‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 80 sur 244 · Adamnan, I · texte numérisé non relu

Adamnan, I

origine, sur sa famille et sur la cause de son voyage. L'étranger lui dit qu'il avait entrepris ce pénible pèlerinage pour expier ses péchés sous l'habit monastique, dans l'exil. Golumba, voulant éprouver sa contrition, lui traça le tableau le plus répugnant de la dureté et de la difficulté des obligations de cette vie nouvelle. « Je suis prêt, » dit le voyageur, « à subir (( tout ce que tu me commanderas de plus cruel et de « plus humihant. » Et aussitôt après s'être confessé, il jura, étant toujours à genoux, d'accomplir les lois de la pénitence. « C'est bien, » lui dit l'abbé ; « maintece nant lève-toi, assieds-toi et écoute: il te faut d'abord (( faire pénitence pendant sept années dans l'île voi- (( sine de Tirée, après quoi nous nous reverrons. — (( Mais, dit le pénitent encore agité par ses remords, (( comment pourrai-je expier un parjure dont je n'ai « pas encore parlé? Étant encore dans mon pays, j'ai « tué un pauvre homme; j'allais être puni de mort « pour ce crime, et j'étais déjà aux fers, lorsqu'un (( de mes parents, homme très riche, m'a délivré en (( payant la compensation voulue. J'ai juré que je le « servirais pendant tout le reste de ma vie ; mais après (( quelques jours de servitude j'ai déserté, et me (jc voici, au mépris de mon serment. » Alors le saint ajouta qu'il ne pourrait être admis à la communion pascale qu'après l'expiration des sept années de pénitence. Quand elles furent achevées, Columba, après

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lui avoir donné la communion de sa main, le renvoya en Irlande auprès de son patron avec une épée à poignée d'ivoire en guise de rançon. Mais ce patron touché par les instances de sa femme, rendit au pénitent sa liberté sans même vouloir de sa rançon. (( Pourquoi accepterions-nous ce prix que nous envoie <( le saint homme Golumba? Nous n'en sommes pas (( dignes. Un tel intercesseur mérite d'être exaucé (( gratuitement. Sa bénédiction nous vaudra mieux (( que toute rançon. » Et aussitôt il lui détacha la ceinture des reins, ce qui était la forme usitée en Irlande pour la manumission des captifs et des esclaves. Golumba lui avait en outre prescrit de rester auprès de son vieux père et de sa mère jusqu'à ce qu'il leur eût rendu les derniers devoirs. Gela fait, ses frères le laissèrent aller en disant : « Gardonsce nous de retenir un homme qui a travaillé pendant « sept ans au salut de son âme chez le saint homme <( Golumba. » Il revint donc à lona en rapportant l'épée qui avait dû lui ser\ir de rançon, à Golumba. Gelui-ci lui dit : « Désormais tu t'appelleras Libran, <( car tu es libre et affranchi de tout lien ; » et il l'admit aussitôt à faire ses vœux monastiques. Mais lorsqu'il lui fut prescrit de retourner dans l'ile de Tirée pour y achever sa vie loin de Golumba, le pauvre Libran, qui avaitsi docilementobéijusque-là ,tombaà genoux et pleura amèrement.Gokunba, touché de son déses-

poir, le consola de son mieux sans cependant revenir sur son arrêt. Il lui dit toutefois : « Tu vivras loin de (( moi, mais tu mourras dans un monastère à moi, et (( tu ressusciteras avec mes moines à moi, et tu auras (( part avec eux dans le ciel. » Telle fut Thistoire do Libran, surnommé de la Jonchère, parce qu'il avait passé bien des années, probablement celles de sa pénitence, à ramasser des joncs \

Devenant chaque jour plus expert dans le grand art du gouvernement des âmes, ce docteur de la pénitence savait d'une main aussi prudente que vigoureuse tantôt relever les consciences abattues et désolées, tantôt dévoiler les faux moines et les faux pénitents. A tel religieux qui^ désespéré d'avoir succombé pendant un voyage aux tentations d'une femme, courait de confesseur en confesseur sans se trouver jamais assez repentant ou assez puni, il rendait la paix et la confiance en lui montrant que son désespoir n'était qu'une hallucination infernale, et en lui infligeant d'ailleurs une pénitence assez forte pour le convaincre de la rémission de son péché ". A tel Irlandais qui, coupable d'inceste et de fratricide, avait voulu, bon gré, mal gré, se réfugier à lona, il imposait un exil perpétuel d'Irlande et douze ans de pénitence

1. Il mourut en effet longtemps après Columba, àDurrow, l'une des premières fondations du grand abbé en Irlande. Adamn,, II, 39.

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