‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 107 sur 244 · Adamn., ni · texte numérisé non relu

Adamn., ni

leur, il répondit : « Cher fils, ce n'est pas sans rai- (( son que je pleure, car à cette heure même je vois (( mes chers moines de Durrow que leur abbé con- « damne à s'épuiser de fatigue par ce temps affreux <c pour la construction de la grande tour ronde du (( monastère, et j'en suis navré. » Le même jour et à la même heure, comme on s'en assura depuis, l'abbé de Durrow, nommé Laisran, sentit en lui-même comme une flamme intérieure qui ralluma dans son cœur le sentiment de la pitié pour ses religieux ; il leur ordonna de laisser là leur travail pour aller se chauffer et prendre quelque nourriture; il leur prescrivit même de ne reprendre leur ouvrage qu'au retour du beau temps. Ce Laisran mérita depuis d'être appelé le consolateur des moines, tant il avait été pénétré par Columba de cette charité surnaturelle qui, dans la vie monastique comme dans toute vie vraiment chrétienne, est à la fois une lumière et une flamme, ardens et luce?is* ,

Columba ne conservait pas seulement sa juridiction supérieure sur les monastères qu'il avait fondés en Irlande ou qui s'étaient agrégés à ses fondations: il exerçait en outre une autorité spirituelle.

1. Adamn., I, 29. Cf. lib. III, c. 15, pour un trait analogue relatif au même monastère de Durrow et à sa tour ronde. — Cet abbé Laisran était proche parent de Columba et devint son troisième successeur à lona.

qu'on a peine à s'expliquer, sur divers laïques de son île natale. En effet, on le voit envoyer son cousin germain, son ami et son principal disciple jusqu'au centre de l'Irlande, à Drum-Guill, pour y prononcer une sentence d'excommunication contre une certaine famille dont on ne nous dit pas le crime. Ce disciple n'était autre que Baïthen , que nous avons vu accompagner Golumba lors de son exil et prémunir son chef contre les fumées de l'orgueil, au milieu des transports de la reconnaissance enthousiaste des bardes. Arrivé au lieu indiqué, le doux Baïthen, après avoir passé une nuit en prière sous un chêne, dit à ses compagnons : ce Non, je ne (.(. veux pas excommunier cette famille avant de sa- (( voir si elle ne se repentira pas. Je lui accorde un (( an de répit, et pendant cette année le sort de ce cet arbre lui servira d'avertissement. » Sur quoi il se releva ; quelque temps après, l'arbre fut frappé de la foudre, sans qu'on nous dise si la famille ainsi avertie vint à résipiscence.

Ce Baïthen avait une âme tendre, et on aimerait à en parler plus au long, s'il ne fallait pas circonscrire un peu les régions trop vastes et trop confuses de l'hagiographie celtique. Golumba le comparait à saint Jean l'Évangéliste : il disait que son disciple chéri ressemblait à celui du Ghrist par son exquise pureté, sa pénétrante simplicité, son amour de la

perfection \ Et Golumba n'était pas le seul à rendre justice à celui qui, après avoir été son principal lieutenant, devait être son premier successeur.

Un jour, dans une assemblée de savants religieux, probablement tenue en Irlande, Fintan, homme très savant et très sage, et lui aussi un des douze compagnons de Golumba lors de son émigration", fut interrogé sur les qualités de Baïthen ; il répondit : (( Sachez qu'il n'y a personne en deçà des (( Alpes, qui lui soit égal pour la connaissance des « Ecritures et la grandeur de sa science. » ce Quoi ! » lui dit-on, « pas même Golumba son maître? » « Je « ne compare pas, » répliqua Fintan, « le disciple (( au maître. Gelui-ci, Golumba, n'est pas fait pour « être comparé aux savants et aux érudits, mais (( aux patriarches, aux prophètes et aux apôtres. (( Le Saint-Esprit* règne en lui : il a été choisi par (( Dieu pour le bien de tous. G'est un sage entre (( tous les sages, un roi entre les rois, un anacho- (( rète avec les anachorètes, un moine avec les (( moines : et afin de se mettre à la portée des sét( entiers, il sait être pauvre de cœur avec les pau-

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