‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 238 sur 244 · Essex, Est-Ânglie, Northumbrie · texte numérisé non relu

Essex, Est-Ânglie, Northumbrie

Comment donc s'expliqncr leur échec et l'avortement successif de leurs laborieuses tentatives? Peut-être eurent-ils le tort de ne pas assez imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ et ses apôtres, de ne pas assez prêcher aux petits et aux pauvres, de ne pas assez braver la colère des grands et des puissants. Peut-être eurent-ils le tort de s'adresser trop exclusivement aux rois et aux chefs de guerre, de ne rien entreprendre, rien tenter sans le concours ou contre la volonté de la puissance séculière \ De là sans doute ces péripéties, ces réactions, ces rechutes subites et complètes dans l'idolâtrie qui éclataient à la mort de leurs premiers protecteurs ; de là encore ces accès de timidité, de découragement et de désespoir où on les voit tomber sous le coup des révolutions et des mécomptes de leur carrière. Peut-être enfin n'eurent-ils pas tout d'abord l'intelligence du caractère national des Anglo-Saxons et ne surent-ils pas gagner et maîtriser les âmes en conciliant leurs habitudes ou leurs idées itahennes avec la rudesse, l'indépendance, la virile énergie des populations de race germaine.

Toujours est-il qu'il fallait du sang nouveau pour infuser une vie nouvelle dans les germes épars ou incomplets de la chrétienté anglo-saxonne, pour continuer et achever l'œuvre des missionnaires monastiques du mont Cœlius. Ceux-ci auront toujours la

1, LiNGARD, Anglo-Saxon Church t. I, p. 40, 74.

gloire d'avoir les premiers abordé, défoncé, ensemencé ce sol fécond, mais rebelle; d'autres vont venir arroser de leurs sueurs les champs qu'ils ont préparés et récolter la moisson qu'ils ont semée. Mais les fils de saint Grégoire n'en demeureront pas moins devant Dieu et les hommes les premiers ouvriers de la conversion du peuple anglais. Ils ne déserteront pas d'ailleurs leur tache. Comme des navigateurs retranchés dans un fort construit à la hâte sur la plage qu'ils veulent conqué^^ir, ils se concentreront dans leurs premières et indestructibles fondations de Cantorbc'Tv, dans le monastère métropolitain de l'église du Christ et le monastère extra muros de Saint-Augustin ; ils y maintiendront le dépôt des traditions romaines et de la règle bénédictine en même temps que cette citadelle de Pautorité apostolique qui a été pendant des siècles le cœur et la tête de l'Angleterre catholique.

lONA.

(notes d'une visite faite en AOUT 18G2.)

(Voir pages 151 et 305.)

To each voyager

Some ragged child liolds up for sale a store

Of wave worn pebbles...

How sad a welcome!

Where once came monk and nun vith genlle stir

Blessings lo give, news ask, or suit prcfer...

Think, proud philosopher!

Fallen though she be, tliis Glory of the West, Still on her sons Ihe beams of mercy shine; And hopes, perhaps, more heavenly bright than thine, A grâce by tliee unsought, and unpossess'd, A faith more lixed, a rapture more divine. Shall gild their passage to eternal rest.

WOUDSWOUTII.

Le voyageur qui arrive à lona avec l'espoir d'y trouver d'imposantes ruines ou des sites pittoresques est singulièrement trompé dans son attente. Rien, comme on Ta dit dans le texte, de moins attrayant que cette île, du moins au premier abord. A la vue de cette surface plate et dénudée, on éprouve la sensation pénible que rend si

bien le mot intraduisible bleak, et l'on détourne involontairement les yeux de cette plage basse et sablonneuse pour les reporter sur les hautes montagnes des îles et des côtes voisines. A la longue, cependant, il se dégage de l'ensemble modeste et grave, calme et solitaire, d'un lieu si célèbre dans l'histoire des choses de l'âme, une impression douce et salutaire. On se sent un peu remonté et on se dirige, à travers le pauvre village qui est le seul lieu habité de l'île, vers les ruines dont on a lu tant de savantes et splendides descriptions. Ici encore nouveau mécompte. Ces ruines n'ont rien d'imposant, rien surtout, absolument rien qui rappelle saint Columba, si ce n'est deux ou trois inscriptions en langue irlandaise [eirsch ou erse), qui était celle dont il se servait. Mais elles n'en offrent pas moins un grand intérêt à l'archéologue catholique, puisqu'elles se rattachent toutes aux fondations claustrales ou ecclésiastiques qui ont succédé au monastère de Columba. En se dirigeant au nord, après être sorti du village, on arrive d'abord aux débris d'un couvent de chanoinesses, fondation postérieure au douzième siècle, mais qui avait survécu quelque peu à la Réforme; transformée en écurie, puis en carrière, l'église découverte subsiste encore et on y voit le tombeau de la dernière prieure, Anna Mac Donald; de la race des Lords ofthe isles, morte en 1543. De là on passe au célèbre cimetière, qui fut pendant tant de siècles le dernier asile des rois et des princes, des nobles et des prélats, des chefs de clans et de communautés de toutes les contrées voisines, et, comme le dit

un rapport fait en 1594, u des meilleures gens de toutes les îles, et par conséquent le lieu le plus saint et le plus honorable de l'Ecosse. » A cette époque, on y voyait encore trois grands mausolées avec ces inscriptions :

TUMULUS REGUM SCOTLE.

TUMULUS REGUM HIBERNLE.

TUMULUS REGUM NORWEGLE.

Il y avait même le tombeau d'un roi de France, dont on ne donne pas le nom, mais qui aurait abdiqué avant sa mort.

On ne montre plus que l'emplacement de ces mausolées. Une tradition plus ou moins authentique fixe à huit le nombre des rois ou princes norwégiens enterrés à lona; à quatre celui des rois d'Irlande, et à quarantehuit celui des rois écossais. Mais tous les historiens sont d'accord pour constater qu'Iona fut depuis les temps fabuleux de Fergus jusqu'à Macbeth, la sépulture ordinaire des rois et des seigneurs de race scotique, et même de quelques princes saxons, tels que Egfrid, roi des Northumbriens, mort en 685^ . Shakspeare, avec sa fidélité ordinaire aux traditions nationales, n'a pas manqué de faire transporter le corps de la victime de Macbeth à lona^.

La sépulture royale ne fut transférée à l'abbaye de

1. Ejus corpus in Hii insula Columbce sepultum. Simeon Dunelm, ap. TwYSDEN, Scriptor., p. 3.

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