Morte en
nées du v® siècle, un si grand nombre de nobles Romaines et de chrétiens de l'Occident vers la Palestine et l'Egypte. A mesure que les âmes se pénétraient davantage des vérités de la foi et s'adonnaient à la pratique des vertus chrétiennes, elles éprouvaient un attrait de plus en plus irrésistible vers les contrées qui étaient à la fois le berceau de la religion chrétienne et de la vie monastique. Alors on vit commencer ces pèlerinages qui devaient aboutù^aux croisades, qui n'ont cessé qu'au déclin de la foi, et qu'ont remplacés des explorations trop souvent inspirées par l'amour du gain ou par une curiosité frivole. Alors deux grands intérêts remuaient le cœur des chrétiens, les arrachaient de leurs foyers, et les jetaient au milieu des difficultés, des périls, des longueurs aujourd'hui incompréhensibles d'un voyage d'Orient. On voulait baiser la trace des pas du Seigneur Jésus sur le sol même où il avait traversé la YÎe et la mort pour notre salut ; on voulait aussi parcomnr et voir de ses propres yeux ces déserts, ces cavernes, ces rochers où vivaient encore les hommes qui semblaient tenir de plus près au Christ par leur austérité surnaturelle et par leur obéissance intrépide aux préceptes les plus difficiles du Sauveur.
L'illustre Paula, encore jeune et rattachée à l'Italie par les liens les plus légitimes et les plus doux,
s'élance sur les traces de Jérôme^ afin de \âsiter la solitude qu'avaient sanctifiée les Paul et les Antoine". Elle quitte sa patrie, sa famille, ses enfants mêmes% et avec sa fille Eustochie pour compagne, traverse la Méditerranée, débarque en Syrie, parcourt la Terre sainte et tous les lieux cités dans l'Écriture, avec une ardeur infatigable; descend en Egypte, pénètre dans le désert de Nitrie, dans les cellules des saints solitaires, se prosterne à leurs pieds, les consulte, les admire, puis s'arrache avec peine à ces régions bénies pour retourner en Palestine. Elle se fixe à Bethléem; elle y fonde deux monastères, l'un pour les hommes, que Jérôme semble avoir gouverné; l'autre, très-nombreux, pour les femmes, où elle s'enferme elle-même avec sa fille et une foule de vierges de diverses conditions et de divers pays. Toutes deux y finirent leur jours, ainsi que la jeune Paula, qui était venue rejoindre son aïeule et sa tante pour vivre et mourir auprès du tombeau de Jésus-Christ, justifiant ainsi la tendre sollicitude dont saint Jérôme avait entouré son berceau. L'aïeule y remplit, ainsi que sa fille, l'office de balayeuse, de cuisinière, de lampiste% ce
1. Mélanie l'avait précédée dès 372, mais on ne voit pas que les exhortations de Jérôme l'aient déterminée à ce voyaj^e.