OZANAM, op. cit., loi
temps qiiïl lui marquait sa place clans la famille chrétienne, en relevant sa dignité et en garantissant sa pudeur* .
La réflexion ne servait qu'à confirmer le pape dans cette sage et généreuse condescendance pour les nouveaux chrétiens, qui s'alliait chez ce grand homme avec un zèle si pur et si ardent pour le service et le progrès de la vérité. A peine eut-il écrit au roi Ethelbert la lettre où il l'exhortait à détruire les temples du vieux culte national, qu'il se ravisa, et au bout de quelques jours il dépêcha une instruction toute différente au chef de la nouvelle mission, à ce Mellitus qu'il qualifie d'abbé et qu'il avait chargé de porter sa lettre au roi. Il espérait le rejoindre en route. « Depuis le départ de toute la compagnie qui est avec vous, » lui écrit-il, « je suis resté fort inquiet, car je n'ai rien appris des succès. de votre voyage. Mais, quand le Dieu tout-puissant vous aura conduit auprès de notre révérendissime frère Augustin, dites-lui que, après avoir longtemps roulé dans mon esprit l'affaire des Anglais, j'ai reconnu qu'il ne fallait pas du tout abattre les temples des idoles, mais seulement les idoles qui y sont. Après avoir arrosé ces temples d'eau bénite, qu'on y place des autels et des reliques ; car si ces temples sont bien bâtis, il faut les faire passer du culte des
l.Ibkl. Cf. Ejnsi., XIV, 17, aclFelicem Messancnsem episcopum.
démons au service du vrai Dieu, afin que cette nation, voyant que l'on ne détruit pas ses temples, se convertisse plus aisément , et vienne adorer le vrai Dieu dans les lieux qui lui sont connus. Et comme ils ont coutume de tuer beaucoup de bœufs en sacrifiant aux démons, il faut leur établir quelque solennité qui leur en tienne lieu. Ainsi, le jour de la Dédicace ou de la fête des martyrs dont on leur donnera les reliques, ils poiun^aient faire des huttes de feuillage autour des temples changés en églises, et célébrer la fête par des repas fraternels. Mais, au lieu d'immoler des animaux au démon, ils les tueront seulement pour les manger en remerciant Dieu qui les rassasie : ainsi de cette façon, en leur laissant quelques joies sensibles, on les disposera plus facilement aux joies de l'âme. Car il est impossible de tout retrancher d'un seul coup à des âmes sauvages; on ne gravit pas une montagne par sauts et par bonds, on y monte pas à pas ^ . »
11 s'est trouvé, parmi les ennemis de l'Eglise romaine, des pédants et des rigoristes pour accuser saint Grégoire d'avoir capitulé avec sa conscience en ouvrant ainsi l'accès du sanctuaire au paganisme. Loin de marcher sur leurs traces , sachons au contraire admirer le grand et sage docteur qui a su si bien distinguer l'essentiel du superflu, répudier les