Voir livre XV, chap. i, pag. 441 du tome précédent
3. Reverentissima virgo virginum Christi et sponsarum Egburga abbatissa, Aldulfi régis tilia... Nolui quidem juvenis uUo lineo l3gmine corpus meum tegere, sed pro amore diiectse Chrisli virginis,
maine de cruelles souffrances, mais ayant encore eu la force de se lever le jour de sa mort (11 avril 714) pour dire la messe, et plus tard pour prendre luimême sur l'autel le saint viatique. Il était jeune encore; et pendant les quinze années qu'il avait passées dans ces marécages, il avait toujours gardé au milieu de son austère solitude cette grâce, cette bonté et cette gaieté, apanage inaliénable des saints et des vivais moinesV
A la nouvelle de la mort de son ami, Ethelbald accourut auprès du corps de celui qui avait si longtemps protégé son malheur et consolé sa misère. Il se jeta à genoux, tout baigné de larmes, devant le cercueil : « Mon père, toi qui as connu toutes mes (( angoisses, et qui m'as toujours soutenu dans (( mes dangers; tant que tu étais en vie, je pouvais « ne pas me laisser aller au désespoir. Grâce à toi, « je savais invoquer le Seigneur, qui m'a sauvé « jusqu'à ce jour. Mais si tu m'abandonnes, à qui (( pourrai-je avoir recours? Qui m'aidera? qui me « consolera? »
La nuit suivante au milieu de ses larmes et de ses prières, Guthlac lui apparut, tout resplen-
quse haec nuinera mihi mittebat... Ihid., c. 33, 35. — Egburge ou Edburge gouvernait alors ce même monastère de Repton, d'où Gulhlac était sorti, au temps de l'abbesseElfrida, pour s'enfermera Croyland. 1. Ut ad olebat hilari vultu secessit; namsemper gratia eximiœ charitalis in ore ipsius et vultu fulgebat. Ibid., c. 25.
dissant de lumière, pour lui confirmer sa prédiction d'autrefois et lui annoncer la fin de ses épreuves^ .
En effet, deux ans après la mort de Guthlac, Ethelbald était installé sur le trône de Mercie, qu'il occupa pendant quarante ans (716-757). Le premier usage qu'il fit de sa puissance fut de fonder un monastère à Croyland, en Fhonneur de celui qu'il continuait à appeler son ami et son consolateur. Malgré les difficultés qu'offrait cette construction, une immense abbaye, richement dotée et peuplée par une colonie de moines venus de la fondation récente d'Evesliam", s'éleva sur l'emplacement de sa cellule. Ethelbald la fit bâtir au milieu des eaux stagnantes, sur des pilotis enfoncés dans un monceau de terre que l'on apportait de loin en bateau, pour consolider le marais que l'industrie des moines allait bientôt assainir et transformer en prairies fertiles. Croyland fut surtout renommé par le savoir de ses moines et occupa pendant plusieurs siècles le pre mier.rang parmi les monastères anglais. Le cer-
1. Pater mi, tu scis miserias meas, tu semper adjutor mei fuisti, te vivente non desperabam in angustiis... Hsec proloquens, se solo sternebal, et supplex orans crebris lacrymarum fluentis totum vultum rlgavlt... Totam cellulam immensi iuminis splendore circumfulgescere vidit... Noli tristari, dies enim miseriee tuae praeterierunt... Ibid., c. 39.
2. Voir au tome IV, page 375, la fondation de cette abbaye par lévêque Egwin et sa dédicace par Wilfrid.
cueil de Guthlac, dérobé à la terre qui devait l'ensevelir, par la tendresse d'Ethelbald, et richement décoré, forma le principal ornement de la grande église en pierre qui remplaça le modeste oratoire en bois où Ethelbald et Guthlac avaient prié ensemble. Souvent détruite, cette église fut toujours rebâtie avec un surcroît de magnificence, et sa grosse cloche, connue pour être la plus grande et la plus harmonieuse de l'Angleterre, garda jusqu'à son dernier jour le nom et le souvenir du solitaire que le royal fondateur avait tant aimé * .
On aimerait à croire qu' Ethelbald se montra toujours digne de la tendre sympathie dont son saint ami l'avait honoré dans sa jeunesse. Mais cette confiance n'est guère possible en présence de l'épître fameuse et vraiment éloquente qui lui fui adressée par six évêques anglais, occupés pendant tout son règne à évangéliser l'Allemagne, et ayant à leur tête le grand Boniface. Ce saint apôtre des Germains passa d'Angleterre sur le continent en l'année
1. Vit., c. 37, 41. — II subsiste encore quelques débris de l'église abbatiale de Croyiand, mais de celle qui fut reconstruite du douzième au quatorzième siècle. Dans le tympan du portail de la façade occidentale, cinq médaillons sculptés en bas-relief, et insérés dans un quatre- feuilles, reproduisent lesprincipaux traits delà vie de Guthlac; son arrivée en barque dans le marais de Croyiand, sa première entrevue avec Ethelbald, sa mort, etc.
même où Ethelbald devint roi (716), et, deux ans avant la fin de ce règne , il mourut de la mort des martyrs (755). La lettre épiscopale nous apprend que la conduite privée du roi excitait la douleur religieuse et patriotique de ces nobles missionnaires de la foi et de la gloire des Anglo-Saxons. Ils lui reprochent, d'après le bruit public, d'avoir cherché dans le célibat, non pas la mortification chrétienne, mais la satisfaction de ses instincts sensuels, et de n'avoir respecté dans l'effervescence persistante de ses passions ni les foyers domestiques de ses concitoyens, ni même les sanctuaires des vierges consacrées à Dieu^ . Ils lui rappellent, à cette occasion, l'honneur rendu à la chasteté par leurs ancêtres païens, les Saxons de Germanie, et les peines cruelles dont ils frappaient l'adultère. Ils le supplient de ne pas déshonorer sa vieillesse, de ne pas encourager par son exemple la nation anglaise à descendre par la débauche au rang de ces nations dégénérées de l'Espagne et du midi de l'Europe, dont les Sarrasins avaient déjà fait leur proie. Ils lui reprochent, entre outre, d'avoir violé les franchises et volé les biens de divers monastères, et d'autoriser ainsi par son exemple les seigneurs merciens à faire subir aux moines et aux prêtres des violences et