‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 3 sur 244 · I. Ibid., XII · texte numérisé non relu

I. Ibid., XII

et politique. Il en est de même pom^ tout le reste. Pas plus clans les institutions que dans les monuments de la Bretagne , Rome impériale n'a laissé aucune trace de sa hideuse domination. La langue et les mœurs lui ont échappé comme les lois. Tout ce qui n'est pas celtique y est teutonique. Il était réservé à Rome catholique, à la Rome des papes, d'imprimer une ineffaçable empreinte sur cette île célèbre et d'y revendiquer, pour Fimmortelle majesté de rÉvangile , l'influence sociale qui partout ailleurs lui a été disputée ou dérobée par l'héritage fatal de la Rome des Césars.

Aussi, après avoir été la dernière, parmi les nations de rOccident , à subir le joug romain , fut-elle la première à s'en défaire ; la première qui sut abjurer l'autorité impériale et apprendre au monde comment on pouvait se passer d'empereur. Lorsque l'impuissance de l'Empire en face des incursions barbares eut éclaté en Bretagne comme ailleurs, les Bretons ne s'abandonnèrent pas eux-mêmes. Les petites souverainetés nationales, les clans aristocratiquement organisés , dont les divisions avaient fait triompher l'invasion romaine , reparurent sous des chefs indigènes. Une sorte de fédération se constitua et ses chefs signifièrent à l'empereur Honorius, par une ambassade reçue à Ravenne en 410, que désormais la Bretagne comptait se défendre et se gou-

verner par elle-même ^ . Un grand écrivain l'a déjà remarqué : de tous les peuples soumis à l'empire romain, les Bretons sont les seuls dont la lutte contre les barbares ait une histoire, et l'histoire de cette résistance a duré deux siècles. A la même époque, dans la même situation, les Italiens, les Gaulois, les Espagnols, n'ont rien de pareil". Ils se laissèrent tous écraser et abîmer sans résistance.

Toutefois, la Bretagne elle-même n'avait pas subi impunément trois siècles et demi de servitude impériale. Connue dans la Gaule, comme dans tous les pays soumis à l'Empire romain, la dépendance et la corruption avaient à la longue énervé, amolli et ruiné ces vaillantes populations. Les fils de ceux que César n'avait pu conquérir, et qui avaient si héroïquement lutté sous Claude et Néron, se crurent bientôt hors d'état de tenir tête aux barbares, amissa virtute pariter ac libertate. Ils réclamèrent en vain l'intervention des légions romaines : celles-ci revinrent dans l'île à deux reprises différentes (41 8-424) , mais sans réussir à la délivrer ou à la protéger. Du reste,

1. Romanum noinen tenens, legeni abjiciens. Gildas, de Excidio Britanniœ. Zozdie, Hist. novx, lib. vi, p. 376, 381. Cf. Lingard, History of England, c. 1. Amédée Thierry, Arles et le Tyran Constantin, p. 309.

2. GuizoT, Essai sur l'histoire de France, p. 2. — Seuls, en Gaule, les Arvernes, les compatriotes de Vercingétorix, eurent un beau moment, lorsque Ecdicius força les Goths de lever le siège de Clermont, en 471 ; mais ce ne fut qu'un éclair dans la nuit.

les barbares qui venaient ébranler et renverser la domination des Césars en Bretagne n'étaient pas des étrangers , comme le furent les Goths en Italie et les Francs en Gaule. On ne peut voir autre chose que les peuplades non soumises de la Bretagne elle-même dans ces Calédoniens qui , sous Galgacus , avaient résisté victorieusement à Agricola , et qui , sous les noms nouveaux de Scots et de Pietés, faisant brèche à travers les fameux remparts élevés contre eux par Antonin et par Sévère , et renouvelant tous les ans leurs dévastations sanguinaires, arrachèrent à la Bretagne, éperdue et désolée par un demi-siècle de ravages (M6) , ce cri de détresse que tout le monde connaît : « Les barbares nous repoussent jusqu'à la mer, la mer nous rejette vers les barbares. Nous n'avons plus que le choix d'être égorgés ou noyés. » Tout le monde sait aussi comment les Bretons acceptèrent imprudemment contre les Pietés le secours de la race belliqueuse et maritime des Anglo- Saxons (449), et comment, non moins cruels et non moins redoutables que les Pietés , ces auxiliaires , devenus les conquérants du pays, y fondèrent une domination ou pour mieux dire une nationalité nouvelle, qui a persisté victorieusement à travers toutes les conquêtes et toutes les révolutions subséquentes. Ces guerriers issus de la grande famille germanique, comme Tétaient, selon quelques érudits, les Bretons

eux-mêmes, se rapprochaient de ceux-ci parleurs institutions et leurs mœurs; ce qui n'empêcha pas les indigènes de leur opposer, pendant près de deux siècles, une résistance héroïque, bien qu'à la longue infructueuse ' . Entièrement étrangers à la civilisation romaine, les Anglo-Saxons n'eurent garde de conserver ou de rétablir les vestiges du régime impérial. Mais en détruisant la jeune indépendance des Bretons, en refoulant dans les régions montueuses de rOuest les populations que n'atteignaient pas les longs couteaux dont ils tiraient leur nom - , ces païens renversèrent et anéantirent pour un temps, sur le sol ensanglanté de la Grande-Bretagne , un édifice autrement auguste que l'Empire romain et autrement solide que la nationalité celtique , l'édifice de la religion chrétienne.

On sait avec certitude que le christianisme fut implanté en Bretagne dès le second siècle de l'ère chrétienne; mais on ne sait rien de positif sur l'origine ou l'organisation de cette église primitive. Toutefois, au dire de TertuUien, elle avait pénétré en Calédonie, au delà des limites delà province romaine ^ Elle fournit à la persécution de Dioctétien

1. Elle n'a été nulle part aussi bien racontée que par M. Arthur de la Borderie, dans Idi Revue bretonne de 1864. . 2. Sax, couteau, épée, envieux allemand,

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