Voir le passage cité p. 294, note
Diimfemline que par Malcolm Ganmore, le vainqueur et le successeur de Macbeth, et le mari de sainte Marguerite.
Aujourd'hui, ce cimetière contient huit ou neuf rangées de tombes plates très serrées les unes contre les autres. La plupart sont en pierre bleue et revêtues de figures sculptées en relief, d'inscriptions et d'armoiries. On y distingue sur plusieurs d'elles la galère qui servait d'enseigne héraldique aux Mac Donald, seigneurs des îles, la plus grande maison du nord de l'Ecosse. Parmi elles se voit la tombe de celui qui fut le contemporain du grand roi Robert Bruce et le héros du poème de Walter Scott, mort en 1387. On voit encore les tombes armoriées des Mac Dougall, seigneurs de Lorn, des Mac Leod, des Mac Kinnon, des Mac Quarie, et surtout des Mac Lean, c'està-dire de tous les chefs de clans des régions voisines, puis plusieurs tombes d'évéques, de prieurs et d'autres ecclésiastiques du quinzième et du seizième siècle.
Au centre du cimetière s'élève une chapelle ruinée, dite de Saint-Oran, d'après le nom du premier des moines irlandais qui mourut après leur débarquement dans l'île. Elle est longue d'une trentaine de pieds sur quinze de large, avec un assez beau portail occidental à plein cintre. C'est le monument le plus intéressant et peut-être le plus ancien de l'île; car il passe pour avoir été construit par la sainte reine Marguerite, femme de Malcolm Canmore (f 1093), mère du roi saint David, l'une des plus touchantes figures de l'histoire d'Ecosse et de la chrétienté, régénératrice de la foi et de la piété
en Ecosse, et animée d'une grande dévotion envers saint Columba par l'intervention duquel elle avait obtenu son unique enfant après une longue stérilité'.
Avant d'arriver au cimetière et en le quittant on rencontre deux grandes croix de pierre, d'un seul bloc et de douze à quatorze pieds de haut : l'une dite des Mac Lean, et l'autre de saint Martin, les seules qui restent des trois cent soixante qu'on dit avoir autrefois existé dans Tîle, Toutes deux, plantées dans un piédestal de granit rouge, sont d'une forme élancée, recouvertes d'ornements sculptés, d'un style à la fois gracieux et bizarre, que la mousse dispute aux regards. L'une d'elles, celle des Mac Lean, passe pour avoir été celle dont parle Adamnan, dans la Vie de Columba. On se demande comment, avec les moyens en usage à une époque si reculée, l'on a pu équarrir, sculpter, transporter et dresser des blocs de granit d'une telle dimension^.
On arrive enfin à l'église cathédrale ou plutôt abbatiale, vaste édifice oblong, en granit rouge et gris, de cent soixante-dix pieds de longueur sur soixante-dix de large dans le transsept, ruiné et sans toit comme tous les autres, mais ayant conservé tous ses murs et plusieurs grosses colonnes cylindriques rudement imagées, avec les tombes d'un abbé du clan des Mac Kinnon en 1500, et de divers chefs des Mac Lean. Sur la croisée du trans-
i. FonDUN, Scoti-c/ironicon, v. 37. Reeve's Adamnan, p. xxx et cdx.
2. Ces croix sont reproduites avec une grande exactitude dans le tome n du grand et bel ouvrage de M. Stuart, que nous avons déjà signalé, à nos lecteurs, Sculptured Stones of ScoUand.
sept s'élève une tour cariée qui se voit d'assez loin en mer et qui est éclairée par des fenêtres pourvues de clôtures en pierres, ajourées ou découpées en losanges et en cercles au lieu de vitraux, comme il s'en trouve encore à Villers, en Brabant, et à Saint-Yinoent et Anastase, près de Rome'. Le chevet du chœur est carré, et ne doit pas remonter au delà du quatorzième siècle; mais d'autres parties de l'église sont du douzième et du treizième^ Elle offre, comme la belle église abbatiale de Kelso, dans l'Ecosse méridionale, cette particularité curieuse que le chœur est deux fois plus long que la nef.
I/aspect sombre et triste de toutes ces ruines provient en partie de l'absence de toute verdure et de ce lierre qui, surtout dans les îles Britaniques, forme l'attrayante parure des débris du passé.
Cette église devint, au quatorzième siècle, la cathédrale de l'évêché des îles. Cet évêché était celui dont le titulaire résida plus tard à Man, l'une des Sudetr-i/s, c'est-à-dire des îles situées au sud du promontoire d'Ardnamurchan, et distinctes des Nordemeys, au nord de ce cap, division qui date du temps des Norw égiens. De là le titre à'Episcopus Sodorensis, et en anglais Sodor et Man. lona devint la cathédrale de l'évêché pour les îles restées écossaises, après la réunion de Man à l'Angleterre par Edouard I".
Après la réforme et la suppression de tous les évêchés
i. Voir sur ces fenestrages en pierre les curieux travaux de M. Albert Lcnoir, dans son Architecture monastique, V partie, p. 433 et 301, et de M. Éd. Didron, Annales archéologiques, t. XXII, p. 45 et 201.
