, son unique ami et son unique consolateur*. Un jour, au retour d'une de ses courses périlleuses, où il s'était trouvé séparé de tous les siens, serré de près par ses ennemis, à bout de forces et de ressources, il arriva tout exténué et désespéré pour se jeter dans les bras de son protecteur et de son ami : « Gher enfant, » lui dit alors Guthlac, « je connais toutes vos misères « et toutes vos calamités; j'ai suivi votre labo- (( rieuse carrière depuis que vous existez; c'est

1. In quadam casula... Gulhlaci qui solus refugium et consolatio laboriim ipsius erat. Vita S. Guthl., c. 39.

(( pourquoi j'ai beaucoup prié Dieu pour vous, et il (( m'a exaucé. Je vous annonce en son nom que vous (( finirez par régner sur votre pays . Vous verrez la dé- (( route de vos ennemis; vous les A^aincrez l'épée à (( la main, vous les foulerez aux pieds et vous dece viendrez le maître de leurs biens . Sachez seulement (( attendre : laroyauté vous viendra, non par la rapine (( et la violence , mais de la main de Dieu , quand cette « main aura démoli le méchant qui règne aujourd' tiui (( et qui passera comme une ombre' . » A partir de ce moment, Ethelbald n'espéra plus qu'en Dieu; il attendit avec patience et confiance. Deux ans après, la prédiction s'accomplit : Ceolred périt dans son orgie^ et le Clito, fut aussitôt reconnu roi par tous les Merciens.

1. Est in mediterraneorum Anglorum partibus immensse magnitudinis sacerrima palus, nunc stagnis, niinc flactris, interdum nigris vaporibus et laticibus, necnon crebris insularum nemoribus intervenientibus, etflexuosis rivigarum anfractibus... protenditur... Arrepla piscaloria scaphula. . . Cum hue illucque... in diversis nalionibus jactaretur... usque ad prœfatam insulam pervenit... Alio die, déficiente virium ipsius valitudine, suorumque inter dubia pericula, postquam inanilae vires defecere, tandem ad colloquium sancti viri Guthlaci, ut assolebat, pervenit... 0 mi puer, laborum tuorum non sum expers, miseriarum tuarum ab exordio vitee non sum inscius... misertus calamitatis tuée rogavi Dominum ut subveniret tibi... Tribuet tibi dominationem gentis tuœ... Terga eorum videbis et gladius tuus vincet adversarios tuos... Vita S. Guthlaci, auctoreFEUCE monacho ejus xquali, ap. Act. SS. O, S. B., seec. 111, pars 1% ad ann. 714.

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