‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 37 sur 244 · Ad proprias sui cari ruris sedes Llandcarvan, Vita, c · texte numérisé non relu

Ad proprias sui cari ruris sedes Llandcarvan, Vita, c

2. C'est ainsi qu'on paraît d'accord pour interpréter le mot Beneventum, du texte latin, qui a donné lieu à de si étranges suppositions sur l'épiscopat deCadoc à Bénévent, enUalie. Ce texte la tin ne dit pas expressément que les meurtriers de Cadoc fussent Saxons, mais telle est la tradition constante. M. de la Villemarqué l'affirme d'après le cartulaire de Quimperlé, qui est chez lord Beaumont, à Castleton (Yorkshire), et d'après l'inscription d'un tableau de la chapelle de Saint-Cadoc, près Enlel, en Bretagne.

frappa au cœur. Cadoc tomba à genoux, et son dernier vœu, sa dernière pensée furent encore pour ses chers compatriotes. « Seigneur, » dit-il en mourant, « roi invisible, sauveur Jésus, accorde-moi une grâce, protège les chrétiens de mon pays ^ ; que leurs arbres portent toujours des fruits, que leurs champs donnent toujours du blé ; comble-les de biens en tout geiu'e; et surtout fais-leur miséricorde, afm qu'après t'a voir honoré sur la terre ils te glorifient dans le ciel ! »

Les Bretons de Cambrie et les Bretons d'Armorique se sont longtemps disputé la gloire et le privilège de lui rendre des honneurs à la fois religieux et nationaux. Ceux-ci lui sont demeurés les plus fidèles, et, huit siècles après sa mort, le grand moine, le grand patriote celtique, fut invoqué comme leur patron spécial, par les chevaliers bretons , dans ce fameux combat des Trente oii Beaumanoir but son sang. En y allant, ils entrèrent dans une chapelle dédiée à saint Cadoc, pour réclamer son assistance ; en revenant victorieux, ils chantaient une chanson bretonne qui se termine ainsi :

(( Il n'est pas l'ami des Bretons, celui qui ne pousse pas des cris de joie en voyant revenir nos guerriers, des fleurs de genêt à leurs casques ;

(( Il n'est l'ami ni des Bretons, ni des saints de

1, La Villemarqué, p. 215.

MOINES d'oCC. III. 5

Bretagne, celui qui ne bénit pas saint Cadoc, patron

des guerriers du pays.

« Celui qui n'a point applaudi, et admiré, et béni, et chanté : Au paradis comme sur terre, saint Cadoc n'a point de pareil ' . »

Celte longue popularité d'un saint breton de la Cambrie, sur les deux rives de la mer qui baigne les pays celtiques, est encore éclipsée par celle d'une jeune fille dont le peuple gallois de nos jours ignore rhistoire et ne pratique plus la foi, mais dont il garde la mémoii^e avec une superstitieuse fidélité. C'est Winifi'ède, la jeune et belle fille d'un seigneur du pays. Trouvée seule dans la maison de son père ]3ar un certain roi Caradoc - , et voulant repousser sa brutalité, elle se sauva jusqu'à l'église où priaientses parents et y fut poursuivie par le roi, qui lui tranclia la tête sur le seuil même de l'église. Du point même où la tête de cette martjTe de la pudeur avait fi^appé le sol jaillit une fontaine abondante, qui est encore aujourd'hui fréquentée et même vénérée par les populations que se disputent vingt sectes diverses, mais rapprochées par une haine commune pour la

1. Le texte breton de cette chanson a été publié par M. de la Villemarqué. — Il faut lire dans sa Légende celtique lelouchant récit de sa visite aux ruines de Llancarvan et de la dévotion qui attire encore une grande allluence de pèlerins dans l'île du Morbihan où le saint a habité.

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