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et monastères, décrétée en i^Qi par \r Convention des États, le synode calviniste d'Argyle livra tous les édifices sacrés d'ïona à une horde de pillards qui les réduisirent à l'état oii on les voit encore. Pendant tout le huitième siècle, les ruines et le cimetière étaient abandonnés à la vaine pâture, la cathédrale servait d'étable; et ainsi se trouvait accomplie une prophétie en vers irlandais attribuée à saint Golumba, d'après laquelle un temps devait venir où les chants des moines seraient remplacés par les mugissements des bœufs. Alors disparurent les trois cent soixante croix qui couvraient le sol de l'île sainte, et dont la plupart furent jetées à la mer. Quelques-unes furent transportées à Mull et dans les îles voisines, et l'on en montre une à Gampbelton, qui est un monolithe de granit bleu revêtu de sculptures. Dans cette mêm.e île de Mull, on remarque une ligne de colonnes isolées se dirigeant vers le point où Ton s'embarquait pour lona, et destinée, selon la tradition locale, à guider les pèlerins d'autrefois vers l'île sacrée. (Note du Révérend Th . Maclauchlan , à la Société des Antiquaires d'Ecosse, en février 18G3.)
Depuis 1693 l'île appartient aux ducs d'Argyle, chefs du grand clan des Gampbells, qui font veiller à la garde des ruines. Elle leur rapporte un revenu annuel d'environ 300 livres sterling (7,500 fr.). Elle renferme une population de 350 habitants, tous presbytériens. Cette population si restreinte, qui ne vit que du produit de la pêche et de quelques maigres champs fumés avec du varech, où croissent des pommes de terre,
de l'orge et du seigle, mais où l'avoine même ne réussit pas, offre cependant le curieux spectacle qui se retrouve jusque dans les moindres villages de l'Ecosse ; elle a deux églises et forme deux congrégations : l'une dépendante du culte officiel ou établi, dont les ministres sont désignés par les patrons laïques et vivent des anciens biens d'église; et l'autre ralliée à la Free Kirk, c'est-àdire au culte dont les ministres sont élus et entretenus par des offrandes volontaires.
On peut consulter sur cette île célèbre d'abord le rapport de l'archidiacre Munro en 1594, puis le voyage de Johnson aux Hébrides : Pennant's, Tour in the Hébrides; "^.X). Graham, Antiquities of lona, London, 1850, in-4'- avec planches; puis une bonne notice dans le Gentleman' s Magazine, de novembre 1861 ; et enfin un volume très complet, avec beaucoup de planches, publié depuis la première édition de notre livre, et intitulé : The Cathedral of lona, by Messrs. BucKLERS, architects, ivith some account of the Early Cellic Church and the mission of saint Columba, par le docteur Ewixg, évêque anglican d'Argyll et des Iles. Londres, 1866.
Nous ne saurions quitter lona sans ajouter un mot sur Pile voisine de Staffa, qui renferme la fameuse grotte de Fingall. Cette grotte, selon une légende recueillie par des voyageurs allemands, aurait été habitée et même creusée dans le roc par saint Columba. Elle n'a été réellement connue et signalée au monde que par la visite de sir Joseph Banks, en août 1772. On n'en voit
aucune mention antérieure, pas même dans le premier voyage du grand Johnson aux Hébrides, quoiqu'elle soit en vue d'Jona, qui ferme l'horizon au midi quand on est dans la grotte, ce qui a inspiré à Walter Scott ces beaux vers :
Where as to shame Ihe temples deck'd
By skill of earthly architect,
Nature herself, it seems, would raise
A Minsier to her maker's praise...
Nor doth its enlrance front in vain,
To old lona's holy fane,
Tliat nature's voice might seem to say,
« Well hast thou done, frail ctiild of clay!
Thy humble powers that stately shrine,
Task'd high and hard — but witness mine! »
Les Anglais et tous les voyageurs en général professant un grand enthousiasme pour cette grotte qui, comme chacun sait, forme une immense voûte où pénètre la mer, et qui repose sur des rangées de colonnes polygonales et symétriques en basalte, disposées comme les cellules d'une ruche. Sir Robert Peel, dans un discours de 1837, a comparé les pulsations des flots de l'Atlantique, qui se précipitent dans ce sanctuaire, aux sons majesteux de l'orgue, mais, ajoute-t-il, l'harmonie solennelle de ces vagues chante les louanges du Seigneur sur une note bien autrement sublime que tous les sons des instruments humains. Ce bruit est en effet ce qu'il y a de plus grandiose dans ce site célèbre. Le reste est une merveille de la nature fort
inférieure, ce nous semble, aux merveilles de l'art, et surtout de l'art chrétien. La grotte de Fingall n'a que soixante-six pieds de haut sur quarante-deux de large et deux cent vingt-sept de long. Qu'est-ce que cela auprès de nos grandes cathédrales et de certaines église^ monastiques telles que Gluny ou Vezelay?