‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 146 sur 244 · O'Dojnovan's, Four masters, t. I, p. 25 et · texte numérisé non relu

O'Dojnovan's, Four masters, t. I, p. 25 et

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Coliimba, mais saint Quhalme^ comme qui dirait : le saint de la Mort subite.

Les peuples ont besoin de croire à ces vengeances de Dieu, toujours trop lentes et trop rares, et qui, en Irlande surtout, ont à peine illuminé d'un éclair fugitif la nuit séculaire des crimes et des iniquités de la conquête. Heureuses encore les nations, où l'éternelle légitimité de l'appel contre le mensonge et le mal se place sous l'abri de Dieu et de ses saints ! Heureux aussi les saints qui ont laissé à la postérité la mémoire de leur indignation contre l'injustice ! Leur gloire n'en demeure que plus pure et plus tutélaire; témoin celle de notre Golumba, dont l'effigie se voyait avant-hier, après treize siècles écoulés, à côté de celle de saint Patrice, de la Harpe d'Erin et de l'Arbre de la liberté, sur les bannières arborées par les patriotes irlandais dans leurs démonstrations contre la suprématie britannique^.

Tant que le corps de Golumba reposa dans son tombeau insulaire, loua, désormais consacré par la vie et la mort d'un si grand chrétien, demeura le

1. Quhalme on anglon-saxoii signifiait mort subite, d'où qualm en anglais moderne pour défaillance, tourment.

2. Compte rendu du meeting des Nationalistes, tenu le 4 octobre 1863 sur la monlagne de Killeen, au comté de Tipperary, dans le Cork Herald. La bannière représentait un arbre de la liberté flanqué des deux saints, Patrice et Golumba, et avec la barpe d'Irlande au-dessous.

sanctuaire le plus vénéré des Celtes. lona fut donc, pendant deux siècles, la pépinière des évêques, le centre de l'éducation, Pasile de la science religieuse, le point d'union entre les îles Britanniques, la métropole et la nécropole de la race celtique. Soixante-dix rois ou princes y furent enterrés aux pieds de Golumba, fidèles à une sorte de loi traditionnelle dont Shakspeare a consacré le souvenir ^ . lona conserva, pendant ces deux siècles, une suprématie incontestée sur tous les monastères et toutes les églises de la Galédonie, comme celles d'une moitié de l'Irlande-, et nous la verrons disputer longtemps la suprématie religieuse des Anglo- Saxons du Nord aux missionnnaires romains. Plus tard encore, sïl nous est donné de poursuivre jusque-là ce récit, nous verrons à la fin du onzième siècle ses ruines relevées et restituées à la vie claustrale par Tune des plus nobles et des plus touchantes héroïnes de l'histoire d'Ecosse et de la chrétienté par la sainte reine Marguerite, cette douce

1. Rosse. Wliere is Duncan's l)ody? JlACDUFF. Carried to Colmcs-Kill,

Tlie sacred store house of liis predecessors. And guardian of their bones.

Shakspeare, Macbeth.

Dans le premier acte de la même pièce, on annonce que le roi de Norwège n'obtiendra la paix après sa défaite par Macbeth, qu'en déboursant dix mille éciis dans l'ile de saint Columba.

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et noble exilée, si belle, si sage, si magnanime, si aimée, qui n'usa de son ascendant sur le roi Malcolm, son mari, que pour régénérer l'Eglise dans son royaume, et dont la chère mémoire méritait d'être associée dans le cœur du peuple écossais à celle de Columba, puisqu'elle obtint par son intercession cette grâce de la maternité qui a fait d'elle la tige de la dynastie encore régnante sur les îles Britanniques'.

Rappelons ici le privilège qui conférait aux abbés dlona une sorte de juridiction sur les évoques des régions voisines" ; privilège unique, et qui paraîtrait fabuleux, s'il n'était attesté par deux des historiens les plus véridiques de ces temps : le Vénérable Bede et Notker de Saint-Gall.

Or, pour s'expliquer cette étrange anomalie, ilfaut

1. OuDERic Vital, 1. viii, c. 22, t. 111, éd. Le Prévost; Fohdun, Scotichronicon., V. 37. — On voit encore, au sommet du pittoresque rocher que surmonte le château d'Edimbourg, la chapelle récemment restaurée par ordre delà reine Victoria, dédiée à sainte Marguerite. C'est la Minerve chrétienne de cette acropole du Nord.

2. Bede, 1. in, 4. — Cf. Anylo-Saxon chronicle, ad an. 565, éd. Giles. Notkeh Balbulus, Martyrologium. — Mabillon cite un diplôme de labbaye irlandaise de Hanau en Allemagne, où la signature de l'abbé précède celle de sept évêques, tous à noms celtiques. Annales BenecUctlni, t. Il, AppeniL, p. 700. — Quels étaient les évêques soumis à la principauté diona? S'il fallait en croire Colgan, — in jn'œf. Triad. Thaum., — il faudrait supposer que tous les évêques d'Irlande et de la Calédonie lui étaient soumis. — Du reste on trouve dans les épîtres des papes Etienne II et Adrien 1"' la mention d'un moine-évéque soumis à l'abbé de Saint- Denis.

se dire que dans les pays celtiques, en Irlande et en Ecosse, rorganisation ecclésiastique reposa d'abord exclusivement sur la vie conventuelle. Les diocèses et les paroisses n'y furent régulièrement constitués qu'au douzième siècle. Il y eut dès l'origine des évêques, mais dépourvus de toute juridiction territoriale nettement déterminée, ou bien, en Irlande surtout incorporés, comme un rouage nécessaire mais subordonné, aux grands corps monastiques. C'est pourquoi, comme on l'a déjà remarqué, les évêques de l'Église celtique paraissent fort effacés, non seulement auprès des grands fondateurs et supérieurs de monastères, tels que Columba, mais même auprès des simples abbés ^ . Néanmoins, on voit que du vivant de Columba , celui-ci , bien loin d'affecter une suprématie quelconque sur les évêques contemporains, Jeur témoignait le plus profond respect, au point de ne pas vouloir célébrer la messe en même temps qu'un évêque, qui était venu, humblement déguisé en simple prosélyte, visiter la communauté d'Iona". Du reste, les abbés s'abstenaient scrupuleusement de toute usurpation du rang, des privilèges ou des fonctions réservés aux évêques ; ils avaient recours

1 . Voir le trait curieux rapporté dans Adamnan (I, 36), où l'on voit un évêque hésiter à conférer la prêtrise à Aïdus le Noir avant d'y être autorisé par l'abbé de Tirée, cella insulaire dépendante d'iona.

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