DuGDALK, Monasticon Anglicanum, t. I, p
un site effrayant à force d'être inabordables au sein d'un vaste et profond marais, sur un îlot formé par un bras de la Tamise, et tellement recouvert de ronces et de broussailles, qu'on l'appelait Vlle-Rux-Épinos (Thorneij), Elle prit de sa situation à l'occident de Londres un nom nouveau et destiné à compter parmi les plus fameux de la terre, celui de Westminster ou Monastère de l'Ouest.
Si loin que doive se prolonger notre récit, il rencontrera toujours, entouré d'une splendeur et d'une célébrité croissantes, le sanctuaire national de l'Angleterre. Mais en ce moment nous n'avons qu'à enregistrer la légende qui a illuminé son humble berceau, légende que nous avons déjà rencontrée chez les Bretons à Glastonbury, que nous retrouverons chez d'autres peuples au berceau des grandes fondations monastiques, en France pour Saint-Denis, en Suisse pour Einsiedlen, et qui a exercé sur l'imagination du peuple anglais un empire tout autrement durable et puissant cjuela plupart des faits les mieux avérés. Jusqu'au seizième siècle, on s'est répété de génération en génération que, dans la nuit avant le jour fixé pour la consécration de la nouvelle Église, et pendant que l'évêque Mellitus, campé sous une
1. « In loco terribili. » Charte citée par Ridgway, The g cm of Thorneij Island, p. 4.
tente, se préparait à la cérémonie du lendemain, saint Pierre, le grand pêcbeur d'hommes, était apparu, sous la forme d'un voyageur inconnu, à un pauvre pêcheur dont la barque était amarrée sur la rive de la Tamise opposée à celle de FIle-aux-Épines. La mer était orageuse et le fleuve enflé par l'inondation. L'étranger obtint du pêcheur de le passer sur l'autre rive, et, à peine débarqué, se dirigea vers la nouvelle église. Dès qu'il en eut franchi le seuil, le pêcheur stupéfait vit l'édifice s'illuminer à l'intérieur; du haut en bas un concert de voix angéliques retentit au dedans et au dehors, avec une musique comme il n'en avait jamais entendu et des parfums comme il n'en avait jamais respiré. Après un long intervalle, tout se tut et tout disparut, excepté l'étranger, qui revint auprès du pêcheur et le chargea d'aller annoncer à l'évêque ce qu'il avait vu, et comme quoi celui que les chrétiens appelaient saint Pierre avait lui-même procédé à la consécration de l'éghse que son ami le roi Sebert lui avait élevée'. Ce roi Sebert se fit enterrer avec sa femme à Westminster, et, depuis lors, à travers maintes vicissitudes, la grande abbaye, de plus en plus chère à
1. Ric.CiRENCESTER, SpeculiUR Hlst. clc gestis reg.Angl.,11, 17. — Dugdale ne cite pas moins de quatre versions originales de ce miracle, extraitesdes anciennes chroniques anglaises. Cf. Bvronils, Annal., an. 6i0, c. 10, et Act. SS. Bollind., Januar. I, p. 246. — Hook donne une explication assez plausible de cette tradition.
rÉglisc, aux princes, aux grands, au peuple, fut la sépulture préférée des rois et de leur famille. Elle est encore aujourd'hui, comme chacun sait, le panthéon de l'Angleterre qui n'a rien trouvé de mieux pour consacrer la mémoire de ses héros, de ses orateurs, de ses poètes, de ses plus glorieux enfants, que de les ensevelir sous les voûtes du vieux sanctuaire monastique'. C'est auprès de ce sanctuaire que la royauté anglaise a longtemps séjourné ; c'est dans une de ses dépendances que la Chambre des communes a siégé pour la première fois- ; c'est sous son ombre qu'a toujours vécu et que vit encore le Parlement anglais, la plus ancienne, la plus puissante, la plus glorieuse assemblée du monde. Jamais monument n'a été plus identifié avec l'histoire d'un
I.Chathain, Pitt,Fox, Sheridan,Grallan, Canning, Peel, tous les grands orateurs et hommes d'État modernes, les poètes, les amiraux, les généraux morts sur le champ de bataille, y reposent à côté de saint Edouard, des rois et des preux du moyen âge. On se rappelle le mot de Nelson au moment d'engager la bataille d'Aboukir : Now for a peerageor Westminster Abbey. « Pair d'Angleterre si je survis, ou, si je suis tué, un tombeau à l'abbaye de Westminster.» — De nosjours, l'usage s'est introduit d'enterrer les grands chefs militaires à Saint-Paul; Nelson et Wellington reposent tous deux dans les caveaux de l'église qui porte le nom et occupe le site de la première fondation du compagnon d'Augustin.
