‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 145 sur 244 · AD4MNAN, m finem · texte numérisé non relu

AD4MNAN, m finem

2. O'DoNNELL, 1. II, c, 20 ; 1. III, c. 27. — Selon une version rapportée par Colgan (p. 473\ le fameux hymne Alhts Prosator aurait été composé par Columba pendant que des envoyés de saint Grégoire le Grand séjournaient à lona, et aurait été envoyé par lui au Pontife, qui en aurait écouté la lectuie debout en signe de respect.

Nous sommes obligé de reconnaître le même défaut d'authenticité dans la tradition qui rapproche ie saint abbé diona du grand thaumaturge des Gaules, de saint Martin, et qui lui attribue un rôle analogue à celui du courageux archevêque qui, de nos jours, a entrepris de remettre en honneur la tombe profanée du plus grand de ses prédécesseurs, en reconstruisant la basilique qui recouvrait ce glorieux sépulcre. — D'après le récit d'O'Donnell, 1. m, c. 27 (cf. 1. I, c. 8). Columba, en revenant de Rome, aurait été à Tours chercher l'Évangéliaire qui reposait depuis un siècle sur la poitrine de saint Martin, et l'aurait rapporté à Derry, où on montrait encore cette relique au douzième siècle. Les gens de Tours avaient perdu le souvenir de l'emplacement de la tombe de saint Martin ; ils s'adressèrent pour le retrouver à Columba, qui ne consentit à l'indiquer qu'à la condition de garder pour lui tout ce qui se trouverait dans la tombe de Martin, excepté ses ossements. La légende ajoute que Columba y laissa un de ses disciples, le même Mochonna qui l'avait «uivi lors de son exil à lona, et que Mochonna devint évêque de

On s'attendait à voir toutes les populations des contrées voisines venir à loua et remplir l'île pendant les funérailles du grand aJjbé ; on le lui avait annoncé d'avance à lui-même. Mais il avait prédit qu'il n'en serait rien et que sa famille monastique célélirerait seule ses funérailles. En effet, un vent violent souffla pendant les trois jours que durèrent les obsèques , au point de rendre impossible aux barques d'aborder dans l'île. Cet ami, ce commensal des princes et des peuples, ce grand voyageur, cet apôtre de toute une nation qui, pendant mille ans, devait l'honorer comme son protecteur, resta seul sur sa bière, dans la petite église de sa retraite insulaire, et son enterrement n'eut d'autres témoins que ses moines.

Mais sa tombe, pour n'avoir pas été creusée en présence d'une foule enthousiaste de laïques, n'en fut pas moins visitée et entourée par les flots des générations successives qui vinrent pendant plus de deux siècles y vénérer les reliques du saint mission-

Tours. — Cela seul suffit pour démontrer la fausseté du récit, puisqu'à la seule époque de la vie de Coluinba où pourrait se placer le voyage de Rome et de Tours, cette dernière ville avait pour évèque saint Grégoire de Tours, l'historien, dont on connaît fort bien le prédécesseur et le successeur. — Signalons toutefois ces curieux liens traditionnels entre lÉglise de Tours et l'Église d'Irlande, qui se retrouvent pendant plusieurs siècles. — Saint Patrice, l'apôtre de l'Irlande, passe pour avoir été le petit-neveu de saint Martin, qui aurait encouragé sa mission.

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naire, s'abreuver à la source de ses vertus et demander à Dieu la soif de cette gloire céleste où le saint abbé resplendissait désormais comme un astre inextinguible ^ .

