Bede, V
2. Hook, le plus récent historien anglican des arclievéques de Cantorbéry, reconnaît ce fait avec une impartialité qui ne lui est pas toujours habituelle. — On nous dispensera de discuter la prétendue réponse antipapale de l'orateur de Bangor^ inventée par des faussaires anglicans, publiée dans les collections de Spehnan et Wilkins, et coniplaisainnient répétée par M. Augustin Thierry. Lingard, Dœllinger, op. cit., p. 218, et le professeur Walter, en ont démontré la fausseté, déjà signalée par Tui berville, dans son 31aauale controversianun; liées, Stephenson, Husseyettous les écrivains anglais modernes de quelque valeur ont renoncé à l'invoquer. — Rappelons ici lexcellente réfutation faite par le savant et très regrettabJe abbé Gorini des inexcusables erreurs de M. Augustin Thierry, dans son récit de la mission de saint Augustin. Rappelons aussi que lillustre aveugle s'est honoré en acceptant sans amertume les corrections du modeste curé de village dont la vie, récemment racontée par M, 1 abbé Martin (Paris, 1863), est une des plus belles et des plus touchantes pages de nos annales contemporaines.
(( Non, » dit Fabbé de Bangor, « nous ne prêcherons pas la foi à cette cruelle race d'étrangers qui ont traîtreusement expulsé nos ancêtres de leur pays et dépouillé leur postérité de son héritage \ »
Or, il est facile de voir laquelle des trois conditions Augustin avait le plus à cœur, par la prédiction menaçante qu'il opposa au refus des moines bretons, ft Puisque vous ne voulez pas faire la paix avec (( des frères, vous aurez la guerre avec des ennemis ; (( puisque vous ne voulez pas montrer aux Anglais (( la voie de la vie , vous recevrez de leurs mains le (( châtiment de la mort. »
' Cette prophétie ne fut que trop cruellement accomplie quelques années plus tard (613?). Le roi des Angles du Nord, Ethelfrid, encore païen , vint envahir la région de la Cambrie, où était situé le grand monastère de Bangor. Au moment où le combat s'engageait entre sa nombreuse armée et celle des Gallois, il vit au loin, dans un site élevé, une troupe d'hommes sans armes et tous à genoux. « Qu'est-ce que ces gens là? » demandat-il. On lui dit que c'étaient les moines du grand monastère de Bangor qui, après trois jours de jeûne , venaient prier pour leurs frères pendant le
1. Chronique galloise, intitulée : Brut TysiHo, et Galfrid, Mon- MOLTEi, XI, 2, ap. Walter, op. cit., p. 225, 227.
coml)at. (( S'ils prient leur Dieu pour mes ennemis, » dit le roi, « ils combattent contre nous quoique sans armes. » Aussitôt il fit diriger contre eux la première attaque. Le prince gallois, qui aurait du les défendre, s'enfuit honteusement, et douze cents moines furent massacrés sm^ le champ de bataille , martyrs de la foi chrétienne etclu patriotisme celtique ^ .
Ainsi finit , disent les Annales d'Irlande , la journée où les saints furent égorgés ".
Une calomnie déjà ancienne et réchauffée de nos jours a prétendu qu'Augustin avait provoqué cette invasion et désigné le monastère de Bangor aux païens de la Northumbrie^ Or, le vénérable Bede constate expressément qu'il était déjà depuis longtemps dans le ciel. C'est bien assez que Bede luimême , beaucoup plus Saxon que chrétien toutes les