‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 68 sur 148 · Voir tome IV, pages 323, note 2, et · texte numérisé non relu

Voir tome IV, pages 323, note 2, et

2. La bannière de saint Jean de Beverley fut placée, avec celle de saint Wilfrid et de saint Cuthbert, sur le cliar sacré, à la bataille de l'Étendard, en 1138 (voir tome IV, p. 385). Cette même bannière servit d'oritlamme àÉdouard P^dans une de ses grandes expéditions. Deux siècles plus tard, la popularité du saint abbé de Beverley fut renouvelée par la coïncidence de la fête de sa iranalatlon, célébrée en 1037, le 25 octobre, avec le jour de la victoire d'Azincourt, en 1415. Shakespeare (d'accord avec le bréviaire romain) ne parle que des saints Crépin et Crépinien, comme des patrons de ce jour. Mais en août 1421, Henri V vint rendre grâces de sa victoire devant la châsse du saint anglo-saxon à Beverley.

3. On y vit à la fois un monastère de bénédictins, une collégiale de chanoines et un couvent de religieuses. L'église, d'abord construite par saint Jean, détruite par les Danois, rétablie par Athelslane, respectée par Guillaume le Conquérant, et reconstruite avec magnificence au treizième siècle, est un des plus beaux monuments de l'architecture anglaise.

rable Bede. Entre ces deux grandes lumières de l'Église anglo-saxonne, il brilla lui-même, pendant ses trente-deux années d'épiscopat (686-7 18), d'un éclat doux et pur, grâce à sa tendre sollicitude pour tous les besoins spirituels et temporels de ses ouailles, grâce surtout aux secours surnaturels qu'il leur apportait dans leurs maladies et leurs douleurs. Bede lui a consacré plusieurs chapitres pleins d'intérêt. Il nous le montre usant des plus minutieuses et des plus affectueuses précautions pour guérir un pauvre jeune homme estropié, teigneux et muet, de toutes ses inQrmités, mais surtout de son mutisme, en lui apprenant avec le secours d'en haut à parler et à lire, en commençant par l'alphabet, comme le plus humble des instituteurs*.

Mais ce qui touche de plus près à notre sujet, c'est de voir tout un groupe de jeunes gens, les uns ecclésiastiques, les autres, et en plus grand nombre, laïques, que ce moine devenu évêque formait à l'étude et à la musique, et cela sans étouffer en eux le goût des exercices violents, inhérent, dès lors comme aujourd'hui, à la race anglo-saxonne. Ces étudiants suivaient à cheval leur maître pen-

1. Dicito inquiens, aliquod verhum, dicito Gx... Addidit eitiscopus nomina litterarum : Dicito A : dixit ille A. Dicito B : dixit ille et hoc... Hist, eccles., V, 2.

dant ses courses pastorales, et lorsqu'ils se trouvaient en rase campagne, ils profitaient de l'occasion pour se provoquer à la course, au risque de se casser la tête, comme cela arriva à un jeune moine, devenu depuis abbc de Tynemouth et qui a raconté tous ces détails au Vénérable Bede. L'élan joyeux de ces jeunes cavaliers à la vue d'un beau champ de course ; leurs efforts auprès de l'évêque pour obtenir la permission de courir sous ses yeux; son consentement enfin arraché, mais à la condition de garder auprès de lui celui des jeunes gens qu'il aimait le plus ; l'impossibilité où se trouve ce favori de résistera l'impulsion, à l'exemple de ses camarades; sa course à fond de train pour rejoindre les autres, son accident, son évanouissement, puis la tendre anxiété du bon prélat, les soins qu'il prodigue au jeune imprudent en passant toute la nuit en prières auprès de lui, jusqu'à ce qu'enfin le moribond ouvre les yeux et dit : « Je vous reconnais, vous êtes mon évêque que f aime ; » — tout cela peint, et il en résulte un des tableaux les plus complets et les plus attrayants parmi ceux qui abondent dans les pages du grand historien monastique ^ .

1. Oœperiiiitque juvenes, maxime laici, postulare episcopum ut ciirsu majore eqiios sues invicem probare liceret. At ille primo nogavit...sed ad ullimiim multorum unanima intentione devictus : F f IV ite, 'm(\mi, ul viiltis... Audivi illum post tergum mihi cum

Il faut s'en tenir là pour ne pas recommencer, comme nous aurons trop souvent à le faire, des récits aussi édifiants que monotones sur l'ardeur studieuse des maîtres et des élèves dans les écoles monastiques.

Mais il est impossible de ne pas revenir brièvement sur ce que les moines ont fait en Angleterre pour ragriculture ; impossible de ne pas rappeler le parti qu'ils ont su tirer de tant d'immenses régions incultes et inhabitées, couvertes de forêts ou entourées de marécages. C'était là, on ne doit jamais l'oublier, la vraie nature des vastes territoires abandonnés aux moines, et qui avaient ainsi le double avantage d'offrir aux communautés une retraite plus longtemps inaccessible qu'ailleurs, et d'imposer de moindres sacrifices à la munificence des donateurs. Ainsi placés en face de toutes les difficultés de la mise en culture d'un pays nouveau, ils les surmontèrent toutes : les forêts défrichées, les marais assainis ou desséchés, le sol irrigué ou drainé, selon les besoins de chaque localité, les ponts, les chemins, les digues, les ports, les phares créés partout où s'étendait leur patrimoine ou leur influence, témoignaient de leur infatigable et vigilante ardeur. La moitié au moins de la vaste

gemitu dicentem : 0 qiiam magnam vx facis mihisic equitando... At ego aperiens oculos aio : EUam; tu es antistes amatus.BEUE, V,6.

Norilmmbric était oiivaliic par des landes et des bruyères stériles; la moitié de l'Est-Anglie et une portion considérable de la Mercie étaient couvertes par ces marais si difficiles d'accès, où le futur roi Etlielbald avait trouvé un refuge auprès du solitaire Gutblac : là comme ici, les moines substituèrent à ces déserts inliabités de gras pâturages et d'abondantes moissons ^ .

Cette région dont le nom actuel {the Feus) rappelle seule encore la nature marécageuse et malsaine, devint le principal théâtre des triomphes de l'industrie agricole des moines. Medehamstede-, Ely, Groyland,Thorney, Ramsey, furent les premiers champs de bataille de ces vainqueurs de la nature, de ces moines laboureurs,éleveurset nourrisseurs,qui furent les véritables pères de l'agriculture anglaise, devenue et demeurée, grâce à leurs traditions et à leurs exemples, la première agriculture du monde.

Le mot anglais improvemcnt, si fréquemment employé et si expressif pour tout ce qui touche aux travaux du corps et de l'esprit, semble avoir été inventé à dessein pour eux. On en dirait autant de cet autre mot bien plus ancien, mais non moins usité, de land-lonl, qui exprime, à côté du sentiment de la domination et de la possession territo-

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