‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 99 sur 244 · O'DONNELL, /. c · texte numérisé non relu

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brûler le blé mûr à cause des liserons qui s'y mêlent. Le roi et rassemblée finirent par céder, mais à condition que le nombre des bardes serait désormais limité et que leur profession demeurerait soumise à certaines règles déterminées par Columba luimême. Son éloquence détourna donc le coup dont ils étaient menacés. Ainsi sauvés par lui , ils lui témoignèrent leur reconnaissance en exaltant sa gloires dans leurs chants et en léguant à leurs successeurs le soin de la célébrer^ .

Columba lui-même jouissait ardemment de cette popularité poétique. La corporation des bardes avait un chef, Dallan Fergall, qui était aveugle, et que sa mort violente (il fut égorgé par des pirates) a fait ranger parmi les saints martyrs, si rares en h^lande. Aussitôt après la décision favorable de l'assemblée, Dallan composa un hymne en l'honneur de Columba, et vint le chanter devant lui". Au bruit flatteur de ces chants de reconnaissance, Tabbé d'Iona ne put se défendre d'un mouve-

1. Toutes les sources imprimées ou manuscrites de l'histoire irlandaise confirment cette tradition (voir Reeves, p. 79, et Moore, p. 257). Adamnan seul n'eu dit rien, mais il parle des chants nombreux en langue scotique, en l'honneur de Columba, qui circulaient partout en Ecosse et en Irlande.

1. O'DoNNELL, l.i,c. 6. — Ce poème qui a été l'objet d'innombrables commentaires, existe encore en manuscrit et doit être prochainement publié avec tout le Liber Hymnorum par le docteur Todd. — Colgan en possédait un texte qui lui semblait presque inintelligible.

ment cramour-proprc tout à fait hiiiiiain. Mais il fut aussitôt réprimandé par un de ses religieux, Baïtlien, qui avait été l'un de ses douze compagnons d'exil et qui fut depuis son successeur; ce fidèle ami ne craignit pas de reprocher à Golumba son orgueil et lui dit qu'il voyait voltiger en se jouant sur sa tête toute une sombre nuée de démons. Golumba profita de l'avertissement : il imposa silence à Dallan en lui rappelant qu'il ne fallait louer que les morts, et lui interdit absolument de redire ce chant désormais ^ Dallan n'obéit qu'à regret, et attendit la mort du saint pour répandre son poème, qui devint célèbre dans la littérature irlandaise sous le nom (TAmbhra ou Louanges de saint Colum-cille, On le chantait encore un siècle après sa mort dans toute l'h^lande comme en Ecosse, et les hommes même les moins dévots le répétaient avec tendresse et ferveur, comme une sauvegarde contre les périls de la guerre ou de tout autre accident'-. On en vint à croire que toute personne sachant par cœur et chantant pieusement cet Ambhra mourrait d'une bonne mort. Mais

1. Vita sancti Dallant martyrls, ap. Colg\n, Acta sanctorum Hiherniœ, p. 204.

2. Adamn., I, 1. — Ajoutons que les disciples de Golumba continuèrent à cultiver la musique et la poésie après sa mort; un poète moderne, James Hogg, a fait des vers anglais, d'ailleurs insigniliants, sur un vieil air que l'on dit avoir été chanté par les moines d'Iona. WiiiTELAw, the Book ofScottish Song. Glasgow, 1857.

lorsque des gens peli éclairés s'imaginèrent que même les plus grands scélérats, sans conversion aucune et sans pénitence, n'auraient qu'à chanter tous les jours l'Ambhra de Columbcille pour être sauvés, il arriva, dit l'historien et le petit-neveu du saint, un prodige qui ouvrit les yeux aux fidèles en leur montrant de quelle manière on doit entendre les privilèges accordés par Dieu à ses saints. Un clerc de l'Église métropolitaine d'Armagh, perdu de vices, et voulant se sauver sans changer de vie, avait réussi à apprendre la moitié du fameux Ambhra, mais sans pouvoir venir à bout d'apprendre le reste. Il eut beau se rendre au tombeau du saint, jeûner, prier, passer toute une nuit à faire des (efforts prodigieux de mémoire. Le lendemain matin il était bien parvenu à retenir la seconde partie, mais il avait aussi complètement oublié la première^

Certes la gratitude des bardes envers celui qui les avait préservés de la proscription et de Fexil n'a pas été étrangère à T immense et durable popularité qui s'est attachée au nom de Columba. Enchâssé dans la poésie religieuse et nationale des deux îles, ce nom n'a pas seulement toujours brillé en Irlande, mais il a survécu, dans la mémoire des Celtes de l'Ecosse, même à la Réforme, qui a extirpé pres-

I. Vicomte de la Villemàrquk, Poésie des cloîtres celtiques, d'après Colgan et O'Donnf.ll, ubi supra.

tjiie tous les autres souveuirs de leur passe chrétien. De son côté, la protection de Columba dut assurément affermir la popularité des bardes dans le cœur du peuple irlandais. A partir de son temps, tout conflit entre l'esprit religieux et l'influence l>ardique disparut. La musique et la poésie s'identifièrent de plus en plus avec la vie ecclésiastique. Parmi les reliques des saints on vénérait surtout la harpe dont ils avaient joué pendant leur vie. Au temps de la première conquête anglaise, les évêques et les abbés excitaient la surprise des envahisseurs par leur amour de la musique et en s'accompagnant (^ux-mêmes de la harpe*. Dans la patrie d'Ossian, la poésie irlandaise, si puissante et si populaire aux jours de Patrice et de Columba, a eu longtemps la même destinée que la religion dont ces grands saints furent les apôtres. Comme elle, enracinée <lans le cœur du peuple vaincu; comme elle, pros- <'rite et persécutée avec un infatigable acharnement, elle renaissait sans cesse du sillon sanglant où on croyait l'avoir ensevelie. Les bardes devinrent les auxihaires les plus efficaces de l'esprit patriotique, les prophètes indomptables de l'indépendance nationale, et aussi les victimes préférées de la cruauté des conquérants et des spoliateurs. Ils firent de la musique et de la poésie des armes et des

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