Voir t. II, liv. IX, c. 7. — Bede, loc. cit
SOUS le nom du saint Sauveur dans votre cité de Gantorbéry, et auquel préside aujourd'hui notre très cher frère Laurent, vous puissiez établir une habitation de moines, vivant dans une régularité complète; et nous décrétons, par l'autorité apostolique, que les moines qui vous ont prêché la foi puissent s'associer cette nouvelle communauté monastique et lui enseigner à vivre saintement\ »
A travers l'obscurité de ce langage, il semble naturel de démêler l'introduction de nouveaux moines, probablement d'origine saxonne, dans la communauté italienne fondée par Augustin; il s'écoula cependant un siècle avant qu'on y pût élire un abbé né en Angleterre.
Gomme Augustin, l'archevêque Laurent ne se contentait pas de travailler avec les religieux ses confrères au salut des Saxons : sa sollicitude pastorale se préoccupait des moyens de ramener les anciens chrétiens des îles Britanniques à l'unité romaine, afin de travailler tous ensemble à la conversion des païens. Son expérience des conditions de la propagande chrétienne lui faisait amèrement déplorer l'attitude hostile des moines celtiques et l'âpreté de
1. GuillelmusMalmesblr., de Gestis Pontificum Anglorum, lib. I, p. 118, éd. Savile. — Je dois dire que l'aulheulicitéde cette lettre a été contestée par le savant Hefele, professeur de Tubingue, dans son excellente Histoire des Conciles, t. III, p. 61.
la polémique qui éclatait avec eux quand ils cherchaient ou consentaient à discuter. C'était le temps où l'illustre Colomban mêlait aux grands et admirables exemples qu'il donnait à la France, à la Bourgogne, à l'Helvétie, de si étranges incartades. Le bruit en était parvenu jusqu'à Laurent, qui ne put s'empêcher d'en parler dans une épître qu'il adressa aux évêques et aux abbés de toute la Scotie, c'està-dire de l'Irlande , le principal foyer de l'Église celtique. Ayant échoué comme Augustin dans une démarche directe qu'il avait faite avec ses deux suffragants auprès du clergé breton de la grande île, il avait voulu remonter à la source du mal, en écrivant à leurs frères de l'île voisine, pour se plaindre de leur intolérance à tous.
Sa lettre commence ainsi :
(( A nos très chers frères les seigneurs, évêques et abbés, dans toute l'Irlande; nous, Laurent, Mellitus et Juste, serviteurs des serviteurs de Dieu. Le Saint- Siège nous ayant dirigés, selon sa coutume, vers ces régions occidentales pour y prêcher la foi aux païens, nous sommes entrés dans cette île de Bretagne sans trop savoir ce que nous faisions. Croyant qu'ils suivaient tous l'usage de l'Eglise universelle, nous avions en grande vénération la sainteté des Bretons et des Scots. Lorsque nous connûmes les Bretons, nous pensâmes que les Scots étaient meilleurs. Mais
à cette heure , que l'évêque Dagau est venu de l'Irlande nous trouver en Bretagne, et que l'abbé Colomban s'est rendu dans les Gaules, nous savons que les Scots ne diffèrent en rien des Bretons; car l'évêque Dagan a, non seulement, refusé de partager notre nourriture, il n'a pas même voulu prendre la sienne dans le lieu qui nous servait de demeureV » Dagan était moine du grand monastère irlandais de Bangor : il était venu conférer avec la mission de Cantorbéry, et il avait sans doute été offensé de la fermeté des prélats romains à maintenir les conditions de l'unité liturgique. On n'a conservé aucune trace d'un rapprochement de sa part ou de celle d'aucun autre représentant des Eglises celtiques.
Les moines romains furent pendant quelque temps plus heureuxauprès des peuplades saxonnes, voisines ou vassales de la royauté d'Ethelbert . Larégion la plus orientale de File, celle qui, entre la Tamise et les embouchures ensablées de l'Ouse, forme une sorte de projection circulaire tournée vers la Scandinavie, était occupée au nord par la tribu des Est- Angles ou Anglais de l'Est. Leur roi Redwald, étant venu visiter le roi de Kent, s'était ftiit baptiser comme lui, et cette conversion faisait espérer celle d'une population bien plus nombreuse que celle du pays déjà conquis pour le Christ , puisqu'elle occupait les grands