s. BoNiFÀCii Episiolx, 59, éd. JafTé
des servitudes inconnues jusqu'alors dans l'Angleterre chrétienne^ .
En revanche, ces témoins d'une si imposante autorité le félicitent hautement de sa charité envers les pauvres, comme de son zèle pour l'administration de la justice, la protection des faibles, la répression des désordres et des discordes locales.
D'autres témoignages nous apprennent qu'il fut un roi juste, généreux et intrépide; que, par ses guerres fréquentes et heureuses, l'ami de Guthlac éleva la Mercie à un degré de puissance qu'elle n'avait point encore atteint, et qu'il fut regardé comme le monarque suprême de l'Angleterre jusqu'au jour où, après un règne aussi long que prospère, il succomba en combattant les West- Saxons, dans une lutte dont la poésie populaire a enchâssé le récit pittoresque et passionné au milieu des annales historiques de cette époque^.
Le royaume des Saxons de l'Ouest, qui allait hériter de la prépondérance des Merciens, comme ceux-ci avaient hérité de celle des Northumbriens,
1. Et dicitur quod prœfecti et comités tiii majorem violentiam et servitutem monachis et sacerdotibus irrogent, quam caftteri ante christiani reges fecissent. Ibid.
2. Henricus HuNTiNGDON, Histovia Anglorum, 1. IV, p. 3 î 1 .— L'ami de Guthlacs'intitulaitdansun diplôme de 736 : Rex nonsolumMerciorumsed et omnium provinciarumqiise gêner alinomine Sut- Angli dicuntur; et ailleurs : Rex Britanniœ.
était destiné à absorber toutes les autres royautés de l'Heptarchie et à créer ainsi cette unité de l'Angleterre qu'aucun morcellement n'a jamais entamée. Cette dynastie des fils de Gerdic, que la tradition faisait descendre lui-même au neuvième degré du dieu Odin, devait enfanter Egbert et le grand Alfred ; elle préludait à ses glorieuses destinées en donnant trois de ses rois l'un après l'autre à Tordre monastique qui lui devait déjà le saint et savant abbé Aldhelm. Celui qui ouvrit la marche dans cette carrière si nouvelle pour les fils d'Odinfut Centwin, fils du premier roi chrétien de Wessex^ , qui, après neuf ans d'un règne brillant et belliqueux (676-68o) , entremêlé de combats contre les Merciens et les Bretons, avait voulu finir ses jours dans un des monastères qu'il avait fondés et dotés^. Après
1 . Gynegils, converti et présenté au baptême par son gendre Oswald de Northumbrie. Voir plus haut, t. IV, p. lOG.
2. Son histoire ne nous est guère connue que par les vers d' Aldhelm à sa fille Bugga, qui est peut-être la même que l'abbesse de ce nom à laquelle saint Boniface adressa plusieurs de ses épîtres :
Hoc templum Bugge pulchro molimine slructum
Nobilis erexit Centwini flliaicjis,
Qui prius imperium Saxonum rite regebat,
Donec prsesentis conteranens culmina regni,
Divitias mundi rerumque reliquit liabenas;
Plurlma basilicis impendens rura no^ellis
QucT imnc christicola! servant monastica jura...
Exin sacratam perrexit quaîrere vitam,
T)um proprium linquit Cliristi pro nomine regnum...
Donec conversus cellam migravit inalmam.
Ed. Giles, p. 1 L7.
MOI.XES d'oCC, V. 8
lui ce fut le tour de Ceadwalla (68o-689) , le féroce dé vastateurde l'île deWight, duroyaume de Kent et de Sussex, resté opiniâtrement païen malgré la conversion de ses proches et de son pays, et qui tout à coup, à peine âgé de trente ans, se souvient des enseignements qu'il avait puisés, lui-même proscrit, auprès du grand proscrit Wilfrid', abdique sa royauté, traverse les mers, les Alpes, la Lombardie, et apparaît à Rome le premier d'entre les rois anglosaxons, comme Wilfrid, trente ans auparavant, avait été le premier pèlerin monastique de la même race qui eût visité la ville éternelle. Il y demande le baptême au pape Serge (20 avril 689), qui lui confère en même temps le nom de Pierre, en souvenir de la grande dévotion qui l'avait amené de si loin au tombeau du prince des apôtres. Dix jours plus tard, avant même d'avoir dépouillé la robe blanche des Catéchumènes, il meurt. Le pape ordonne qu'il soit enterré à Saint-Pierre, et fait graver sur sa tombe une épitaphe en vers assez beaux, destinée à enflammer le zèle des générations futures par l'exemple de ce jeune et formidable vainqueur, qui avait su renoncer à tout ce que ses pères et lui-même avaient conquis ou amassé, , abjurer sa religion barbare pour devenir l'humble