Bede, I
AVANT LA CONVERSIOiN DES SAXONS. 19
retrouve l'ardeur iutrépide de son premier métier pour défendre le peuple qu'il venait évangéliser. A la tête de ses prosélytes désarmés, il marche contre une horde de Saxons et de Pietés, déjà ligués contre les Bretons, et les met en fuite en faisant répéter trois fois par toute sa troupe le cri à' Alléluia, répercuté par les montagnes voisines. C'est la joiunée connue sous le nom de Victoire de V Alléluia. Heureux s'il avait pu préserver à jamais les vainqueurs du fer des barbares, connne il réussit à les guérir du poison de l'hérésie, car après lui le pélagianisme ne reparut en Bretagne que pour j*ecevoir un dernier coup au synode de 519. Grâce aux disciples qu'il forma et qui devinrent les fondateurs des principaux monastères de la Gambrie , c'est à notre grand saint gaulois que remontent les premières splendeurs de la vie cénobitique en Bretagne.
Le célèbre évèque d'Auxerre et ses confrères ne furent pas les seuls pontifes que l'Église romaine commit à la garde et à la propagation de la foi en Bretagne. Vers la fin du quatrième siècle, au plus fort des invasions calédoniennes, le fils d'un chef breton, Ninias, ou Ninian, avait été à Rome se tremper dans les sources de l'orthodoxie et de la discipline, et après y avoir vécu, prié et étudié pendant vingtquatre années à l'école des Jérôme et des Da-
mase (370-394), il y avait reçu du pape Siricius le caractère épiscopar. Revenu en Bretagne, il eut l'audacieuse pensée d'opposer aux flots toujours plus rapprochés et toujours plus terribles des barbares du Nord la seule digue qui pût les arrêter et la seule force qui pût les dompter en les transformant. Il entreprit de les convertir à la foi chrétienne. Il avait d'abord établi le centre de son diocèse dans un canton reculé de cette région intermédiaire, située entre les deux isthmes qui coupent la Grande-Bretagne en trois portions inégales. Cette région , sans cesse disputée par les Pietés aux Bretons et aux Romains, n'avait été réduite en province sous le nom de Valentia que du temps de l'empereur Yalentinien et comprenait tous les pays entre le mur d'Antonin au nord et le mur de Sévère au midi. L'extrémité occidentale de cette province, et la plus voisine de l'Irlande, portait dès lors le nom de Galwidia ou Galloway- ; elle forme une sorte de presqu'île, découpée par la mer en plusieurs vastes et larges promontoires. Ce fut au bord d'un de ces golfes, sur un cap d'où l'on distingue les côtes lointaines du Cumberland et l'île de Man, que