2. C'est dans la belle salle capitulaire del'abbayede Westminster que cette Chambre tenait ses séances. Bien qu'on se plaignît du trouble que ses débats bruyants apportaient aux offices monastiques, elle y resta jusqu'à la Réforme ; alors on lui attribua la chapelle de Saint- Etienne dont elle occupe encore le site.
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peuple : chacune de ses pierres représente une page des annales de la patrie.
. Cantorbéry résume la vie religieuse de l'Angleterre ; Westminster a été le foyer de sa vie politique et sa véritable capitale. L'Angleterre doit Cantorbéry comme Westminster aux fils de saint Benoît. Cependant une ombre va se lever sur cetteaurore de la foi en Angleterre. La noble petite-fille de Clotilde, la douce et pieuse reine Berthe, était morte (613) ; elle avait précédé son mari dans la tombe, comme dans la foi ; elle avait été enterrée à côté du grand missionnaire romain qui lui avait donné la joie de voir le royaume de son mari et ce mari lui-même convertis au christianisme. Q^iand le premier successeur d'Augustin célébra la consécration solennelle de la grande église monastique qui devait servir de nécropole ou, comme on disait alors, délit de repos (Thalamus) aux rois chrétiens et aux primats, les ossements de la reine et du premier archevêque de Cantorbéry y furent transférés et placés, ceux delà reine devant l'autel consacré à saint Martin, au grand thaumaturge de la Gaule, sa patrie, et ceux du primat devant l'autel de son père et de son ami, saint Grégoire' . Trois ans après, Ethelbert, qui
1. GuiLi.ELM. Thorne, Clivon. s. Aucjust., p. 1765. — Thomas de Elmham, Hlst. monast. S. August., p. 132, éd. Ha rclwicke. — Stanley, Memorials of Canterbury, p. 26.
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s'était remarié, mourut à son tour et fut enteiTé dans régiise de Saint-Augustin à côté de Berthe (^4 février 616). Il avait régné cinquante-six ans, dont vingt comme chrétien : il fut, ditBede, le premier roi anglais qui monta au ciel, et l'Église l'a compté parmi les saints * .
Laurent restait seul survie ant, après vingt années écoulées, de tous ceux qui avaient pris part à la fameuse conférence de l'île de Thanet, où le roi saxon etla reine franque s'étaient trouvés en présence des missionnaires romains. Son compagnon Pierre, le premier abbé du monastère de Saint-Augustin, s'était noyé sur les côtes de France quelque temps auparavant, en remplissant une mission dont le roi Etlielbert l'avait chargé. Laurent eut donc à braver tout seul Forage qui éclata aussitôt après la mort d'Ethelbert. La conversion de ce roi n'avait point entraîné celle de tout son peuple, et celui de ses fds qui le remplaça sur le trône, Eadbald, n'avait point embrassé le christianisme avec son père. Le dérèglement de ses mœurs l'avait retenu dans l'idolâtrie. Devenu roi il voulut épouser la veuve de son père, celle qu'Ethelbert avait prise pour femme après la mort de Berthe. Ce genre d'inceste que saint Paul reprochait déjà aux premiers chrétiens de Gorinthe "