‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 2)Chapitre 10 sur 148 · Voir au tome IV, p. 409 et · texte numérisé non relu

Voir au tome IV, p. 409 et

lui prescrivait de renoncer à son projet germanique et de se dévouer, bon gré mal gré, à instruire et à convertir les monastères columbites. « Leurs charrues ne marchent pas droit, » disait le prieur à son ancien élève, ce il faut les remettre dans le bon sillon \ » Ce songe, deux fois répété, ne fit aucun effet surEgbert ; toutefois, le navire qu'il avait frété ayant été jeté à la côte, il reconnut la volonté de Dieu et renonça pour lui-même à son cher projet.

Mais à sa place il envoya tout ce qu'il put déterminer de religieux fervents et zélés parmi ses compatriotes ; lorsque les uns revenaient découragés de leur insuccès, il en cherchait et il en trouvait d'autres plus capables ou plus heureux, et c'est ainsi que l'initiative de notre Egbert donna à l'Allemagne Vicbert, Willibrord, Svvidbert, les deux Ewald et autres saints évêques ou abbés dont les noms sont justement vénérés par l'Allemagne comme ses apôtres, et que nous y retrouverons s'il nous est donné de poursuivre notre tâche jusque-là.

Ce fut en l'année même ou mourut Ceolfrid (716), onze ans après la mort d'Adam nan et sept ans après celle de Wilfrid, que l'Anglo-Saxon Egbert parvint à éteindre le foyer le plus vivace de la dissidence cel-

1. Ciim expletis hymnis matutinalibus in leclalo membra posuissem... apparuit magister quondam meus etnutritor araanlissimus... Bede, V, 9.

tique et à faire triompher l'unité romaine dans la métropole monastique qu'avaient fondée les plus illustres saints de l'Église celtique. Cet homme, d'une race étrangère et trop souvent ennemie, réussit dans la tâche où l'Irlandais Adamnan avait échoué. Il fut tout d'abord reçu avec les plus grands égards par les moines d'Iona ; et, sans employer d'autres armes que la charmante suavité de son caractère, la douce et persévérante influence de sa parole, et surtout l'exemple de sa vie si conforme à sa doctrine, il triompha de la répugnance invétérée des fils de saint Golumba pour l'innovation qui devait les réunir au reste de la chrétienté. Il n'est pas probable qu'il réussit du premier coup, puisqu'il dut passer les treize dernières années de sa vie à lona, dans cette île, depuis longtemps si fameuse, et qu'il comptait couronner d'un nouvel éclat en la faisant rentrer dans l'orbite de l'unité catholique. Mais sa victoire fut complète et définitive. Lorsque, à quatre-vingtdix ans, il mourut, ce fut le jour même de Pâques, en cette fête dont la célébration régulière avait préoccupé, agité, enflammé tant d'autres saints avant lui. Cette fête tombait, en l'année de sa mort (729), au 24 avril, c'est-à-dire en un jour où elle n'avait jamais encore été observée et ne pouvait pas l'être, d'après le comput suivi par les Irlandais. Après avoir commencé à fêter la plus grande solennité de

Tannée liturgique sur la terre, avec les frères qu'il avait eu la joie de ramener à l'unité, il alla Fachever dans le ciel avec Notre-Seigneur, les saints apôtres et tous les citoyens de la céleste patrie, pour n'en plus jamais cesser la célébration éternelle \

Tous les monastères dépendant d'Iona suivirent l'exemple de leur métropole en adoptant l'observance pascale et la tonsure orthodoxe. Il y a tout lieu de croire qu'ils adoptèrent en même temps la règle bénédictine, puisqu' aucun des très nombreux moines et missionnaires qui en sortirent, pour venir en France et surtout en Allemagne, n'y apporta d'autres usages ou d'autres règlements que ceux de Tordre de Saint-Benoît'.

L'Irlande se trouva ainsi entièrement rangée sous les lois de la discipline romaine. C'était par elle et dans ses provinces méridionales qu'avait commencé, au concile de 634% le mouvement de retour à l'uni té, poursuivi par Adamnan avec un succès qui* n'avait été démenti qu'à lona même et dans ses succursales. La région la plus éloignée, la plus inaccessible aux influences romaines , retranch ée derrière le pays de Galles et la mer, qui lui faisaient un dou-

Page 1