‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 67 sur 244 · Mare, quo latus ingens · texte numérisé non relu

Mare, quo latus ingens

Dant scopuli, et multa litus se valle receptat.

Peiise, sat. Vf.

Ces vers de Perse, sur la Rivière de Gênes, peignent mieux encore les côtes occidentales de l'Ecosse.

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dans le centre des terres, comme pour se confondre avec les lacs allongés et contournés que dominent les highlands de l'intérieur. D'innombrables péninsules terminées par des caps effdés ou par des cimes toujours couronnées de nuages '^ des isthmes rétrécis au point de laisser voir la mer des d'eux côtés à la fois; des pertuis si resserrés entre deux murailles de rochers que le regard hésite à s'y engager ; d'énormes falaises de basalte ou de granit , aux flancs troués de crevasses ; des cavernes , comme à StafFa , grandes et hautes comme des églises , flanquées dans toute leur longueur de colonnes prismatiques, et où se précipitent en hurlant les flots de l'Océan ; puis cà et là , en guise de contraste avec la farouche majesté de cet ensemble, tantôt dans une île , tantôt sur la rive continentale, une plage sablonneuse, un plateau recouvert d'herbe drue, menue et salée; un havre assez bien clos pour abriter quelques frêles embarcations ; partout enfin une combinaison singulièrement variée de la terre et de la mer, mais où la mer l'emporte, domine tout et pénètre partout comme pour mieux affirmer son empire, et, selon le dire de Tacite, inseri velut in siio.

Tel est aujourd'hui, tel devait être alors, sauf les forêts qui ont disparu, l'aspect des parages où Golumba allait continuer et achever sa vie. C'était par là

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qu'il allait aborder le Pays des forêts, cette Galédonie^ indomptée où les Romains avaient dû renoncer à s'établir, où le christianisme n'avait encore paru que pour s'évanouir presque aussitôt, et qui sembla longtemps au reste de l'Europe presque en dehors du monde. A lui revient l'honneur d'avoir introduit la civilisation dans cette contrée pierreuse, stérile et glacée, où nos pères plaçaient le séjour de la Faim et du prince des démons, en Escosse la Sauvage^. En naviguant dans ces lointains parages, comment ne pas évoquer la sainte mémoire et la gloire oubliée de ce grand missionnaire? C'est à lui que remonte cet esprit religieux de l'Ecosse qui , tout dévoyé qu'il soit par la Réforme, et en dépit de son étroit rigorisme, subsiste encore si puissant, si populaire, si fécond et si libre ^ A demi voilé par un

1. En breton Calyddon, le Pays des forêts, selon Augustin Thierry, mais selon Camden ce nom viendrait de kaled, qui signifie dur, sauvage.

2. Voir les textes de Jean de Meung, Froissart et autres, recueillis par M. Francisque Michel, dans son bel et savant ouvrage : les Écossais en France et les Français en Ecosse , imprimé par Gounouilhou, à Bordeaux, en 1862, p. 3 à 5. On connaît les paroles de saint Louis malade à son fils : « Je le prie de te faire ai mer du peuple de ton royaume, car si tu devais le mal gouverner, j'aimerais mieux qu'un Écossais vint d'Ecosse et régnât à ta place. » Joinville , p. 4.

3. Qu'on se rappelle le merveilleux épanouissement de la Free- Kirk ou Église libre, née en 1843 d'une dispute locale sur le patronat laïque des paroisses et qui a enfanté dans chaque village de l'Ecosse une nouvelle communauté et une nouvelle église, soutenues par des contributions volontaires en face de l'Église officielle, laquelle

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