Publiées par Reeves, Appendice, p
3. Apud Reeves, p. 285 à 287. — Le texte original de ce poème est en irlandais très ancien.
A lONA. loo
quelque voyageur comme un message de l'exilé d'Iona à sa patrie. Il y vante toujours les délices de la navigation autour des côtes de l'Irlande, la beauté de ses plages, de ses falaises. Mais il gémit surtout de son exil. « Quel délice de courir sur la mer aux vagues blanches et de voir ses vagues se briser' sur les grèves d'Irlande ! Quel délice de ramer dans sa petite barque et d'aborder au milieu de la blanche écume sur les- grèves d'Irlande! Ah! que ma barque volerait vite, si sa proue était tournée vers ma chênaie, en Irlande ! Mais la noble mer ne doit plus me transporter que vers l'Albanie *, le pays des corbeaux. Mon pied est bien dans ma petite barque, mais mon cœur triste saigne toujours... Il y a un œil gris qui se tourne sans cesse vers Erin : cet œil ne reverra plus en cette vie ni les hommes d'Érin, ni les femmes". Du haut de ma barque, je promène mon regard sur la mer, et il y a une
1. Alba, Albcmia, cest le nom appliqué en général par les écrivains irlandais à cette partie de la Grande-Bretagne qui est devenue l'Ecosse actuelle; il est évidemment le même qa' Albion, et il a pris plus lard la forme d'Albany, qui a toujours été usité dans la langue héraldique des deux royaumes, comme un titre porté par les princes de la maison royale. Tout le monde sait que la veuve du prétendant Charles-Edouard, remariée à Alfieri, s'appelait comtesse d Albany.
2. Ce passage semble être une allusion au vœu qu'on lui attribue, au moment de son départ, de ne voir ni hommes ni femmes de son pays, vœu qu'il éluda lors de son voyage à l'assemblée nationale de Drum-Ceitt, en se couvrant les yeux d'un bandeau et en abaissant sa coule sur le bandeau. Reeves, Ioc. cit.
io6 COLUMBA
grosse larme dans mon œil gris et doux quand je me retourne vers Erin, vers Érin où les chants des oiseaux sont si mélodieux, et où les clercs chantent comme les oiseaux; où les jeunes gens sont si doux, et les vieux si sages; les hommes illustres si nobles à regarder, et les femmes si belles à épouser... Jeune voyageur, emporte avec toi mes angoisses, porte-les à Comgall de l'Eternelle Vie. Emporte avec toi, noble jeune homme, monoraison et ma bénédiction; une moitié pour l'Irlande; qu'elle soit sept fois bénie ! et l'autre moitié pour l'Albanie. Emporte ma bénédiction à travers la mer, emporte-la vers l'ouest. Mon cœur est brisé dans ma poitrine ; si la mort subite vient me surprendre, ce sera à cause de mon grand amour pour les Gaëls * . »
1. Les Gaoidhil ou Gaëdhil. C'était le nom que les Irlandais se donnaient à eux-mêmes avant que les missionnaires romains leur eussent attribué la dénomination de Scoti. Le mot Gaëlic est encore usité pour désigner le dialecte parlé par les populations celtiques de l'Ecosse.
On s'accorde généralement à faire dater des premières années du séjour de Columba dans son île, à lona, le plus connu et le plus authentique de ses poèmes latins, mais à notre sens le moins intéressant de tous ceux qui lui sont attribués. Il est désigné sous le nom à'Altus, à cause du premier mot du premier vers :
Altus prosator vetustus dierum et ingenitus.
Il se compose de vingt-quatre stances. Le premier mot de chaque stance commence par une lettre différente, dans l'ordre même des vingt-quatre lettres de l'alphabet. Chaque stance commente en lan-