‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 176 sur 244 · s. Gregor. Epist., VIII, 39. — Stanlev, op. cit., p · texte numérisé non relu

s. Gregor. Epist., VIII, 39. — Stanlev, op. cit., p

liqiie destinée à devenir, sous le nom d'église du Sauveur ou du Christ (Christ Church) , la métropole de l'Angleterre^ . Augustin en fut à la fois le premier archevêque et le premier abbé.

Le Pape avait d'abord désigné pour siège de la nouvelle métropole la cité de Londres, colonie romaine déjà célèbre du temps des empereurs, tandis qu'il n'avait peut-être jamais entendu parler de la résidence des rois saxonsàCantorbéry. Mais Londres n'était pas dans le royaume d'Ethelbert, et l'indication du Pape ne put prévaloir contre les motifs qui déterminèrent iVugustin à prendre pour foyer de la vie religieuse en Angleterre la capitale du roi qui était devenu son prosélyte et son ami, ainsi que la région oii il avait pris terre en abordant le sol britannique, et dont les habitants l'avaient accueilli avec une sympathie si féconde'.

D'ailleurs les splendeurs et l'influence delà métropole officielle devaient être pendant de longs siècles éclipsées dans l'opinion du peuple anglais et du monde chrétien par une autre fondation, également due à Augustin et Ethelbert, au premier archevêque et au premier roi chrétien d'Angleterre, à l'est de la

1. L'immense métropole actuelle de Cantorbéry, dont la recons- Iruction fut commencée au onzième siècle par Lanfranc, occupe l'emplacement de cette église primitive et du palais d'Etlielbert.

2. Gregor. Epist., XI, (35. — AVillelm. Malmesburiensis, ^/e Gest. Reg., J, c. 4, et de Dorobernensibus Episcopis, p. 111.

cite royale et à moitié chemin de cette église de Saint- Martin où la reine allait prier et où le roi avait été baptisé. Augustin, toujours à la recherche des vestiges que l'ancienne foi avait laissés dans la Grande- Bretagne, sut découvrir l'emplacement d'une église chrétienne, transformée en temple païen et entourée d'un bois sacré. Ethelbert lui abandonna ce temple avec tout le terrain environnant. L'archevêque en refit aussitôt une église qu'il dédia à saint Pancrace, jeune martyr de Rome, dont le souvenir était cher aux moines romains, parce que le monastère du mont Cœlius, d'où ils étaient tous sortis et où leur père Grégoire était né, avait été construit sur des terrains appartenant autrefois à la famille de Pancrace. Autour de ce nouveau sanctuaire, Augustin éleva un autre monastère, dont un de ses compagnons, Pierre, fut le premier abbé, et qu'il destinait à lui servir de sépulture, selon l'usage romain qui plaçait les cimetières hors des villes et au bord des grands chemins . Il consacra cette nouvelle fondation sousl'invocati on des apôtres de Rome, Pierre et Paul ; mais c'est sous son propre nom que cette fameuse abbaye est devenue l'mi des sanctuaires les plus opulents et les plus vénérés de la chrétienté, et qu'elle a été pendant plusieurs siècles la nécropole des rois et des primats de l'Angleterre S en même temps que le premier foyer

1. Les historiens ecclésiastiques ne tarissent pas en témoignages

de la vie religieuse et intellectuelle dans le midi de la Grande-Bretagne.

Il fallut sept années pour achever et consolider la création du monastère dont l'église ne put même être dédiée du vivant de celui dont elle devait prendre et garder le nom. Mais quelques mois avant sa mort, Augustin eut la satisfaction de faire sanctionner la fondation du premier monastère bénédictin d'Angle-

d'admiralion pour cette immense maison, dont le patrimoine compta jusqu'à 11,860 arpents de terre et dont la façade avait 250 pieds de long. Peut-être lisait-on sur cette façade ces vers rapportés par un chroniqueur et qui rappellent l'inscription de Saint-Jean de Latran à Rome:

Hoc caput Aiiglorum datur esse monasteriorum Regum cunctoruni fons pontificumque sacroruni.

L'abbé de Saint-Augustin de Cantorbéry reçut du pape Léon IX, en 1055, le privilège de siéger à la première place après l'abbé du Mont- Cassin, dans lesconcilesgénéraux. — LcMonasticum Aiujlicanumàe Dugdale, t, J, p. 23, donne une vue très curieuse de l'état des ruines de cette abbaye vers le milieu du dix-septième siècle ; on y distingue encore une grande tour dite d'Ethelbert, mais construite beaucoup plus tard. Dans un ouvrage spécial, intitulé : Vestiges ofantiquities at Canterhurij,\)àv T. Uastings, 1813, in-folio, il y a des planches qui représentent avec beaucoup de détailles débrisencore considérables, mais cruellement profanés ou abandonnés, qui subsistaient en 1812: la portion la mieux conservée servait alors de brasserie, accompagnée dun cabaret et dune enceinte destinée aux combats de coqs. Elle a été restaurée depuis peu, jusqu'à un certain point, grâce àla munificence de M. Beresford Hope, et sert aujourd'hui de séminaire pour les missions anglicanes. — Celte maison a eu plusieurs historiens, entre autres William Thorne [de Spina), qui en fut abbé vers 1358, et surtout Thomas de Elmham, trésorier du monastère en 1407, dont la chronique a été éditée par M. Hardwicken 1858, pour la collection des Rerum Britannicarum medii xvi Scripiores.

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toiTO i)ar la ratification solennelle du roi et des chefs de la nation qu'il avait convertie.

La charte de donation a été remise en lumière de nos jours comme le plus ancien monument authentique de l'histoire religieuse et politique de l'Angleterre'. On nous saura gré d'en citer le texte et les témoins. Le roi anglo-saxon y parait à la fois comme prince chrétien et comme chef de l'assemblée aristocraticjue dont le consentement était nécessaire à la validité de tous ses actes". Il y parle ainsi :

«... Moi, Ethelbert, roi de Kent, avec le consentement du vénérable archevêque Augustin et de mes nobles, je donne et concède à Dieu, en F honneur de saint Pierre, quelque portion de la terre qui est de mon droit et qui gît à l'est de la ville de Cantorbéry, afin qu'un monastère y soit construit, et que les propriétés ci-après dénommées soient en la possession de celui qui en sera ordonné abbé. C'est pourquoi j'adjure et j'ordonne, au nom du Dieu Tout-Puissant, qui est le juste et souverain juge, que cette terre

1. L'authenticité de cet acte a été admise par l'un des érudits les plus compétents de notre temps, sir Francis Palgrave : Rise and progress of the British commonwealth, t. H, p. 215, 218, Cependant Kemble, dans son Codex diplomaticus xvi Saxonici, t. I, p. 2, ne l'a publié qu'avec l'astérisque qui indique les documents qu'il tient pour suspects ou faux; il ne donne d'ailleurs aucun motif pour justifier cet arrêt.

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