‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 205 sur 244 · GoTSELiNus, Hist. maior, c · texte numérisé non relu

GoTSELiNus, Hist. maior, c

à la liberté de l'Église dans son pays ce qn'on pent appeler, en termes encore plus exacts que modernes, une sanction légale et parlementaire. Dans une de ces assemblées périodiques des sages et des grands du peuple saxon, qui portaient le nom de Witena-gemof et qui ont été la souche des parlements modernes, il fit rédiger et publier en langue anglo-saxonne des lois dont le texte nous a été conservé. Elles consacraient à la fois les vieux droits de son peuple et les nouveaux droits accordés à la nouvelle Eglise. Le premier des quatre-vingt-dix articles de cet acte législatif édicté contre ceux qui déroberaient les biens de FÉglise, des évêques ou des autres ordres du clergé, des amendes onze et douze fois plus considérables que la valeur du corps du délit ^ . Le même article sanctionnait implicitement ce que les Anglais ont depuis appelé le Droit du sanctuaire, c'est-à-dire le droit d'asile et de protection reconnu à l'enceinte des églises et des monastères, en frappant la violation de cette paix de TÉglise d'une pénalité double de celle encourue par les délinquants contre la paix publique ou ordinaire. La nation tout entière sanctionnait et ratifiait ainsi l'œuvre de son roi, en plaçant sous la sauvegarde des lois pénales

1. D'apros lesinslrucLioiis données par Grégoire à Augustin, cette plus-value de l'amende ne prolitait pas à l'Église, qui devait se contenter de la simple restitution.

la propriété et la sécurité clos ministres du culte qu'elle venait tFadopter'.

Ces lois, qui portèrent longtemps le nom de Doom s ou Jugements d'Ethelbert, sont les premières lois écrites, à nous connues, non seulement du peuple anglais, mais peut-être de toutes les races germaniques. Les meilleurs juges attribuent à Pinfluence des moines romains sur le roi anglo-saxon ce commencement de code national ou plutôt pénal ". Car il s'agit surtout de dispositions pénales, et l'on adjuire la sagesse de ces missionnaires qui, élevés dans les traditions de la jurisprudence romaine, n'en tirent pas moins prévaloir et sanctionner le principe des compensations pécuniaires, universellement adopté par les races germaniques. Dans ces lois d'Ethelbert, la classification des conditions sociales ressort de l'énumération minutieusement exacte des crimes commis contre la vie ou la sûreté des hommes, la pudeur des femmes, la religion et la paix publique. Chaque infraction est punie d'une amende proportionnée, d'abord à la gravité du délit, puis

1. Bedk, II, 5. Cf. Kemble, Saxons in England, II, 205. Hook, op. cil., p. 59. WiLKiNS, ConsiUa, p. 25. Tiiorpi: , Ancient lawsandinsiitutes of England, 1840, c. 1. — Cette dernière publication, faite l)ar ordre du gouvernement anglais, donne le texte saxon des lois d'Ethelbert avec un très savant commentaire.

i. Lai'Penberg, t.], p. 142.LINGAKD, Hist. of Eugland, c. 11. Lord Campbell, Z«î;eso/"^/ie Chaiiccllors, art. Angemundus ; surtout Piiil- Liprs, GeschicJite des Angclsxchsichscheii Rechls, p. 61.

au rang de la victime. En cas de meurtre, la compensation est due non seulement à la famille du mort, mais aussi à la communauté dont il faisait partie et au roi qui en est le chef. Ce système, appliqué pour la première fois à la défense de l'Eglise chrétienne par les Saxons du Kent et, pour la première fois, formulé par écrit, sous Finspiration des moines romains, se retrouvera dans toute la législation subséquente des royaumes saxons, que les évêques et les moines, successeurs d'Augustin, vont continuer à conduire d'une main forte et douce dans les voies de la civilisation chrétienne.

Les grands hommes chargés par Dieu de fonder des œuvres vraiment grandes et durables ont rarement la vie longue, et quand Tun d'eux disparaît, on le voit souvent entraîner comme à sa suite dans un monde meilleur ceux qui ont été ici-bas ses alliés, ses serviteurs, ses amis. Saint Grégoire le Grand, dont le pontificat a laissé une trace ineffaçable dans la mémoire des chrétiens et un modèle hors de pair dans les annales de l'Eglise, n'a régné que quinze ans. Il mourut dès les premiers mois de l'an 605 (12 mars), et, deux mois après (26 mai), Augustin suivit son père et son ami dans la tombe * . Le

1. On a longuement disserté sur la date de la mort d'Augustin, que Mabillon avait fixée à 607. Mais la plupart des historiens anglais sont d'accord pour la date de 605. Wharton voudrait même que ce fût en 604 : Ânglia sacra, t. I, p. 91.

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missionnaire romain fut enterré, selon la coutume (le Rome, sur le bord de la voie publique, du grand chemin romain qui allait de Gantorbéry à la mer, dans l'église inachevée du célèbre monastère qui allait prendre et garder son nom.

Le nom de Grégoire demeura toujours identifié avec cette conversion de T Angleterre , qui fut l 'œuvre de prédilection de toute sa vie et la plus grande gloire de son pontificat. Son grand et tendre cœur avait le premier conçu la pensée de cette conquête. Son génie patient et conciliant, ardent et doux, prudent et résolu, lui révéla les conditions du succès. C'est à lui que la race, aujourd'hui la plus nombreuse et la plus puissante de toutes les races chrétiennes, doit d'avoir ouvert les yeux à la lumière de l'Évangile. Il fut le véritable apôtre, le conquérant, pour Dieu, de l'Angleterre, et, par elle, des immenses contrées qu'elle a soumises à ses lois, à sa langue, à sa religion. C'est donc avec raison que le premier des historiens anglais le revendique à ce titre. « Placé, » dit Bède, « au sommet du pontificat suprême pour toutes les nations déjà converties à la foi, pour la nôtre, asservie aux idoles et dont il a fait une Eglise chrétienne, il a été plus encore. Nous pouvons bien dire de Grégoire ce que saint Paul dit de lui-même aux Corinthiens, que s'il n'a pas été l'apôtre des autres, il a été le nôtre ; oui, c'est nous

qui sommes le signe de son apostolat devant le Seignem\.. nous, le peuple qu'il a su arracher à la dent de l'antique ennemi, pour nous initier à la liberté éternelle ^ . »

Ce qu'il faut admirer encore plus que son œuvre, c'est la nature des moyens qu'il employa pour l'accomplir et la perfection morale des dispositions qu'il y apporta; zèle, dévouement, sagesse, modération, amour des âmes et respect de leur liberté, pitié, générosité, vigilance, indomptable persévérance, divine douceur, intelligente patience, rien ne lui fait défaut ; on quitte l'histoire de son pontificat et surtout de son action sur l'Angleterre sans autre regret que celui de voir finir une si belle vie, et en le perdant de vue, on demeure incertain de savoir ce qu'on doit le plus admirer de son bon sens ou de son bon cœur, de son génie ou de sa vertu.

La figure de saint Augustin de Gantorbéry pâlit naturellement à côté de celle de saint Grégoire le Grand ; sa renommée est comme absorbée dans le foyer lumineux d'où rayonne la gloire du pontife. En outre, les historiens anglais et allemands de nos jours ' se sont complu à faire ressortir l'infériorité de celui que Grégoire avait choisi pour lieutenant et pour ami. Ils ont rabaissé à l'envi son caractère

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