Adam.n., I
avec un grand cortège de moines, qu'il rangea en trois compagnies au moment d'entrer à Glasgow. Kentigern en fit autant pour les nombreux religieux qui vivaient autour de lui dans son monastère épiscopal et qu'il mena au-devant de l'ajjbe d'Iona. Il les divisa d'après leur âge en trois troupes, les plus jeunes marchant les premiers, puis ceux parvenus à l'âge viril, et en dernier lieu les anciens à cheveux blancs, parmi lesquels il marchait lui-même. Tous chantaient cette antienne : In viis Domini îiiagna est gloria Domini, et viajustorum facta est; et iter sanctorum prœparatum est. Les moines d'Iona, de leur côte, chantaient en chœur le verset : Ibunt sancti de virtute in virtutem : videbitur Dcus eorum in Sion, Des deux côtés retentissait l'A //eliiia; et ce fut au son de ces paroles de la sainte Écriture chantées dans le latin de FEglise romaine par les moines celtiques de Bretagne et d'Irlande, que les deux apôtres des Pietés et des Scots se rencontrèrent, là où avait été l'extrême limite de l'empire romain et de la domination des Césars, et sur un sol désormais affranchi pour toujours du paganisme et de l'idolâtrie. Ils s'embrassèrent tendrement, et passèrent quelques jours dans une douce et intime famiharité.
L'historien qui nous a conservé ce récit n'en dissimule pas un trait moins édifiant. Il avoue que des
bandits s'étaient associés au cortège de l'abbé d'Iona, et qu'ils profitèrent de l'enthousiasme général pour voler un bélier du troupeau de l'évêque. Ils furent pris : mais Kentigernleur fit grâce. Columba et lui ne se séparèrent qu'après avoir échangé leurs deux crosses pastorales en signe d'affection réciproque*.
Un autre annaliste nous les montre séjournant ensemble pendant six mois dans le monastère qui venait d'être fondé par Columba à Dunkeld et prêchant ensemble la foi aux habitants d'Athol et des régions montueuses habitées par les Pictes".
Je ne sais vraiment à quel point il faut ajouter foi à un autre récit de ce même hagiographe, et qui semble emprunté plutôt à l'épopée gallo-bretonne de Tristan et d'Iseult, qu'à la légende monastique, mais qui est resté le titre le plus populaire de l'évêque Kentigern. La femme du roi Roderic, entraînée par sa passion adultère pour un chevalier de la cour de son mari, eut la faiblesse de lui abandonner l'anneau qu'elle tenait du roi. Roderic étant allé à la chasse avec ce chevalier, et tous deux s'étant reposés aux bords de la Glyde pendant la grande chaleur du jour, le chevaher s'endormit, et pendant
1. BoLLAND., p. 821. — La crosse donnée par Columba à Kentigern fut longtemps conservée et vénérée au monastère anglo-saxon de Ripon, dans le Yorkshire.