Flokius, L III, c
2. Proximi Oceano Cimbri tenent, parva nuiic civitas, sed gloria ingens. De morihus German.^c. 37. — On sait que le Jutland, le Schleswig et le Holstein, d'où sortaient les Jules, les Anglais et les Saxons, portaient le nom de Chersonèse Cimbrique.
240 LES RELIGIEUSES AiNGLO-SAXONNES.
barbares, on ne rencontre aucune trace de ce vieil esprit romain qui avait mis l'épouse in manu, dans la main de son mari, c'est-à-dire sous ses pieds. La femme est une personne et non une chose. Garantie contre le moindre outrage par des pénalités sévères, protégée par le respect universel, elle vit, parle, agit pour elle-même. Elle hérite, elle possède, elle dispose de ses biens ; parfois même, elle délibère, elle combat, elle gouverne comme les plus fiers et les plus puissants d'entre les hommes ^ . Nulle part l'influence des femmes ne fut plus efficace, plus reconnue et plus prolongée que chez les Anglo- Saxons, et nulle part elle ne fut plus légitime et plus heureuse.
Dès que le christianisme apparut, elles devinrent partout, comme on l'a vu à chaque page de ce récit, les auxiliaires actives et persévérantes, intrépides et infatigables de l'apostolat chrétien, et la conversion de leur race une fois achevée, aucune Frédégonde ne vint, comme chez les Gallo- Francs, renouveler les déportements des impératrices romaines. S'il y eut, parmi leurs reines
1. Sous ce rapport les conquérants et les vaincus ne différaient en rien ; les femmes avaient toujours joué un grand rôle chez les Bretons, et souvent régné et combattu à leur tête • témoin Boadicea, immortalisée par Tacite. — Les femmes libres, mariées et possédant cinq arpents de terre, votaient dans les assemblées publiques des clans ou tribus de la Bretagne. Ancient laws of Camhria, ap. Palgrave et Lappenberg.
et leurs princesses, quelques âmes violentes et cruelles, il n'en est pas une seule chez qui Ton signale des mœurs relâchées ou des penchants impudiques. La légende nationale est ici d'accord avec la légende monastique, la tradition populaire avec l'histoire. Depuis la belle Rowena, sœur du premier conquérant Hengist, jusqu'à la fameuse comtesse Godiva ; depuis la fille d'Ethelbert, qui porta la foi en Northumbrie, jusqu'à la compagne d'Ina, qui détermina la conversion de son mari, on ne rencontre guère que des figures attayantes ou généreuses, en qui la beauté s'allie avec la pudem% et la douceur naturelle à la femme avec une énergie qui atteint quelquefois l'héroïsme.
De là, l'extrême importance qu'attachaient les Anglo-Saxons aux alHances matrimoniales qui unissaient entre elles les diverses dynasties souveraines et les peuplades ou tribus dont ces dynasties personnifiaient l'indépendance locale et les glorieux souvenirs . Ces alliances , en renouant périodiquement les liens de la nationalité commune, attribuaient aux princesses de la descendance d'Odin un rôle de médiatrices et de pacificatrices, qui justifiait le surnom touchant décerné à la femme dans les poésies primitives des Anglo-Saxons, où elle est qualifiée de freodowebbe, celle qui tisse les liens de la paix^ .