‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 10 sur 219 · XXII LES MOINES D'OCCIDEAT · texte numérisé non relu

XXII LES MOINES D'OCCIDEAT

Au dix-huitième enfin, lesOrdresreligieux, définitivement absorbés par la Commende, infectés par la corruption qu'engendraient les envahissements du pouvoir temporel , ou décimés par la persécution , succombent presque tous; mais aussi l'Église tra-verse les épreuves les plus humiliantes, et jamais le monde ne put la croire plus voisine de sa chute.

Où trouver dans l'histoire une leçon plus concluante et plus incontestable que cette coïncidence perpétuelle? Et ne faut-il pas tirer la même conséquence de la guerre plus ou moins flagrante que tous les siècles ont livrée à rÉglise?Ne sont-ce pasles moines que les ennemis et les oppresseurs de l'Église ont toujours le plus détestés, le plus poursuivis? Sans méconnaître des torts trop réels, ni les funestes prétextes qu'ont pu fournir des abus trop longtemps impunis, ne doit-on pas avouer que partout où l'on a voulu frapper la religion au cœur, c'est toujours aux Ordres religieux qu'on a porté les premiers coups?lLesattentatscontrerautorité du Saint-Siège, contre l'indépendance de l'épiscopat, contre la constitution et la propriété du clergé séculier, n'ont-ils pas toujours et partout été précédés par la suppression et la spoliation des communautés régulières? Henri VIII et les premiers réformateurs n'ont-ils pas été servilement imités dans cette tactique par Joseph II et par la Révolution française? Et si nous

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avions le loisir ou le courage de jeter ici un coup d'œil sur l'histoire du dix-neuvième siècle, n'y verrions-nous pas les adversaires du catholicisme partout conjurés pour extirper les derniers débris des institutions monastiques, et pour proscrire les germes de cette renaissance de la vie claustrale qui s'est partout rencontrée avec la renaissance même delà foi et des mœurs chrétiennes?

Dieu nous garde de vouloir déduire de ces coïncidences merveilleuses une identité absolue entre l'Église etles Ordres religieux ! Nous ne confondons pas des institutions saintes et salutaires, mais sujettes à toutes les infirmités humaines, avec la seule institution fondée par Dieu et pour Téternité. Nous ne nierons pas que TÉglise puisse subsister et triomphersanselles. Mais jusqu'à présent il a plu à Dieu d'établir une glorieuse solidarité entre la prospérité de l'Église et celle des Ordres religieux, entre leur liberté et la sienne. Pendant dix siècles ces Ordres ont été le plus sûr boulevard de l'Église et lui ont fourni ses plus illustres pontifes. Pendant dix siècles le clergé séculier, trop naturellement exposé àsubir l'influencedu monde, a presque toujours été surpassé en dévouement, en sainteté, en courageparlesréguliers, retranchés dans leurs monastères comme dans des citadelles où ils retrouvaient la paix et la force en se retrempant dans

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