GOTSELLNLS, C
Augustin et ses compagnons vinrent débarquer sur la plage méridionale de la Grande-Bretagne à l'endroit où elle se rapproche le plus du continent et là même où avaient déjà pris terre les conquérants antérieurs de l'Angleterre : Jules César, qui l'avait révélée au monde romain, puis Hengist avec ses Saxons qui lui apportaient avec son nom nouveau l'ineffaçable empreinte des races germaniques. A ces deux conquêtes venait maintenant succéder une troisième, destinée à être la dernière. Car on ne saurait mettre au même rang les invasions victorieuses des Danois et des Normands qui, issus du même sang et imbus des mêmes mœurs que les Saxons, ont cruellement troublé la vie du peuple anglais, mais n'ont rien changé aux racines de sa vie sociale et morale et n'ont pu entamer ni sa langue, ni sa religion, ni son caractère national.
Ces nouveaux conquérants arrivent eux aussi, comme Jules César, sous les enseignes de Rome, mais de la Rome éternelle, non de la Rome impériale. Ils viennent rétablir la loi de l'Évangile que les Saxons avaient noyée dans le sang. Mais en imprimant pour toujours le sceau de la foi chrétienne à la terre et à la race des Anglais, ils ne porteront aucune atteinte au caractère indépendant, à la puissante originalité de la nation qu'ils achèveront de constituer en la convertissant.
Au midi de Tembouchure de la Tamise et à la pointe nord-est du comté de Kent, on voit une région qui s'appelle encore Pile de Thanet, bien que le nom d'île ne lui convienne plus, parce que le bras de mer qui la séparait autrefois du continent n'est plus qu'une sorte de ruisseau marécageux et saumâtre. C'est là, à un endroit où les blanches et abruptes falaises de cette plage d'Albion s'interrompent subitement pour ouvrir une anse sablonneuse, auprès de l'ancien port des Romains à Ricliborough , entre les villes modernes de Sandwich et de Ramsgate * , que les moines romains posèrent pour la première fois le pied sur le sol britannique - . On a longtemps conservé et vénéré le rocher qui avait reçu l'empreinte des premiers pas d'Augustin ; on y venait en pèlerinage pour re-
1. On aime à constater que dans celte ville même de Ramsgate, sur la plage où aborda l'abbé Augustin, les fils de Saint-Benoît ontpu après treize siècles écoulés, élever de nos jours un nouveau sanctuaire, auprès d'une église dédiée à saint Augustin et construite par le grand architecte catholique Pugin. Cette colonie monastique dépend de la nouvelle province bénédictine de Subiaco, à laquelle se rattachent également nos fondations récentes delà Pierre-gui-Vire, en Morvan, et de Saint-Benoît-sur-Loire, au diocèse d'Orléans.
2. Dans un livre intitulé : Historical memorials of Canterhury, 1855, le docteur anglican Arthur Stanley, aujourd'hui doyen de l'église abbatiale de Westminster, a étudié et déterminé avec autant d'enthousiasme que de scrupuleuse exactitude tous les faits relatifs à l'arrivée de saint Augustin. 11 a confirmé l'opinion déjà ancienne qui fixe le lieu même du débarquement à ce qui n'est plus aujourd'hui qu'une ferme nommée Ebb'sfleet, et située sur un promontoire dont la mer, en se retirant, a abandonné les alentours.
mercier le Dieu vivant d'y avoir conduit l'apôtre des Anglais * .
A peine dél)arqué, le lieutenant du pape Grégoire envoya les interprètes dont il s'était pourvu en France auprès du roi de la contrée où les missionnaires venaient d'aborder, pour lui annoncer qu'ils arrivaient de Rome, et qu'ils lui apportaient la meilleure des nouvelles, la vraie bonne Nou- A elle, avec les promesses de la joie céleste et d'un règne éternel en la compagnie du Dieu vivant et véritable '.
Ce roi s'appelait Ethelbert % ce qui voulait dire en anglo-saxon Noble et Vaillant. Arrière-petitlils de Hengist, le premier des conquérants saxons, qui lui-même passait pour descendre d'un des trois fils d'Odin, il régnait depuis trente-six ans sur le plus ancien royaume de l'Heptarcliie, celui de Kent, et il venait d'acquérir sur tous les autres rois t3t]princes saxons, jusqu'aux confins de la Northumbrie, cette sorte de suprématie militaire qui s'atta-
1. Stanlev, p. 14. — Oaklev, Life of S. Augustin, 1844, p. 19.— CeUe Vie fait partie de l'intéressante sériedes Livesof the English maints, publiée par les principaux écrivains de l'école puseyile avant leur conversion.