Voir au tome IV, p
une éducation supérieiu-e et ascétique dans les monastères irlandais, les uns revenaient en Angleterre pour y occuper souvent les plus hautes dignités en édifiant leurs compatriotes par leur science et leur vertu ^ , les autres demeuraient pour toujours confondus dans les rangs monastiques des Irlandais.
Egbert était au premier rang de ces nombreux rejetons de la noblesse anglo-saxonne qui, jeunes encore, s'exilaient volontairement pour le Christ, afin de se consacrer, en Irlande, loin de leurs proches et de leurs biens, à la vie pénitente et surtout à l'étude des saintes Ecritures- . Il n'avait que vingt-cinq ans quand éclata la terrible peste qui, au lendemain du premier triomphe de Wilfrid à la conférence de Whitby, fit de si cruels ravages dans les Iles Britanniques. Il était avec plusieurs de ses compatriotes dans un monastère dont le site est aujourd'hui représenté par les ruines pittoresques de Mellifont; il voyait mourir chaque jour quelqu'un des siens, et lorsqu'enfm la contagion l'atteignit à son tour, il
1. Entre autres, Ceadda, le premier rival de Wilfrid à York, puis zEdiIwin, dont Bede dit: IpseHiberniam gratia legendi-A&nV, etbene instructus patriam rediit, atque episcopus in provincia Lindissi factus, multo ecclesiam tempore nobilissime rexit. Hist. eccles., III, 27. — Voir ce que nous avons déjà dit (tome JV, p. 489, note 1) du frère aîné de l'abbé Ceolfrid de Yarrow.
iS FIN DE LÀ DISSIDENCE CELTIQUE.
eut la force de sortir de Finfirmerie pour aller dans un lieu solitaire repasser sa vie et pleurer ses péchés. 11 osa même demander à Dieu de lui laisser la vie jusqu'à ce qu'il pût expier les fautes de sa jeunesse en augmentant ses bonnes œuvres et fit vœu, si sa prière était écoutée, de rendre son exil perpétuel et de ne jamais revoir l'Angleterre, sa patrie. Après quoi il rentra et se recoucha à côté d'un autre jeune homme, son meilleur et son plus intime ami, déjà mortellement atteint et plongé dans une somnolence voisine de la mort. Tout à coup le jeune mourant se réveilla et lui dit : « Ah! frère (( Egbert, qu'avez- vous fait? J'espérais tant que (( nous entrerions ensemble dans la vie éternelle ! (( Et voilà que vous voulez me laisser mourir sans (( vous! Sachez au moins que votre vœu sera (( exaucé. » L'ami mourut dans la nuit; Egbert lui survécut soixante-cinq ans, et devint un modèle de toutes les vertus monastiques. Il ne s'attira pas seulement l'admiration affectueuse de ses compatriotes anglo-saxons; même dans cette Irlande, si féconde en prodiges de sainteté, il parut un saint horsHgne. Il rivalisait avec les plus illustres par son zèle pour l'enseignement, par son empressement à distribuer aux pauvres les dons que lui prodiguaient les riches, par l'austérité de sa vie. Le grand historien des gloires chrétiennes de la race anglo-saxonne n'a pas
dédaigné de nous apprendre que, pendant le carême et même pendant quarante jours avant Noël et cinquante jours après la Pentecôte, il ne prenait pour toute nourriture qu'un peu de pain avec du lait dont on avait soigneusement enlevé la crème. C'était à ce prix que l'on acquérait alors le droit de parler avec autorité aux nations et de les précéder dans la voie du salut ^
Il n'usait de cet ascendant sur les deux races qui s'honoraient à l'envie de sa sainteté, que pour leur bien, leur honneur et le bien général de l'Eglise. S'il ne réussit pas, malgré ses instances, à détourner le roi de sa patrie northumbrienne, Egfrid, du crime de son abominable invasion en Irlande (684) , il fut plus heureux auprès de plusieurs autres compatriotes, qu'il transforma en missionnaires de la foi chez les Germains. Le premier parmi les Anglo- Saxons, au fond de son exil ascétique en Irlande, il conçut la généreuse, la divine pensée d'envoyer au secours de la mère patrie, de la terre de Germanie encore tout entière livrée à Satan, des fils de sa colonie britannique pour lui montrer le chemin de la
1. Expergefactus sodalis respexit eum... G frater Ecgbert, oquid lecisti? Sperabam quia parîter ad vitam eeternam intraremus, lU, 27. — Bede, qui a toujours soin de citer des autorités, nous apprend qu'il tenait tous ces détails d'un prêtre, veracissimus et venerandx canitiei, à qui Egbert avait raconté toute sa vie. D'ailleurs Bede, né en 673, avait plus de cinquante ans quand Egbert mourut.
vertu et de la vie ^ . Il savait très bien d'où venaient ses ancêtres anglo-saxons, et qu'ils avaient laissé derrière eux dans les ténèbres une foule d'autres tribus de même souche et de même langue, dont l'image se présentait à lui comme celle de ces petits enfants irlandais dont la voix plaintive s'était fait entendre à saint Patrice dans ses rêves et avait décidé rancien esclave à devenir l'apôtre de leur pays^
Fidèle à son vœu qui lui interdisait d'aborder, même en passant, le sol de son île natale, Egbert avait frété un navire qui devait le conduire directement d'Irlande sur les côtes septentrionales de la Germanie, en Frise. Mais au moment de s'embarquer, un de ses compagnons de voyage qui avait été religieux à Melrose, en se recouchant pour prendre un léger sommeil après matines, Adt en songe le prieur Boisil, le tendre ami de Cuthbert% le maître si aimé des novices de Melrose, l'un des grands saints de l'Église celtique en Northumbrie, qui le chargea d'aller avertir Egbert que la volonté de Dieu
1. In Germaniaplurimas noverat esse nationes, a qiiibus Angli vel Saxones qui nunc Britanniam inrolunt, genus et originem diixisse noscuntur... Sunt autemFresones, R»gini,Dani, Huni, antiqui Saxones, Boructuarii... Chrisli miles ciicumnavigata Britannia disposuii si quos forte ex illis ereptosSatanse ad Christum Iransferre valeret. Bede, V, 9.