La dépouille de Colmnba y reposa en paix jusqu'au neuvième siècle, époque où [ona, comme toutes les îles Britanniques, tomba en proie aux ravages des Danois. Ces cruels et insatiables pirates semblent avoir été sans cesse ramenés par les richesses des offrandes que l'on prodiguait sur la tombe de l'apôtre de la Calédonie. Ils brûlèrent une première fois le monastère en 801 , — puis encore en 805, quand il n'y avait déjà plus que soixante-quatre moines, et enfin une troisième fois, en 877. Pour mettre à l'abri de leur rapacité le trésor qu'aucune largesse pieuse n'eût pu remplacer, on transporta le corps de saint Golumba en Irlande. Et la tradition constante des annales irlandaises veut qu'il ait fini par reposer à Down, dans un monastère épiscopal, non loin de la plage occidentale de l'île, entre le grand monastère de Bengor, d'où était sorti Golomban de Luxeuil, au nord, et Dublin, la future capitale de l'Irlande, au midi. Là gisaient déjà les reliques de

1. Cordibus nostris, qusesumus, Domine, cœlestis gloriee inspira desiderium; et preesta, ut in dextris illuc feramus manipulos justitise, ubi tecum sidus aureum sanctus coruscat abbas Columba. Amen. Oraison de l'office de saint Columba, au 9 juin.

saint Patrice et de sainte Brigitte ; et ainsi se trouva justifiée une des prophéties en vers irlandais qu'on lui attribuait et où il disait :

On m'ensevelira d'abord à lona;

Mais par la volonté du Dieu vivant,

C'est à Dun que je reposerai dans la tombe,

A Dun, avec Patrice et avec Brigitte la victorieuse

et l'immaculée.

Alors trois corps reposeront dans le même sépulcre ^

Leurs trois noms sont demeurés depuis lors inséparablement unis dans le cœur indomptable et la mémoire aussi tenace que fervente du peuple irlandais. Columba parait avoir été celui que les Irlandais, opprimés et dépouillés, invoquaient avec le plus de confiance, dans les premiers temps de la conquête anglaise au douzième siècle. Les conquérants eux-mêmes le redoutaient non sans raison, car ils avaient appris à connaître sa vengeance. Ainsi Jean de Goure y, le belliqueux baron anglonormand, celui qui était appelé le Conquérant

1. Voir Reeves, p. lxxix, 313, 317 et 462, Cf. Colgan, p. 446. — Les trois corps, après les désastres de la première conquête anglaise, furent retrouvés à Down en J 185 et réunis de nouveau dans une même tombe par l'évéque Malacliie et Jean de Courcy, l'un des grands barons anglo-normands, conquérant {conquestor, dit l'office) de l'Ulster. Une fête spéciale fut instituée par le Saint- Sèige en mémoire de cette translation : l'office de cette fête, imprimé d'abord à Paris, en 1620, a été reproduit par Colgan en tête de son précieux ouvrage : Ti'ias Thaumaturga.

(Conquestor) de l'Ulster, comme Guillaume de Normandie l'avait été de l'Angleterre, portait toujours avec lui en campagne le volume des prophéties de Golumba ^ ; et quand les corps des trois saints furent retrouvés en 1186 dans son nouveau patrimoine, il intervint auprès du Saint-Siège pour que leur translation fût célébrée par une fête solennelle. Richard le Fort Archer [Strofigboiv], ce fameux comte de Pembroke, qui avait été le premier chef de l'invasion, mourut d'un ulcère au pied, qui lui avait été infligé, selonles récits irlandais, à la prière de sainte Brigitte, de saint Golumba et des autres saints dont il avait détruit les églises. Il dit lui-même, en son agonie, qu'il voyait la douce et noble Brigitte qui levait le bras pour lui percer le cœur. Hugues de Lacy, autre chef anglo-normand de grande lignée, périt àDurrovs^, « par la vengeance de Golum-Gille,)) dit un annahste, pendant qu'il construisait un château au détriment de l'abbaye que Golumba avait fondée et tant aimée'. Même au siècle suivant ses vengeances demeurèrent aussi redoutées que populaires; et des pirates anglais, qui avaient pillé son église dans l'île d'Inchkolm, ayant sombré comme du plomb, en vue de terre, lem^s compatriotes disaient qu'il faudrait l'appeler, non plus saint

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