Bede, loc. cit
gié, mais ayant renvoyé les ambassadenrs chargés des riches cadeaux d'Ethelfrid, il lui déclara la guerre. Ethelfrid défait et tué, Edwin fut établi roi en Northumbrie (6 1 (3) , par son protecteur Redwald, devenu le chef de la fédération anglo-saxonne. Les fds d'Ethelfrid, bien que neveux par leur mère du nouveau roi, furent contraints de s'enfuir, comme Edwin lui-même dans sa jeunesse; ils allèrent se réfugier chez ces Scots Dalriadiens, dont Golumba avait été l'apôtre. On verra bientôt quelles furent pour la Northumbrie et pour toute l'Angleterre les suites de cet exil.
Gomme son beau-frère Ethelfrid, Edwin régna sur les deux royaumes réunis de Deïra et de Bernicie; puis, comme lui, il fit une guerre vigoureuse aux Bretons de Gambrie. Devenu ainsi le chef redouté des Angles du Nord, il se vit recherché et admiré par les iingies de l'Est, qui, à la mort de leur roi Redwald, lui offrirent la royauté. Mais Edwin aima mieux payer de retour la protection qu'il avait reçue de Redwald et de sa femme, en laissant à leur fils le royaume d'Est-Anglie. Il se réserva toutefois la suzeraineté militaire que Redwald avait exercée avec ce titre de Bretwalda, qui avait passé du roi de Kent au roi d'Est-Anglie, mais qui, à partir d'Edwin, ne devait plus être séparée de la royauté northumbrienne.
I EN rs'ORïHUMBRIE. 453
' On n'a point de renseignements précis sur l'origine ou sur la nature de Tautorité dont était investi le Bretvvalda; on voit seulement que cette autorité, d'abord exclusivement temporaire et militaire, s'exerça, surtout en matière ecclésiastique, après la conversion des divers royaumes de l'Heptarchie. On voit aussi qu'elle ajoutait à la dignité royale le prestige d'une suprématie réelle et d'autant plus recherchée, qu'elle était probablement conférée par l'élection, non seulement des autres rois, mais de tous les chefs de la haute noblesse saxonne ' .
La voilà donc accomplie, cette prédiction mystérieuse faite par le visiteur nocturne à Edwin ; le voilà roi, et plus puissant qu'aucun des rois anglais avant hii. Car la suzeraineté du Bretwalda, ajoutée à- la vaste étendue du pays qu'occupaient les Angles du Nord et de l'Est, assurait au roi de Northumbrie une tout autre prépondérance que celle des petits rois méridionaux qui avaient été revêtus avant lui de ce titre. Parvenu à cette élévation inespérée, et privé par la mort de sa première femme, fille du roi d'Est- Anglie, il en chercha une autre, et fit demander en mariage la sœur du roi de Kent, la fille d'Ethelbert et de Berthe, descendante de Hengistet
1. Les eaîdormen, ceux que Bede appelle primates trib imi. Yoici,
cl'Oclin par son père, et de sainte Clotilde par sa mère. Elle s'appelait Ethelbnrge, c'est-à-dire noble protectrice; car ce mot d'Etliel, qui revient si souvent dans les noms anglo-saxons, n'est, comme on Fa déjà vu, que le mot allemand, edel, noble. Son frère Eadbald, ramené à la foi chrétienne par l'archevêque Laurent, repoussa d'abord la demande du roi deNorthumbrie. Il répondit qu'il ne lui était pas permis de donner une vierge chrétienne à un païen, de peur de profaner la foi et les sacrements du vrai Dieu, en la faisant cohabiter avec un roi étranger à son culte. Loin d'être offensé de ce refus, Edwin promit que si on lui accordait la princesse, il ne ferait rien contre la foi qu'elle professait, et que tout au contraire elle pourrait pratiquer librement sa re-
d'après Bede, la succession des chefs de la fédération anglo-saxonne, jusqu'au moment où le titre de Bretwalda disparait :
Vers 560, Ella, roi de Sussex.
577, Ceavvlin, roi de Wessex.
596, Ethelbert, roi de Kent.
616, lledwald, roi d'Est- Anglie.
624, Edwin, 1
635, Oswald, / rois de Northumbrie.
645, Oswy, !
Lappenberg croit, avec toute apparence de raison, qu'après la mort d'Oswy, en 670, l'autorité du Bretwalda passa au roi de Mercie, AVull'here, dont Bede lui-même constate la suprématie sur le roi d'Essex, m, 30. — Mackintosh interprète le terme hret-walda par ceux de dompteur ou arbitre [wlelder) des Bretons^ mais ne donne aucune raison satisfaisante de celte étymologie.
ligion avec tous ceux qui raccompagneraient, hommes ou femmes, prêtres ou laïques. Il ajouta que lui-même ne refuserait pas d'embrasser la religion de sa femme, si, après l'avoir fait examiner par les sages de son conseil, il la reconnaissait pour plus sainte et plus digne de Dieu ' .
C'était à ces conditions que sa mère Berthe avait quitté son pays et sa famille mérovingienne pour franchir la mer et venir épouser le roi de Kent. La conversion de ce royaume avait été le prix de son sacrifice. Ethelburge, destinée comme sa mère, et plus encore qu'elle, à être l'initiatrice chrétienne de tout un peuple, suivit l'exemple maternel. Elle nous fournit une nouvelle preuve du grand rôle de la femme dans l'histoire des races germaniques, du noble et touchant empire que ces races lui attribuaient. En Angleterre comme en France, comme partout, c'est toujours par la ferveur et le dévouement de la femme chrétienne que sont entamées ou consommées les victoires derÉglise.
Mais la royale vierge ne fut livrée aux Northumbriens que sous la garde d'un évêquc, chargé de la préserver de toute pollution païenne, par ses exhortations et aussi par la célébration quotidienne des célestes mystères. Il fallut, selon Bede, que le roi