‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 73 sur 148 · LiNG\KD, Antiquities, t. II, p · texte numérisé non relu

LiNG\KD, Antiquities, t. II, p

qu'aujourcrhiii d'apprécier les salutaires et prodigieux résultats de l'iuflueuce des prélats et des missionnaires monastiques sur les institutions comme sur le caractère du peuple anglo-saxon. Aujourd'hui les juges les plus prévenus sont réduits à admettre que l'action du clergé monastique dans la vie publique et sociale des Anglais fut aussi bienfaisante qu'efficace. C'est à eux, depuis les premières lois rendues par le parlement d'Ethelbert, sous l'inspiration des missionnaires romains\ qu'il faut attribuer les progrès graduels de l'humanité et de l'équité dans une législation jusque-là trop impuissante à lutter contre les instincts féroces et cupides des conquérants barbares.

A eux l'honneur de cette transformation des mœurs et des âmes qui, malgré mille rechutes et mille tristes retours vers l'ancienne barbarie, se manifestait par la générosité et la pitié des laïques, par la régularité et la ferveur d'un clergé sortant de jour en jour plus nombreux du fond de la population indigène.

A eux l'honneur d'avoir introduit dans les lois et les coutumes un respect de la propriété et surtout de la vie humaine, dont il n'existe guère de trace avant eux chez les sauvages envahisseurs de la Bretagne.

1. Juxta exemplmn Romanoriim. Bede, II, 5. Voir t. UI, p. 415,

A eux Fhonneiir d'avoir contribué plus que personne par Funiformité de leurs sages conseils et de lem^s bons exemples , par l'unité de leur doctrine et de leur discipline, à introduire chez le peuple anglosaxon l'unité de législation et de gouvernement qui devait en peu de temps aboutir à l'unité nationale. Ils fortifiaient la royauté par renseignement et la pratique des vertus chrétiennes ; ils sanctionnaient et régularisaient les vieux principes germaniques de la responsabilité des rois, de leur subordination aux lois, à la foi jurée, au contrat social; ils plaçaient ces principes sous la sauvegarde de la religion par la solennité du sacre; ils imprimaient ainsi à la royauté un caractère auguste et sacré, en même temps que limité et conditionnel. De plus, en la prémunissant contre les excès et les usurpations des princes et des seigneurs, ils travaillaient énergiquement à lui donner la force et l'autorité nécessaires pour triompher du morcellement de l'Heptarchie et créer cette unité, non pas absolue et absorbante comme celle qui a dévasté ou énervé d'autres nations illustres, mais suffisante, conforme au génie et aux besoins de la race anglaise, et qui, une fois étabhe au neuvième siècle, n'a jamais subi d'atteinte ni d'altération'.

1. Palgrave, p. 655-G56; Lappenberg, I, 203. — On sait que de-

tl.

A eux surtout Fliouucur d'avoir fait pénétrer dans les mœurs et les lois cette sollicitude pour les rangs inférieurs du peuple trop souvent absente du cœur des puissants de ce monde. Les découvertes de l'érudition moderne ont mis hors de doute ce résultat inattendu, que la condition matérielle de la population inférieure et non libre n'était ni toujours ni partout très dure. Leurs travaux n'étaient pas plus rudes ni leur rémunération moindre que de nos jours ^ .

Toutefois on ne saurait douter des violences et des iniquités dont les faibles étaient trop souvent victimes dans l'ancienne société anglaise, comme dans toutes les autres. Que d'innocents opprimés, que de droits violés, que de crimes inconnus et impunis au sein du silence et de Fisolement dans ces vastes régions encore si peu habitées ! jMais à mesure que la religion y pénétrait par la main des moines, la lumière s'y faisait, et la justice apparaissait. Peu à peu, et de plus en plus souvent, des voix impossibles à étouffer s'élevaient, des mains vengeresses se dressaient pour protéger, pour venger les vic-

puis la réunion de l'Eptarcliie sous Egbort de Wesse.v en 800, l'Angleterre n'a jamais été morcelée, comme le fut si souvent la France sous les Carlovingiens et les Capétiens.

1 . Chaque serf devait recevoir pour lui et sa famille 720 miches de pain par an, sans compter les repas de midi et du soir, Kemiîle, t. L p. 213.

DES MOINES. lOi

times. Il fallait s'arrêter en frémissant; il fallait s'incliner, puisse repentir, réparer, expier ; et l'expiation prenait presque toujours la forme d'un acte de charité fraternelle, d'un service rendu à la communauté. Plus l'influence religieuse ou monastique grandissait au sein de la nation, plus l'adoucissement des souffrances et la réparation des injustices devenaient des lois ou des habitudes générales. Dans chaque famille puissante, des actes fréquents de dépouillement volontaire se substituaient aux brigandages, aux spoliations, aux violences qui avaient été jusque-là leur pain quotidien.

Chaque crime expié, chaque pénitence accomplie, par les soins des moines, contribuait ainsi à Tulilité et à la féhcité publique\ Ces coupables si longtemps impunis, à qui la foi nouvelle venait arracher un aveu tardif, un acte de contrition et une réparation, obtenaient souvent la rémission des pénitences corporelles, mais jamais sans être astreints à payer la rançon de cette exemption par des actes de charité destinés non seulement à soulager une misère actuelle, mais à pourvoir aux nécessités de l'avenir.

Ce n'étaient pas seulement des œuvres pies ou des fondations ecclésiastiques que les moines imposaient

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