‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 33 sur 244 · La Villemauqué, p · texte numérisé non relu

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lui avaient été faites par son père' , et son grandpère maternel.

Cadoc avait en le bonlieur de contribuer à la conversion de son père avant d'en hériter. Au fond de son cloître, il géniissait sur les rapines et les péchés du vieux pillard dont il tenait la vie et ses domaines monastiques. Il lui envoya donc trois de ses religieux qui, après s'être entendus avec les anciens et les seigneurs du pays, se mirent à prêcher la pénitence au père de leur abbé. Sa mère, cette belle Gladusa , naguère enlevée par le roi Guen-Liou , fut la première touchée : a croyons, » dit-elle, ce croyons à notre fils, et qu'il devienne notre père dans le ciel. » Elle entraîna bientôt son mari. Ils appelèrent leur fils pour lui faire une confession publique de leurs péchés; après quoi le roi dit : « Que toute ma race obéisse à Cadoc avec une vraie piété, et qu'après leur mort les rois, les comtes et tous les chefs et tous les serviteurs des rois se fasse enterrer dans son cimetière". » Puis le père et le fds chantèrent ensemble le psaume : Exaudiat le Dominus in die tribulationis. Gela fait, le roi et la reine se retirèrent dans la solitude et

1. Les limites en sont très exactement indiquées par son biographe. Rees, p. 38, 45 et 336.

2. Llancarvan devint en effet la nécropole des rois et de la noblesse galloise, tant que dura l'indépendance du pays. Mais chose singulière, le roi Guen-Liou, devenu anachorète, n'y fut pas lui-même enterré.

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s'établirent d'abord à une petite distance l'un de l'autre, dans deux cabanes situées au bord d'une rivière. Ils y vécurent du travail de leurs mains, sans autre nourriture que du pain d'orge, oii la cendre entrait pour un peu, et du cresson, dont l'amertume leur semblait douce comme un avantgoût du ciel. Une de leurs principales austérités, que nous retrouverons chez divers saints celtiques et anglo-saxons, consistait à se baigner, l'hiver comme l'été, dans l'eau froide, au milieu de la nuit, et d'en passer le reste en prière. Cadoc allait souvent les voir et les exhorter à la persévérance ; il finit même par les engager à renoncer à la douceur de la vie à deux. Sa mère fut encore la première à lui obéir. Elle chercha une solitude plus profonde où elle disparut. Gues-Liou l'imita. Il mourut bientôt après entre les bras de son fils, à qui il léguait tout son pays ^ . On voudrait croire que la même consolation fut accordée à cette mère si généreuse, mais la légende est muette sur sa mort.

Ces donations patrimoniales constituaient à Cadoc une richesse territoriale et une puissance matérielle dont il usait pour faire régner autom' de son monastère la sécurité et la prospérité qui manquaient

t. Vita S. Cadoci, c. 24 el 50. — Vita S. Gundleii, c. 6, 7, 8, ap. Rees.

partout ailleurs. « Pour reconnaître le domaine de Gadoc, disait-on, il n'y a qu'à voir où les bestiaux paissent en toute liberté, où les hommes n'ont peur de rien et où tout respire la paix^ .

Elles lui permettaient surtout d'accomplir avec énergie et succès la noble mission qui constitue la partie la plus intéressante de sa vie, celle où il apparaît comme le protecteur de ses clients et de ses voisins, le gardien du bien des pauvres, de l'honneur des fdles, de la faiblesse des petits et de tout le menu peuple cambrien contre l'oppression, le pillage, les violences et les extorsions des princes et des puissants. C'est là que se déploie le mieux son caractère personnel, si courageux et si compatissant, puis ce rôle mi-parti de solitaire austère et de chef quasi-féodal, qui caractérise un si grand nombre de supérieurs monastiques au moyen âge.

On nous dit expressément qu'il était à la fois abbé et prince. « Ètes-vous fous? » disait le régisseur d'un de ses domaines à des écuyers d'un prince cambrien qui voulaient lui prendre de force le laitde ses vaches; « ignorez- vous donc que notre (( maître est un homme de grand honneur et do (( grande dignité ; qu'il a une famille de trois cents (( hommes, tous nourris par lui, cent prêtres, cent « cavaliers et cent ouvriers, sans compter les

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