‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 173 sur 244 · Discours sur l'histoire universelle · texte numérisé non relu

Discours sur l'histoire universelle

à face avec Fidolâtrie, ces étrangers suppliaient le vrai Dieu de sauver en même temps que leurs propres âmes toutes ces âmes pour l'amour desquelles ils s'étaient arrachés de leur cloître paisible à Rome et avaient tenté cette rude entreprise. Ils chantaient les litanies en usage à Rome, sur le rythme solennel et touchant que leur avait enseigné Grégoire, leur père spirituel et le père de la musique religieuse. A leur tête marchait Augustin, dont la haute stature et la prestance patricienne devaient attirer tous les regards, car il dépassait, comme Saiil, tous les autres de la tête et des épaules ' .

Le roi, entouré d'un grand nombre de ses fidèles, les reçut assis sous un grand chêne, et les fit asseoir devant lui. Après avoir écouté le discours qu'ils lui adressèrent en même temps qu'à l'assemblée, il leur fit une réponse loyale, sincère, et, comme on dirait aujourd'hui, vraiment libérale, ce Voilà de belles pa- <( rôles et de belles promesses : mais tout cela est nonce veau et incertain pour moi. Je ne puis tout d'un <( coup y ajouter foi, en abandonnant tout ce que c( j'observe depuis si longtemps avec toute ma nation. « Mais puisque vous êtes a enus de si loin pour nous <( communiquer ce que vous-mêmes, à ce que je vois, « croyez être la vérité et le bien suprême, nous ne « vous ferons aucun mal; au contraire, nous vous

1, GoTSEL., Vita, c. 4a.

(( donnerons riiospitalité, et nous aurons soin de vous (( fournir de quoi vivre; nous ne vous empêcherons (( pas de prêcher votre religion, et vous convertirez (( qui vous pourrez. » Par ces paroles, le roi leur signifiait l'intention de concilier la fidélité aux coutumes nationales avec un respect pour la liberté des âmes que l'on retrouve trop rarement dans l'histoire. L'Église catholique rencontrait ainsi dès ses premiers pas en Angleterre cette promesse de liberté qui a été pendant tant de siècles le premier article et le plus fondamental de toutes les chartes et de toutes les constitutions anglaises.

Fidèle à cet engagement , Ethelbert permit aux missionnaires de le suivre à Cantorbéry où il leur assigna une demeure qui s'appelle encore S table Gâte, Idi^orie de l'hôtellerie. Les quarante missionnaires firent dans cette ville une entrée solennelle, portant leur croix d'argent, avec le tableau sur bois où était peint le Christ, et chantant tous à l'unisson ce refrain de ta litanie : « Nous te conjurons, Seigneur, par toute la miséricorde, d'épargner dans ta colère cette cité et ta sainte maison, car nous avons péché. Alléluia. » C'est ainsi, dit un historien monastique, que les premiers pères et les premiers docteurs de la foi des Anglais entrèrent dans leur métropole future, et inaugurèrent le triomphant labeur de la Croix de Jésus' .

1. Bede,I, 25. — GoTSELiNus. Historia minor de vita S.Aug.^ c. 12.

Il y avait hors de la ville, à l'orient, sous le vocable de saint Martin, une petite église, qui datait du temps des Romains, où la reine Berthe allait prier et pratiquer son culte. Ce fut là qu'Augustin et ses compagnons allaient, eux aussi, chanter leur office monastique, célébrer la messe, prêcher et baptiser'. Les voilà donc tranquilles, grâce à la munificence royale, sur les nécesaités de la vie, munis du bien suprême de la liberté, et usant de cette liberté pour travailler à la propagation de la vérité. Ils y vivaient, dit le plus véridique des historiens, de la vie des apôtres dans la primitive Eglise ; assidus à l'oraison, aux vigiles, aux jeûnes, ils prêchaient la parole de \'ie à tous ceux qu'ils pouvaient aborder, méprisant tous les biens de ce monde, n'acceptant de leurs néophytes que le strict nécessaire, vivant en tout d'accord avec leur doctrine, et prêts à tout souAVir comme à mourir pour la vérité qu'ils prêchaient. L'innocente simplicité de leur vie, la douceur céleste de leur doctrine, parurent aux Saxons des arguments d'une invincible éloquence ; et chaque jour voyait croître le nombre de ceux qui demandaient le baptême-.

1. L'église actuelle de Saint-MarLin, reconstruite au treizième siècle, occupe l'emplacement de celle qui est consat;rée à jamais par le double souvenir de la reine Berthe et de l'archevêque Augustin. On y montre même les fonts de baptême où, selon la tradition, eut lieu l'immersion du roi Elhelbert.

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