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LES SUCCESSEURS D'AUGUSTIN

dans les pays de l'Occident antérieurement convertis à la foi.

En Italie , en Gaule , en Espagne , la propagation de rÉvangile et la disparition du paganisme sont enveloppées d'une obscurité telle, que l'on n'est pas encore fixé sur la date où vécurent les premiers apôtres de la plupart des diocèses. En Angleterre, au contraire, rien n'est vague ou incertain. Nous assistons, année par année et jour par jour, aux phases diverses de cet événement capital. Nous prenons en quelque sorte sur le fait cette opération de la conversion d'un grand pays, qu'il est si rare de pouvoir étudier dans ses détails. Nous pouvons en suivre toutes les péripéties avec la même certitude et la même précision que s'il s'agissait de nos missions contemporaines.

En outre, dans les grands pays et les illustres Eglises que l'on vient de nommer, le baptême du sang avait partout accompagné ou précédé la conversion des peuples. Comme les apôtres à Rome et en Orient , les missionnaires de TEvangile en Occident durent , pour la plupart , arroser de leur sang les premiers sillons qu'ils avaient eu l'honneur de creuser dans le champ du père de famille. Même depuis la cessation des grandes persécutions impériales, le martyre avait souvent couronné l'apostolat des premiers évêques ou de leurs auxiliaires.

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En Angleterre, rien de pareil : il n'y eut là, à partir du premier jour de la prédication de saint Augustin, et pendant toute la durée de l'Église anglo-saxonne, ni martyrs, ni persécuteurs. Mis en présence de la pure et resplendissante lumière du christianisme, et même avant de la reconnaître et de l'adorer, ces féroces Saxons, si impitoyables envers leurs ennemis, se montrèrent tout autrement humains et accessibles à la vérité que les citoyens éclairés et civilisés de la Rome des Césars. Pas une goutte de sang n'y fut versée pour la cause de la religion, ni même sous vm prétexte religieux; et ce prodige se manifeste à une époque où le sang coulait a torrents pour des motifs aussi fréquents que futiles, et dans cette île où devaient plus tard s'allumer tant de bûchers et se dresser tant d'échafauds pour y immoler les Anglais restés fidèles à la foi de Grégoire et d'Ausustin.

Un troisième caractère distinctif de la conversion de l'Angleterre est d'avoir été exclusivement l'œuvi^e des moines ; d'abord, des moines bénédictins euA^oy es de Rome ; puis, comme on le verra, des moines celtiques, qui parurent un moment devoir remplacer ou éclipser les moines italiens, mais qui bientôt se laissèrent absorber par l'influence bénédictine et dont la postérité spirituelle se confondit avec celle des missionnaires romains dans la commune obser-

vance de la règle du grand législateur des moines d'Occident.

On a souvent et longuement contesté la profession monastique de ces premiers missionnaires, ou, tout en l'admettant pour plusieurs , on a voulu nier que les religieux envoyés par saint Grégoire le Grand fussent, comme lui-même, de l'ordre bénédictin. Mais l'érudition sûre et souveraine de Mabilton a tranché cette question par des arguments irréfutables ' . Il est possible que quelques clercs ou prêtres

1. C'est dans la préface du premier siècle des Acta Sancforum Ordinls S. Benedicti, parag. 8, que Maliillon a doctement prouvé, contre Baronius et contre Marsham, l'un des éditeurs du Monasticon Ânglicanum, que Grégoire, Augustin et leurs disciples appartenaient à l'ordre de Saint-Benoit. Ses confrères de Saint-Maur, dans la vie de Grégoire, placée en tête de leur édition des œuvres du saint docteur, ont complété sa preuve (lib. m, c. 5, 6, 7). — Ces pages courtes et substantielles en disent plus que l'in-folio intitulé : Apostolatus Benedictinorum inAnglla , sive Disceptatio historica de antiquitate ordinis congregationisquc monachonim nigrorum in regno Anglix ,o^eràVi.V. CLEMENTisREYNEKi;Duaci, 1626. Ce recueil, confus et fastidieux, n'en est pas moins important pour l'histoire ultérieure des moines en Angleterre^ à cause des pièces nombreuses et curieuses qu'il renferme. L'une des i)lus curieuses est lavis sollicité et obtenu par lui des quatre plus célèbres érudits anglais et protestants de son temps, Cotton, Spelman, Selden et Cainbden, lesquels déclarent unanimement que toutes leurs recherches les ont conduits à reconnaître que saint Augustin, ses compagnons et ses successeurs étaient tous bénédictins. Le texte anglais se trouve dans Stevexs, Continuation of Dugdalc, 1. 1, p. 171. — De nosjours, un anglican moderne, Soaines, a prétendu que les bénédictins n'étaient arrivés qu'au dixième siècle, avec saint Dunstan. 11 a élé réfuté par les deux plus illustres archéologues de l'Angleterre moderne : le protestant Kemble et le catholique Lingard. Celui-ci s'est du reste trompé en supposant (A/ù^orv/a^cZ

