Adamn., II
(( mourir. Elle combat pom^ cette chère âme avec (( l'aide des saints anges contre les puissances ence nemies : elle l'emporte, elle triomphe, grâce à ce « que ce bon homme a été un juste, et tous deux (( vont se rejoindre dans le séjour de l'éternelle (( consolation*.»
Cette vision avait été précédée ou suivie de beaucoup d'autres du même ordre qui lui annonçaient la mort bienheureuse de divers évêques ou religieux , ses amis et ses contemporains. Elles semblent avoir été destinées à lui entr 'ouvrir le ciel où Dieu allait bientôt l'appeler.
D'ailleurs, ce n'était pas seulement à loua que ces grâces surnaturelles lui étaient accordées; car pas plus au déclin de sa vie que dans la première période de son émigration en Ecosse, il ne concentrait son infatigable activité dans l'étroite enceinte de File sacrée.
Jusque dans sa vieillesse, il eut la force et le conrage de retourner dans les régions plus septentrio-
1. Quidam religiosus frater, Generus nomine, Saxo, pistor, opus pistorum exercens... Félix mulier, felix bene inorata , cujus animaiu nunc angeli Dei ad paradisum evehunt... Ecce mulier, dequa te prsesente dixeram prœterilo anno. Nunc mariti sui religiosi cujusdam plebeii in aère obviât animœ, et cum sanctis Angelis contra œmulas pro eo belligerat poteslates; quorum adminiculo ejusdem homuncionis juslitiasuffragante, adeemoniacisbelligerationibuserepta, ad œternœ refrigerationis locum anima ipsius est perducta. Adamn., Ul, 10.
nales où il avait été prêcher la foi aux Pietés ; et ce fut clans une de ces dernières missions, sur les bords du Loch Ness, au nord de la grande ligne de partage des eaux de la Calédonie, à cinquante lieues d'Iona , qu'il lui fut donné de voir venir les anges au-devant de Fâme de ce vieux Picte resté fidèle à la loi naturelle pendant toute sa vie et dont le baptême,reçu des mains du grand missionnaire, devait assurer le salut éternel'.
Ces anges qu'il voyait ainsi porter au ciel l'âme du juste et du pénitent et aider l'épouse fidèle à y faire entrer son époux, il les voyait alors aussi apparaître pour lui et autour de lui. En faisant aussi large que l'on voudra la part des exagérations et des fables que la crédulité proverbiale des populations celtiques a ajoutées à la légende de leurs saints-, nul chrétien ne sera tenté de nier les récits avérés qui
1, Voir plus haut, page 187, — Ultra BritanniœDorsumiteragens, secus Nisieflurninis lacum... sanctus senex. Advmn., UI, 14.
2. Écoutons sur ce point l'avertissement du plus illustre des hagiographes, de Bollandus lui-même, en publiant la première vie de saint irlandais qui s'est présentée à lui : « Multa continet admiranda portenta, sed usitata apud gentem illam simplicem et sanctam; neque sacris dogmatibus autDei ergaelectos suos suavissimœ providentiœ repugnantia; sunttamenfortassis nonnulia imperitorum libratorum culpa vitiata aut amplificata. Quod in gentilium suorum rébus gestis animadvertioportere nos docuit HenricusFitzsimon societatisnostrae iheologus, egregio rerum usu prœditus. . Satis est lectorem monuisse ut cum discretione ea légat qufe prodigiosa, et crebro similia miràcula commémorant, nisi ab sapientibus scriptaauctoribus sunt. Act. Sanctorum Januar., t. I, p. 43.
témoignent, pour Coluniba comme pour tant d'autres saints, des apparitions surnaturelles dont sa vie et surtout sa vieillesse furent enrichies. Il fallait à ces merveilleux soldats de la vertu et de la vérité chrétienne, de tels prodiges pour les aider à supporter les labeurs, à traverser les épreuves de leur . redoutable mission. Il leur fallait monter de temps à autre dans ces régions célestes pour y puiser la force de lutter contre des obstacles, des périls, des tentations sans cesse renaissantes et pour y apprendre à braver les inimitiés, les farouches mœurs et les aveugles répugnances des populations qu'ils voulaient affranchir.
(( Qu'aujourd'hui personne ne me suive , » dit-il un matin avec une sévérité inaccoutumée, à la communauté assemblée , (c car je désire aller et rester (( seul dans la petite plaine à l'ouest de mon ile. » On lui obéit ; mais un frère , plus curieux et moins docile que les autres, le suivit de loin et le vit debout et immobile, les mains et les yeux levés vers le ciel, sur un monticule de sable où il fut bientôt entouré par une troupe d'anges vêtus de blanc qui venaient lui tenir compagnie et conférer avec lui. Le monticule a gardé jusqu'à ce jour le nom de Colline des Anges\ Souvent encore les citoyens de la céleste
I. Cnocan Aingel (colliculus Angelorum), sur la carte de l'île par Grabarn.
patrie, comme on les appelait à lona, venaient consoler et fortifier leur futur concitoyen , pendant les longues nuits d'hiver qu'il passait en prière , dans quelque coin retiré, volontairement exposé à tous les tourments de l'insomnie et du froid * .
Car, parvenu au terme de sa carrière, ce grand serviteur de Dieu se consumait en vigiles, en jeûnes, en macérations formidables. Sa vie, remplie de tant de généreux combats , de tant d'épreuves , de tant de travaux consacrés au service de Dieu et du prochain, ne lui semblait encore ni assez pleine ni assez pure. A mesure qu'il approchait du but, il redoublait d'austérités et de mortifications. Chaque nuit, selon un de ses biographes, il se plongeait dans une eau glacée et y restait pendant le temps qu'il fallait pour réciter tout un psautier- . Un jour que, déjà tout courbé de vieillesse, il avait cherché, peut-être dans une île voisine, un recoin encore plus reculé que de coutume, pour y prier seul, il vit une pauvre femme qui ramassait des herbes sauvages et même des orties, et qui lui raconta que sa misère la réduisait à n'avoir pas d'autre nourriture. Sur quoi le vieil abbé se reprocha amèrement de n'en être pas