‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 109 sur 244 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Columba, protecteur des matelots et des cultivateurs, ami des laïques et vengeur des opprimés.

Sa sollicitude et sa chanté universelle pendant toute sa vie de missionnaire. — Les moines matelots : soixante-dix religieux d'iona forment l'équipage de la ilotille monastique ; leurs barques d'osier recouvertes de peaux. — Leur hardiesse en mer : le gouffre de Corry-Vreckan. — La prière de Columba les protège contre les monstres de la mer. — La passion de la solitude les lance dans les mers inconnues et leur fait découvrir Saint- Kilda, l'Islande, les îles de Fer. — Cormac aux Orcades et dans l'océan Glacial. — Columba navigue souvent avec eux : ses voyages dans les Hébrides. — Le sanglier de Skye. — Il apaise les tempêtes par sa prière ; il invoque son ami saint Kenneth. — Jl est lui-même invoqué pendant sa vie et après sa mort comme l'arbitre des vents. — Objurgations filiales des moines quand ils ne sont pas exaucés. — Bienfaits conférés aux populations agricoles et démêlés au sein des fables de la légende : Columba découvre des sources, règle les irrigations et la pêche, enseigne la greffe des arbres fruitiers, obtient des récoltes hâtives, intervient contre les épidémies, guérit diverses maladies, procure des outils aux paysans. — Sa sollicitude spéciale pour ses moines laboureurs : il bénit le lait qu'ils viennent de traire; son souffle les rafraîchit au retour de la moisson. — Le forgeron porté au ciel par ses aumônes. — Relations avec les laïques dont il réclame l'hospitalité : prédiction sur le riche avare qui lui ferme sa porte. — Les cinq vaches de son hôte du Lochaber. — L'épieu du braconnier. — Il pacifie et console tous ceux qu'il rencontre. — Ses menaces prophé-

tiques contre les félons et les spoliateurs. — Châtiment infligé à lassassin d'un exilé. — Les brigands de race royale : Columba les réprime au risque de sa vie. — 11 entre jusqu'aux genoux dans la mer pour arrêter le pirate qui avait pillé son ami. — Le porte-étendard de César et le vieux missionnaire.

Pendant tout le reste de sa vie, qui devait s'écouler dans son île d'Iona ou dans les contrées voisines de TEcosse, évangélisées par son zèle infatigable, rien ne frappe et n'attire plus l'historien que la généreuse ardeur de sa charité. Né, comme le démontre toute sa vie, avec un tempérament violent et même vindicatif, il avait réussi à se dompter et à se transformer au point de tout sacrifier à F amour du prochain. Ce n'est pas seulement un apôtre, ou un fondateur monastique que nous avons devant nous : c'est encore et surtout un ami, un frère, un bienfaiteur des hommes, un défenseur intrépide et infatigable du pauvre, du faible, du travailleur : c'est l'homme préoccupé non seulement du salut, mais aussi du bonheur, des droits et des intérêts de tous ses semblables. C'est encore l'homme chez qui l'instinct de la pitié se traduit en intervention intrépide et incessante contre l'oppression et l'iniquité.

Sans perdre le caractère imposant et solennel qui s'est toujours attaché à sa renommée populaire, il va se révéler à nous , sous cet aspect attrayant , dans toute la suite de ses travaux apostohques comme dans les

principales occupations qui se partageront sa vie de missionnaire : l'agriculture et la navigation.

Car la navigation alternait avec Tagriculture dans les travaux des cénobites d'Iona. Les mêmes moines qui labouraient les maigres champs de Pile sainte, qui moissonnaient et battaient le grain, accompagnaient Golumba dans ses voyages par eau aux îles voisines, et pratiquaient le métier de marin, plus répandu alors, ce semble, qu'aujourd'hui parmi les gens de race irlandaise * . Les communications par eau étaient alors fréquentes, non seulement entre l'Irlande et la Grande-Bretagne, mais entre l'Irlande et la Gaule. Nous avons déjà rencontré dans le port de Nantes un navire irlandais prêt à emmener le fondateur de Luxeuil ^. Les marchands gaulois venaient vendre ou offrir leurs vins jusque dans le centre de Pile, à l'abbaye de Glonmacnoise ^ Dans la vie de notre saint, on rencontre à chaque pas la mention des populations maritimes "* qui l'entouraient et qu'il fréquentait sans cesse, comme aussi des exercices et des excursions qui associaient ses disciples à tous les incidents de la vie des nautoniers. On

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