séculiers se soient trouvés parmi les collaborateurs du premier archevêque de Cantorbéry, mais il demeure établi par l'autorité de Bede et de toutes les sources primitives qu'Augustin lui-même et ses successeurs , ainsi que tous les religieux de son église métropolitaine et de la grande abbaye de son nom, suivaient la règle de Saint-Benoit, comme le grand Pape dont ils tenaient leur mission. Grégoire, ainsi qu'on l'a vu, voulut profiter de la nouvelle organisation ecclésiastique de l'Angleterre , pour y introduire cette étroite alliance de la vie monastique et ecclésiastique qui réalisait à ses yeux l'idéal de l'Eglise apostolique. Pendant plus d'un siècle, cette identité fut universelle et absolue. Partout où les temples païens étaient transformés en églises, partout où les anciennes églises du temps des Romains et des Bretons renaissaient de leurs ruines, la vie commune prévalait chez les missionnaires chargés de les desservir. Le pays converti se couvrait ainsi peu à peu de monastères : les petits tinrent longtemps lieu de paroisses rurales ; les grands servaient de cathédrales, de chapitres, et de résidences aux

antiquities of the Anglo-Saccon Church, t. I, p. 152) qu'Augustin avait placé à la cathédrale de Cantorbéry des clercs et non des moines; il a méconnu la synonymie alors incontestable des mots clerici et monaclii, ([ui servirent depuis à exprimer deux idées tout à fait distinctes, mais qui ont été employés indifféremment depuis Grégoire de Tours jusqu'au vénérable Bede et même plus tard.

évêqucs, qui sorlaient tous de Tordre monastique.

Les trente-huit premiers archevêques de Gantorbéry furent tous moines; et les quatre premiers successeurs de saint Augustin furent pris parmi les religieux du monastère de Saint- André de Rome que le Pape saint Grégoire lui avait donnés pour collaborateurs (605-619 ). De son vivant, il avait désigné pour le remplacer sur le siège primatial son compagnon Laurent, et l'avait fait sacrer d'avance , croyant ainsi pourvoir avec une sollicitude paternelle à la frêle destinée de la naissante chrétienté des Anglais ' . Le nouvel archevêque fit honneur au choix dont il avait été honoré. Il se dévoua généreusement à la consolidation de l'Eglise qu'il avait vu fonder : il sut concilier les cœurs et accroître le nombre des fidèles par l'infatigable activité de sa prédication, non moins que par la sainteté des exemples de sa vie.

1. BiîDE, II, 4. — Le dernier historien des archevêques de Cantorbéry, le docteur anglican Hook, prétend que Laurent n'était pas moine, en se tondant sur le passage où Bede le qualifie de prêtre en le distinguant de son compagnon de voyage Pierre le moine : « Misit continuo Romam Laurentium presbyterum et Petrum monachum. « I, 27, 11 oublie que ce même Pierre est qualifié de prêtre quelques pages plus loin ; « Primus ejusdem monasterii abbas Petrus presbyter fuit. » I, 33. Le titre de prêtre n'avait rien d'incompatible avec la profession monastique. Ce point fut décidé au Concile de Rome en 610; seulement, alors pas plus qu'aujourd'hui, tous les moines n'étaient pas prêtres.

Il vécut pendant dix ans (606-616) dans une union intime avec le bon roi Ethelbert, et servit d'intermédiaire entre ce prince et le Saint-Siège. Le troisième successeur de Grégoire, Boniface IV, celui-là même qui consacra le Panthéon de Rome au culte de tous les martyrs, se montra animé pour le roi et pour les missionnaires monastiques du i^oyaume de Kent d'une bienveillance et d'une confiance dignes de son illustre prédécesseur. Mellitus, le nouvel évêque des Saxons de l'Est, avait été envoyé par Laurent à Rome pour consulter ce Pape sur diverses nécessités de l'Église d'Angleterre. Il y siégea au Concile de Rome (27 février 61 0) , où furent promulgués les canons qui confirmaient la règle de Saint-Benoît, et reconnaissaient aux moines le droit d'administrer les sacrements et d'être admis à tous les degrés du sacerdoce * . Mellitus rapporta en Angleterre les décrets du Concile, qu'il avait lui-même signés avec les autres évêques ; il apporta en outre des lettres très favorables du Pape à l'archevêque et au roi. « Glorieux roi, » écrivait-il à Ethelbert , « nous vous accordons très volontiers ce que vous avez demandé au siège apostolique par notre co-évêque Mellitus, savoir : que dans le monastère que votre saint docteur Augustin, disciple de Grégoire , d'heureuse mémoire , a consacré

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